Éducatice : « Une journée avec les Tice au lycée »
Enseignants, responsables administratifs, inspecteurs pédagogiques, éditeurs, collectivités territoriales, parents d’élèves, témoignent de leurs contributions aux usages du numérique au lycée pour l’enseignement et la vie scolaire. Compte rendu des débats des nombreux intervenants à la table-ronde organisée par le Ministère le 19 novembre à Éducatice, en présence d'une assistance très concernée.
Ce débat, préparé et animé par Hélène Ormières, experte à la sous-direction des TICE (Sdtice) au ministère, et Isabelle Capestan, responsable des usages dans le second degré, a débuté par la projection d'un extrait des films de la Web TV de Versailles dans lequel témoignent des élèves et des parents.
Isabelle Capestan, ouvre ensuite la séance en présentant les personnalités qui ont bien voulu venir s'exprimer sur le thème « une journée avec les tice au lycée ».
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La table-ronde commence par l'expérience du lycée Louis Bascan, à Rambouillet, qui a été l'un des premiers de l'académie de Versailles à déployer un ENT (environnement numérique de travail).
PARTICIPATION
L'équipe projet a commencé par préciser et hiérarchiser ses objectifs, puis, pour les atteindre, a défini des paliers : « Si l'on veut que tous les intervenants, administratifs ou pédagogues, s'en emparent, il faut les amener à participer à l'élaboration de l'ENT, a souligné Isabelle Alary-Jean, proviseure adjointe, car en lui-même, cet ENT n'est qu'une coquille vide ». Le déploiement des services numériques à Rambouillet s'est donc constamment appuyé sur des outils pour évaluer les usages et mesurer leur progression.
L'un des objectifs était une meilleure circulation de l'information. Avec un kilomètre de longueur et une emprise de 17 ha au sol, le lycée s'étend sur une surface immense. La communication, rendue difficile par la distance, était un point faible de l'établissement. L'arrivée de l'ENT a permis à la masse d'information quotidienne de mieux circuler. Jean-Paul Bizeau, chef des travaux de l'établissement remarque que cette amélioration a contribué à fédérer les interlocuteurs, à fluidifier leurs rapports : « L'information ne se « perd » plus, elle reste toujours disponible sur son support. Elle est devenue aussi plus rapide : on peut communiquer instantanément aux élèves des consignes ou des éléments pédagogiques, relève-t-il. Enfin, elle est plus facile d'accès, un seul identifiant ayant remplacé les multiples mots de passe demandés par les divers outils utilisés auparavant ». La mise en oeuvre « par palier », a permis au lycée de revoir toute son information interne et externe. L'ENT est devenu aujourd'hui au lycée de Rambouillet un outil de communication essentiel pour tous les acteurs. | ![]() |
TRANSVERSALITÉ
Dominique Molin, documentaliste au lycée Gambetta de Bourgoin-
| Le lycée de Bourgoin-Jallieu n'a pas encore d'ENT. Ce sont surtout les classes de bac professionnel, de bep et de langues vivantes ainsi que celles de sciences médico-sociales qui viennent au CDI pour utiliser les nouveaux outils. Cette fréquentation se developpe, notamment depuis la dernière rentrée. Dominique Molin observe deux sortes de fréquentation : « La première consiste, pour les élèves, à venir chercher des réponses sur internet pour leur travail de classe ; dans ce cas, le documentaliste assiste mais ne participe pas ». |
Dans le deuxième cas, les élèves viennent au CDI pour rechercher de l'information, des définitions, des images en vue d'effectuer un travail autonome. « Le rôle du documentaliste évolue alors d'un rôle de formation à la recherche vers un rôle de formation aux logiciels de présentation de documents multimédias ».
Sensibiliser l'élève à la découverte de ces outils l'amène à être fier des travaux qu'il réalise, à vouloir les montrer. Cette année, Dominique Molin prévoit de faire réaliser un roman interactif dans son CDI !
