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Éducatice : « Les services numériques pour le 1er degré : quelle continuité éducative entre les communes, les parents et l'école ?»

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La nouvelle organisation de l'école avec ses deux heures d'aide personnalisée, ses stages de remise à niveau pendant les vacances et l'accompagnement éducatif invite à réfléchir à une continuité éducative entre les communes, les parents et l'école. Quel rôle peuvent jouer les services numériques structurés, ou ENT, dans le 1er degré ? Compte rendu de la table-ronde organisée par le ministère de l'Éducation nationale le 20 novembre au salon Éducatice.

Éducatice : « Les services numériques pour le 1er degré : quelle continuité éducative entre les communes, les parents et l'école ?»

Jean-Loup Burtin ouvre le débat

Les deuxièmes Rencontres annuelles des IEN TICE (Inspecteurs de l'Éducation nationale chargés des TICE) ont eu lieu cette année au Salon Éducatice. Ce réseau est reconnu aujourd'hui comme l'entrée « éducation » pour les projets de services numériques du 1er degré impliquant la commune, l'école et la famille.

Vendredi 20 novembre, c'est devant cette assistance que Jean-Loup Burtin, chargé de mission pour le 1er degré à la sous-direction des Tice au ministère, avait choisi d'animer un débat autour de trois problématiques déterminantes pour la réussite du déploiement d'un environnement numérique de travail (ENT) : la gestion de projet, les partenariats et le périmètre des services offerts.

 

philippe claus

Philippe Claus

En préambule, Philippe Claus, IGEN, doyen du groupe Enseignement primaire, a rappelé le contexte spécifique français du 1er degré  : 

- l'émiettement du réseau d'écoles avec des petites structures de 3 ou 4 classes (l'ENT, par essence, sera donc un réseau) ;

- des structures sans identité propre comme les établissements du second degré (ce qui rend le partenariat obligé avec les collectivités locales) ;

- la proximité des parents d'élèves (ils rencontrent quotidiennement les enseignants) ;

- et enfin des obligations de sécurité et de confidentialité majeures eu égard à l'âge des élèves.

Quels leviers faire jouer pour une gestion de projet réussie ?
 

La question a d'abord été posée à François Bocquet, professeur d'université associé à Lyon 2 et consultant spécialisé dans la conduite du changement autour des usages des tice. Il a géré à ce titre de nombreux projets pour les communes qui souhaitent mettre en oeuvre un ENT 1er degré.

UNIR LES PARTENAIRES AUTOUR DES MÊMES OBJECTIFS

« Les difficultés inhérentes à ce type de gestion de projets sont liées à la multiplicité des partenaires », indique-t-il. « Il faut être attentifs à l'adhésion de tous afin que les volets du projet avancent simultanément. ».

L'un des moyen de susciter l'adhésion consiste à inscrire le projet dans une démarche concertée, même si l'articulation du déploiement est plus complexe : 

« Aux Mureaux, dans les Yvelines, se souvient François Bocquet, le projet de services numériques a été intégré'' dans le volet pluriannuel de Réussite éducative concernant le scolaire, le péri-scolaire, les loisirs,  lui-même faisant partie d'un plan plus global. »

françois bocquet

François Bocquet

 Résultat :  l'innovation a été « absorbée » par la circonscription en même temps que le financement des réseaux et des divers équipements : ordinateurs, tbi et classes mobiles.

Même constat partagé par Luc Sindirian, IEN Tice dans l'Isère : « Un projet de services numériques a tout intérêt à s'insérer, par exemple, dans un plan de cohésion sociale regroupant élus, services déconcentrés et caisses d'allocations familiales. D'une part, ces projets de grande envergure bénéficient d'un fort financement ; d'autre part, cela peut permettre d'obtenir un engagement plus fort de l'Institution, notamment au niveau de la formation, facteur très important ».

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Frédéric Schwarz


Cette concertation, Frédéric Schwarz, secrétaire général de Condé-sur-l'Escaut, une ville moyenne de 10 000 habitants, regrette de ne pas l'avoir organisé dès le début de l'informatisation des écoles :

« Nous avons voulu trop bien faire en achetant tout de suite beaucoup d'outils. Or, cela s'est révélé contre-productif : la formation des enseignants n'a pas suivi, ni leur disponibilité » se rappelle-t-il.

Autre erreur, liée à ce manque de concertation : une approche trop technique.

« Notre projet a été conduit uniquement par des informaticiens et limité au périmètre de l'école. Nous avons négligé des acteurs avec lesquels il pouvait y avoir une synergie : nous nous sommes privés, par exemple, de l'expérience des animateurs de la cyberbase ou de celles des associations culturelles ».

TROUVER LE BON NIVEAU DE TERRITOIRE

Autre facteur de réussite pour un projet de déploiement d'ENT, surtout en milieu rural :  Trouver le bon niveau de territoire : « Les maires, tout comme les IEN, doivent faire l'effort de  « décentrer » de leur quotidien et de regarder les partenaires potentiels.

La mutualisation à l'échelle d'un territoire assez important permet en effet de répartir les charges suivant les possibilités de chacun : 

« Dans les Landes, la plus importante commune paie 8000 euros tandis que la plus petite n'est prélevée que de 40 ! »  indique Jacques Lajus, chargé de mission pour le déploiement de l'ENT 1er degré dans les Landes.  Et les 33 000 comptes du département sont hébergés sur un seul serveur : « cela laisse imaginer les possibilités de travail collaboratif… »

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Jacques Lajus

Quels partenariats nécessaires ?
 

