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Médiation documentaire
et navigation numérique : pour un cyberespace d'apprentissage
Ce texte publié dans la revue "Clés
à venir" du CRDP de NANCY présente la thématique de l'intervention
de Séraphin Alava, lors du stage du plan national de formation "CDI
virtuel", avec son aimable autorisation.
I - Approche documentaire des cybermythes
Il est étonnant de constater combien les relations
entre les supports de conservation de la mémoire et les professionnels
de la connaissance sont, depuis des millénaires, objets de débats
et d'ambiguïté. PLATON, lui-même ne rejetait-il pas l'écrit comme
un dangereux outil du mensonge et de l'artifice.
" Car cette invention, en dispensant les
hommes d'exercer leur mémoire, produira l'oubli dans l'âme de ceux
qui en auront acquis la connaissance... Ils chercheront au dehors,
grâce à des caractères étrangers, non point au-dedans, et grâce
à eux-mêmes, le moyen de se ressouvenir. " PLATON -
PHEDRE
Plus prés de nous, PIAGET ne traitait- il pas les
moyens audiovisuels de simple adjuvants de l'apprentissage et insistait
sur le peu de place que ces outils pouvaient avoir dans la construction
des savoirs. Chaque génération, chaque médiasphère s'est d'ailleurs
constituée sur l'ambivalence de l'attirance ou du rejet qu'elle
porte aux nouvelles technologies de l'intelligence.
Aujourd'hui encore, ce qu'il est communément admis
d'appeler les nouvelles technologies de l'information et de la communication
sont au cur du débat civique et du débat scientifique. Utopie
et catastrophisme se côtoient souvent ou s'ignorent volontairement.
On pourrait facilement écrire le TOP 50 des " cybermythes
" ou des " cyberpeurs ".
1 L'informatique est
un outil d'individualisation des apprentissages.
1 L'informatique est
un outil d'isolement de l'élève.
2 Le cyberespace permet
de construire des savoirs collectifs et
égalitaires
2 Le cyberespace conduit
à l'hégémonie des inforiches sur les
infopauvres.
3 INTERNET est un nouvel
espace de liberté et de respect des
minorités.
3 INTERNET est la chasse
gardée des sectes et des pensées
extrémistes.
4 Grâce aux multimédias,
l'élève peut apprendre à son propre rythme.
4 Grâce aux multimédias,
l'élève passe son temps à fouiner ou jouer
sans rien apprendre.
5 Les N.T.I.C sont des
outils efficaces de lutte contre l'échec
scolaire.
5 Les N.T.I.C sont des
outils de ségrégation sociale.
6 Grâce aux cyberespaces,
on participe aux événements en direct.
6 Le temps réel, c'est
la fin de la démocratie et le début de la
manipulation.
7 Les technologies éducatives,
c'est l'université pour tous.
7 Les technologies éducatives,
c'est la fin de l'enseignant.
8 Le numérique permet
de construire des bibliothèques virtuelles
mondiales.
8 Le numérique, c'est
l'arrivée d'un raz de marée informationnel qui
tuera les livres.
Et nous pourrions continuer longtemps cette liste,
chaque jour passant nous apportant son lot de débats et de contradictions.
Il n'est alors pas étonnant de constater que chaque génération laisse
passer l'ensemble des possibles innovations et que demeure toujours
présent le même système de formation qui reproduit l'hégémonie du
l'enseignement magistral .
"Tout se passe comme ci pour apprendre,
nous n'avions rien trouvé de mieux que d'extraire les apprenants
de leur milieu et de les mettre en présence d'un " maître "
sur les épaules de qui tout repose, confirmant ainsi son rôle de
principal acteur de la formation et d'ultime responsable de l'apprentissage."
France HENRI, 1996
Le maître reproduit ainsi son propre pouvoir d'unique
dispensateur du savoir, rejetant chaque technologie afin d'assurer
tel un monarque la survivance d'une véritable dynastie d'enseignement.
Ainsi sont produits certains discours pédagogiques qui rejettent
les technologies nouvelles au nom de la qualité de l'enseignement
et qui ne sont que des résistances passives à une remise en cause
de la forme scolaire dominante. On peut aujourd'hui affirmer que
l'innovation informatique n'est pas une simple innovation technique,
mais que ces influences sont déterminantes dans la transformation
des modes de communiquer, de travailler et d'apprendre. En fait,
aucune technologie malgré ce que certains indiquent, ne détruit
l'ancien technologie. Elles s'intègrent dans les usages sociaux
et font évoluer les technologies anciennes. L'écrit n'a pas détruit
la parole, le téléphone n'a pas détruit la lettre. Chaque technologie
fait évoluer l'écosystème social, relationnel ou pédagogique dans
lequel elle s'insère. Il n'y a pas d'acquis sans perte, mais il
n'est pas de technique qui ne nécessite l'évolution et la participation
du vivant.