PLANIFICATION
Avec Jean-françois Chalvet, du lycée Uruguay France à Créteil, l'assistance a participé au vécu quotidien d'un proviseur-adjoint. Le lycée ne possède pas encore d'ENT. De par son rôle d'organisateur, le proviseur-adjoint doit se débrouiller pour répondre au besoin des enseignants et des élèves en matière de Tice : salles, équipements, coordination des enseignants... « Notre préoccupation principale, c'est de faire « tourner la maison » et ne pas laisser de grains dans les rouages » résume-t-il. Dès le mois d'août, le tout nouveau proviseur-adjoint s'est heurté au défilé permanent de ses collègues qui le harcelaient pour déterminer les emplois du temps et l'occupation des salles informatiques. Il livre ses recettes en trois points : | ![]() |
- hiérarchiser les priorités : certaines disciplines, comme la comptabilité-gestion ou les mathématiques et les maths sciences dont les nouveaux programmes intègrent les tice dans la pédagogie doivent être considérées comme prioritaires ;
- optimiser le taux d'occupation des salles informatiques : « j'ai découvert que, dans mes 18 salles dédiées, le taux pouvait varier de 30 à 80 % ! » raconte-t-il.
- faire évoluer les mentalités : l'ouverture d'une salle à plusieurs disciplines, le partage des ressources numériques ne sont pas encore acceptés par tous.
« Tout cela implique d'avoir une bonne vue globale des équipements, de recenser les ressources numériques installées, de redéfinir les règles de priorités et d'usages et d'étendre le système de réservations sans oublier... de dire où se trouvent les clés ! » conclut-il.
ZERO PAPIER
![]() | Un professeur peut-il faire travailler ses élèves aujourd'hui avec « zéro papier » ? Djeacoumar Kiroubassamouttiram, professeur en ST2S au lycée Uruguay-France, l'expérimente déjà depuis quelque temps. « La pédagogie du zéro papier me semble avoir 3 utilités : gagner du temps par rapport au programme national, faire progresser les élèves plus rapidement et enfin diminuer l'utilisation du papier » indique le professeur. Pour rendre cette pédagogie attractive, il utilise des supports récents, comme la télévision « pour développer l'esprit critique et parce que c'est plus enthousiasmant ». |
Du point de vue pédagogique, les points positifs sont nombreux : « en classe les devoirs surveillés sans papier comportent de la vidéo, du son, de la couleur, des graphiques, toutes choses difficiles, voire impossibles avec le système des photocopies papier ». indique-t-il. Par ailleurs, les réalisations des élèves laissent une trace dans l'espace de travail. Enfin, ses cours sont diffusés sur l'adresse mail de ses élèves, ce qui entraîne une communication plus aisée.
Djeacoumar Kiroubassamouttiram reconnait que des freins existent : « De nombreux jeunes utilisent parfaitement le « chat » à la maison, mais leur maîtrise des outils de l'information et de la communication ne va guère plus loin. Devant les activités plus complexes que requièrent l'école, ils doivent apprendre se familiariser avec de nouveaux logiciels, plus ardus ».
Un autre frein réside dans le fait que certains ne possèdent pas tout le matériel à domicile : imprimante, support de sauvegarde... ou n'ont tout simplement pas encore d'accès à l'internet... Le CDI , dans ces cas-là, peut jouer un rôle de dépannage.