MOBILISER LES PARENTS

La mobilisation des parents est incontournable. Mais celle-ci n'est parfois pas au rendez-vous : « On obtient l'adhésion des parents en démontrant l'impact des services numériques sur la réussite de leurs enfants » observe Philippe Claus.

Dans le 1er degré, le côté fonctionnel (notes, cahier de textes, absences) n'est pas fondamental. En revanche, estime-t-il, « les parents savent que le temps périscolaire  (utilisé pour la consolidation des acquis, les activités artistiques ou autres), prend de plus en plus d'importance. Il faut leur démontrer que ces nouveaux services mis à la disposition des enfants à la maison assurent la continuité avec le  temps scolaire ».

« Ce qu'apporte l'ENT c'est l'idée du service de l'école qui se continue à domicile, résume François Bocquet, même s'ils manquent encore des ressources véritablement structurées débouchant sur de véritables apprentissages à la maison ».

IMPLIQUER LES ACTEURS SOCIAUX

Si l'ENT doit être regardé comme un outil de continuité école-domicile, quid alors de ceux qui ne sont pas équipés ?  Comment éviter qu'à la fracture sociale s'ajoute une fracture numérique ?

« Les communes cherchent toutes des solutions pour résoudre ce problème, indique François Bocquet.  A Besançon, des machines recyclées sont proposées aux familles, à Dunkerque l'internet social permet de bénéficier de l'ADSL à coût réduit. »

A ce niveau les associations ont un rôle à jouer appuyées par les collectivités territoriales et les services déconcentrés de l'Etat,  par exemple à travers la politique de la ville.

vue de l’assistance

 

Vue de l'assistance

L'exemple de Condé-sur-Escaut est éloquent :  ville en restructuration économique, elle compte 30 % de demandeurs d'emploi et plus de 50 % de logement social. « De grands risques d'inégalités existent pour nos 1000 élèves du primaire, estime le secrétaire général, Frédéric Schwartz. Ils ont pourtant tous droit au meilleur service et à la continuité de ce service ».

C'est pourquoi la ville, d'une part, s'est engagée dans l'équipement numérique de ses écoles, et, d'autre part, a ouvert, en collaboration avec la Caisse des Dépôts, une cyberbase qui offre à tous la possibilité de se familiariser avec ces nouveaux outils, d'expérimenter de nouvelles pratiques, de bénéficier des téléservices, etc.

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J-M Leclercq

SYNERGIE ENT ET CYBERBASES

856 cyberbases existent aujourd'hui sur le territoire. Ces espaces ouverts équipés numériquement et disposant d'animateurs spécialisés présentent une synergie évidente avec les ENT. L'Éducation nationale vient de signer récemment avec la Caisse des Dépôts une convention visant à développer des espaces de ce type à l'intérieur même des écoles, les cyberbases « écoles ».

Depuis la salle, Jean-Michel Leclercq en charge du projet à la Caisse des Dépôts (www.cyber-base.org) est intervenu pour préciser le contenu de la convention : « Elle prévoit l'aménagement de 400 cyberbases dans les écoles sur quatre années. Destinées à accueillir enfants et parents hors temps scolaire, ces cyberbases ont pour objectif de céer du lien entre la famille, l'école et le territoire. »

Quel périmètre pour l'ENT ?
 

 MODESTE au départ

Les ENT offrent de réelles opportunités pour le premier degré, à condition toutefois de travailler avec de nombreux partenaires. Ceux-ci se montreront d'autant plus susceptibles d'être convaincus que le projets sera modeste au départ. Quitte, ensuite, à pratiquer la politique de la « tache d'huile ».

OUVERT ET ÉVOLUTIF

« Modeste » ne veut pas dire fermé. Les futurs partenaires seront d'autant plus réceptifs qu'ils trouveront eux aussi un intérêt au déploiement de services numériques : « Certaines portes d'entrée de l'ENT peuvent parfois surprendre, mais il est important que tout le monde puisse y trouver son compte, précise Philippe Claus. Si professeurs et élèves en attendent des ressources validées ou la disponibilité d'un travail collaboratif, pour le responsable de la mairie ce pourra être des téléprocédures et le gestionnaire y verra la possibilité de négociations groupées avec les éditeurs ».


luc sindirian

Luc Sindirian

Rester ouvert, dans la mesure du possible, aux suggestions des partenaires, peut être un levier tout à fait intéressant. A une condition cependant, ajoute l'inspecteur général : « que tout cela soit clairement défini. »

CRÉATEUR DE LIEN SOCIAL

Pour Luc Sindirian le périmètre imposé de l'ENT est celui qui  « permet à l'élève de maintenir un lien avec l'école et avec ses camarades de classe ». Ce faisant, « il crée du lien social ».

Aujourd'hui, le temps périscolaire est à inventer et les services numériques ouvrent la voie des possibles. A terme, ils peuvent devenir un élément structurant d’une politique éducative partagée (matériel, formation, accompagnement des projets) dans un bassin de vie sociale, familiale, culturelle et scolaire. Et contribuer à renforcer la dynamique des territoires.

 Compte rendu : Marie-Louise Leclair, 20/11/09

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Date de publication : 21/11/2009 17:00

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