Ce débat est au cur de la réflexion documentaire
et alimente aujourd'hui de nombreuses rencontres professionnelles
(IDT, FABDEN,ANDEP) car, comme chaque acteur du système scolaire,
les nouvelles technologies interrogent l'avenir de la profession
documentaire. Au cur du dialogue entre le champ de l'information
et celui des savoirs, le CDI est devenu le lieu principal d'approche
des réseaux électroniques. Les multimédias, l'INTERNET, les banques
de données frappent à la porte de l'établissement scolaire et cette
porte est souvent celle du CDI. Le métier d'enseignant - documentaliste
encore peu stabilisé est confronté à une perspective d'évolution
des espaces documentaires qui l'inquiète et le désoriente. Dans
le champ social, la demande urgente d'une formation permanente questionne
la forme scolaire et comprend mal les hésitations des enseignants.
Nous percevons bien que les enjeux sont importants et dépassent
les simples difficultés techniques d'adaptation d'un outil. L'urgence
d'une réflexion sur l'établissement scolaire et sur l'ensemble des
espaces de médiation des savoirs doit nous conduire à un regard
critique sur la fonction de l'école. Dans notre volonté de ne pas
céder aux mirages informationnels, ne devons nous pas nous recentrer
sur " l'éphémère équilibre de l'apprendre " et repenser
à la nécessaire diversité des médiations des savoirs. Dans ce domaine
la réflexion documentaire peut être un espace de discussion sur
l'écologie cognitive de l'école.
II - Mutation documentaire et mutation de l'agir apprenant.
La mutatio n documentaire à laquelle nous assistons
doit progressivement nous conduire à définir les caractéristiques
d'un apprentissage s'appuyant sur des informations numériques. L'ère
de l'oralité a peu à peu promu l'agora comme espace de rencontre
et d'apprentissage. L'ère de l'écrit a progressivement construit
et valorisé la bibliothèque comme espace de mémoire et de connaissance.
L'ère du numérique a fait émerger les réseaux comme espace d'interaction
et d'information. Chaque technologie et chaque espace exige des
modalités sociales et cognitives spécifiques à l'utilisation de
ces potentialités. La parole, la rhétorique, la lecture, l'analyse
restent des outillages fondamentaux pour l'apprenant de demain,
mais le "CYBERSPACE" comme espace d'information et d'apprentissage
nécessite le développement chez l'utilisateur de modalités cognitives
complémentaires : la navigation et le lien.
La navigation est à la fois une opération technique
de déplacement dans un document et une opération de création des
liens entre les différentes parties du document. Le "CYBERSPACE"
offre donc à chacun un espace d'information, de création et de découverte.
Naviguer devient le protocole de lecture des nouveaux supports documentaires.
Mais naviguer sans se noyer nécessite la construction d'un certain
nombre d'outils cognitifs et techniques spécifiques à la circulation
numérique.
- Le projet :
Naviguer sans but, sans un projet réaliste ou utopique, ce n'est
que barboter. Il y a en matière documentaire des navigateurs de
plaisance ne quittant jamais le port, inquiets devant la moindre
difficulté documentaire et des grands navigateurs adorant prendre
des risques et cherchant toujours à tracer leur propre route.
- La manoeuvre : Pour savoir circuler dans
des documents hypermédias, il faut savoir manoeuvrer le navire
informatique. Cet apprentissage technologique ne peut être réalisé
à vide par des démonstrations. La compétence à acquérir est une
compétence en acte. Sans cette maîtrise technique, l'aventure
est impossible. Avec cette maîtrise elle devient possible mais
non certaine.
- Le point. : Faire le point est indispensable
dans la recherche sur multimédia. Pour celui qui veut maîtriser
la vitesse et la capacité de stockage des outils informatiques,
la capacité à faire le point reste un des éléments indispensables.
Sans cette capacité à faire le point on navigue à l'aveuglette
et donc on n'apprend rien.
- La carte. : Le coeur de la démarche hypertextuelle
est la capacité de l'élève à créer des liens physiques ou cognitifs
entre les noeuds ou îlots documentaires mis en valeur. Cette capacité
n'est pas innée chez l'élève. Bien souvent l'élève découvre des
îlots informationnels sans les lier obligatoirement ni à un but
ni aux îlots précédents. Pourtant, on n'apprend pas ou rarement
par découverte inopinée de la bonne solution. On apprend par la
capacité à relier, hiérarchiser et confronter des informations
éparses, mais judicieusement repérées. Il est donc important d'aider
l'élève à construire sa carte informationnelle et lui permettre
ainsi de relier et de structurer son espace d'apprentissage.
- La vigie. : Pour construire une représentation
de sa recherche ou même pour trouver les informations, l'élève
doit avoir des repères ou des critères de recherche. C'est le
souffle qui trahit la baleine et la mouette qui annonce une terre
proche. De même dans chaque recherche documentaire et plus encore
dans une recherche sur multimédia, il est nécessaire que l'élève
sache repérer les éléments typographiques, la mise en page, les
codes couleurs permettant d'arrêter la course au large pour prendre
le temps du regard et de la lecture.