CONTAGION
Le lycée Eugène Delacroix de Maisons-Alfort est l'un des premiers établissements de l'académie de Créteil a avoir adopté l'ENT. Alain Burleraux, proviseur, est en charge aujourd'hui de la formation tice des chefs d'établissement de l'académie. Cette fonction lui a permis d'observer deux stratégies de changement : la première consiste à élaborer un grand projet qui, à cause de son ambition, doit attendre l'adhésion de tous pour démarrer ; la seconde s'appuie sur le principe de la « tache d'huile » : elle démarre humblement pour capillariser peu à peu dans la communauté scolaire. | ![]() |
« Pour ma part, je préfère privilégier le second système, indique Alain Burleraux. À Maisons-Alfort, le premier service numérique utilisé a été l'échange d'information par mail. Mais ce système est resté facultatif pendant deux ans avant que ne soit décrété la fin du courrier papier ». Même démarche pour le cahier de textes : « On a commencé par montrer les usages du numérique à ceux qui étaient intéressés. En voyant ce que ces outils permettaient de réaliser, les « attentistes» sont peu à peu devenus demandeurs. »
Pour ce chef d'établissement qui croit beaucoup aux « usages par contagion », le facteur humain est prépondérant pour faire accepter le changement : « Cela suppose de repérer les acteurs qui veulent s'impliquer et le clivage ne passe pas forcément par les couches générationnelles » note-t-il.
Cela implique aussi d'avoir des personnes « facilitatrices » au sein de l'établissement : un responsable tice par discipline est nécessaire. On peut s'appuyer aussi sur les compétences de tel ou tel en interne : « c'est ainsi que Jacques, notre professeur d'arts plastiques, forme, une fois par semaine, ceux qui s'intéressent à l'infographie. »
Quant au chef d'établissement, il ne doit pas rester à l'écart : si on ne lui demande pas d'être un spécialiste, il lui est nécessaire toutefois de posséder un minimum de connaissances techniques et de pratiquer certains outils, ne serait-ce que pour répondre à certaines questions élémentaires ou… pour éviter de se faire berner !
QUESTIONS ESSENTIELLES
Pour Pierre Danel, conseiller TICE auprès du recteur de Clermont-Ferrand et IA-IPR vie scolaire, le niveau académique joue un rôle de facilitateur entre déploiement technique et usages nouveaux, notamment en prenant en compte des questions essentielles : - Quelle ambition l'Éducation nationale se donne-t-elle pour que les TIC deviennent des TICE ? Pour dépasser la technique, et aborder le changement de paradigme que nous vivons ? Pour que l'Institution joue son rôle en rendant les élèves acteurs de la société numérique ? | ![]() |
- Comment le professeur va re-fonder son métier : on passe d'une juxtaposition des acteurs à la façon d'une profession libérale ou chacun se débrouille dans sa classe à une organisation collective. Comment appréhender parallèlement cette nouveauté qui émerge : le « métier d'élève », qui consiste à apprendre à maîtriser des masses d'informations ?
Parallèlement, la partie « hors les murs » augmente beaucoup, entraînant une augmentation du service. Comment en garantir la qualité ?
« À côté des questions immédiates qui se posent à l'établissement, l'académie doit ouvrir les perspectives à moyen et long terme de la transformation de l'Éducation nationale » souligne-t-il. « Son rôle s'inscrit dans la durée et implique tous les acteurs de la vie scolaire et péri-scolaire et, en premier lieu, les collectivité locales ».
COORDINATION
| Représentant des collectivités locales, Jean Bravin, chargé de mission ENT au conseil régional d'Ile-de-France, a indiqué comment s'y prend la Région pour apporter un vrai confort technico-pédagogique aux professeurs d'une entité qui comprend trois académies et … 470 lycées. La réponse est la coordination et la concertation à tous les niveaux. En structurant l'offre de services numériques, les ENT ont pour objectif d'en faciliter les usages aux pédagogues. Ainsi, dès 2003, la région et ses trois académies ont répondu ensemble à l'appel à projets lancé par le ministère de l'Éducation. |
La concertation intervient aussi au niveau des infrastructures, des équipements, que ce soit pour financer des TBI ou des ordinateurs. Pour la maintenance, la Région fait appel à des prestataires externes.
« Avec l'ENT, le lycée s'est étendu dans l'espace et dans le temps. Ce lycée « augmenté » ne doit pas se faire au détriment de l'humain et des personnes » estime Jean Bravin. C'est ce qu'essaie de faire la Région Ile-de-France.
Compte rendu : Marie-Louise Leclair, 20/11/09











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