- L'ancre et la soute. : Un voyage sans
arrêt ne peut qu'être un simple survol. Pour apprendre avec des
documents numériques, il faut s'avoir jeter l'ancre, ce qui signifie
savoir s'arrêter et lire les documents mais aussi savoir ancrer
les éléments lus dans des savoirs antérieurs disciplinaires. L'ancrage
disciplinaire permet à l'élève de valider les informations mais
aussi de construire les savoirs faisant l'objet de sa recherche.
Par l'arrêt, l'élève rompt avec la vitesse et la quantité des
informations pour rechercher la qualité et la validité des informations
qu'il sera utile de ramener dans la soute.
- Le livre de bord. : De retour dans sa
cabine, le navigateur numérique doit accomplir la dernière tâche
essentielle afin de pouvoir considérer qu'il a atteint son but.
Il doit consigner ses aventures, les détails de ses trouvailles,
l'utilité de ses choix, la pertinence de ses découvertes afin
de rendre compte de son travail, soit au commanditaire, soit à
lui même. Cette activité de métacognition est aussi une activité
essentielle de verbalisation et donc de structuration des stratégies
documentaires.
- L'expérience au source de l'autoformation
documentaire : De retour de voyage,
le navigateur expose ses trouvailles et vante à chacun les beauté
entrevues, les richesses collectées. C'est alors que nous sommes
à même de vérifier les compétences du marin et les qualités d'un
réseau ou d'un produit. Naviguer sur des supports multimédias,
c'est progressivement construire l'outillage technique, informationnel
et cognitif de cette navigation. Il s'agit de devenir le capitaine
de son propre navire et de parcourir ainsi les hypermédias afin
d'agrandir peu à peu son espace informationnel et donc de rendre
possible ces futures conquête cognitives. Ainsi par la maîtrise
du voyage et de la navigation numérique l'outil multimédia peut
devenir un espace de construction et d'apprentissage, un espace
de découverte et d'autoformation.
III - L'apprenant numérique et l'espace scolaire.
A travers l'introduction des nouvelles technologies
dans l'enseignement, c'est l'ensemble du processus d'enseignement
/ apprentissage qui est à questionner. Malgré ce que certains diffuseurs
ou responsables de médias le proclament à grand cri, diffuser de
l'information, ce n'est pas enseigner, naviguer dans la base de
données la plus grande, ce n'est pas apprendre.
Les développements des réflexions sur l'adaptation
pédagogique de ces outils ont conduit les
concepteurs à renforcer les aspects didactiques des hyperdocuments
et petit à petit à s'appuyer plus fortement sur les processus d'enseignement
plutôt que sur des pratiques autoformatrices d'apprentissages (
LINARD et BELISLE, 1995.).L'erreur qui est ainsi reproduite est
celle qui considère depuis des décennies l'information comme un
produit didactisable et adaptable que l'on peut transmettre. Les
travaux récents des spécialistes de l'information ( DEBRAY R., BOUGNOUX,D)
montrent dans la perspective des travaux de BATESON et de l'école
de PALO ALTO que l'information est un construit propre à l'individu
et à son interaction avec le social. L'information n'est pas une
donnée extérieure à l'individu mais le résultat d'un processus informationnel
interne au sujet (ALAVA S., 1994, 1995).
Tout outillage technologique, toute base de données
sont avant tout du bruit que l'apprenant va progressivement structuré
en relation avec ses représentations, ses motivations, ses habitudes
techniques et sociales pour lui conférer le statut d'information
. Les technologies nouvelles, si elles ne se préoccupent que du
dispositif technique de diffusion vont commettre la même erreur
que les autres technologies de l'information appliquées à l'enseignement.
Les travaux conduits depuis quelques années dans le cadre d'une
approche documentaire de l'acte d'apprendre nous amènent à recentrer
l'approche des dispositifs médiatisés sur la dialectique "
S'informer / Apprendre ). L'apprenant face à la navigation
numérique doit agir de façon contextualisée afin de maîtriser son
parcours dans l'hypermédia (ALAVA, 1996). Il doit maîtriser les
trois facettes de la médiation documentaire afin de pouvoir construire
des savoirs à l'aide d'un document. Il doit enfin conduire son parcours
et choisir une stratégie qui lui permette de gérer ses interactions
et de faire évoluer ses savoirs antérieurs. L'élève est à la fois
" apprenant ", " navigant " et "
s'informant " et ces trois rôles sont à la fois synchroniquement
et diachroniquement constitutifs du " savoir apprendre
". Les nouvelles technologies modifient sensiblement
les espaces de médiation des savoirs. Elles ont une influence forte
sur l'évolution des espaces documentaires et scolaires. La formation
des élèves à la maîtrise informationnelle passe par une réflexion
sur l'évolution du temps et des espaces scolaires.
Sans maîtrise du temps, sans espace d'appropriation,
sans pouvoir d'autonomie dans les conduites d'apprentissages, les
nouvelles technologies risquent de rester des autoroutes de l'information
et de la diffusion médiatique. Si l'école ne sait pas construire
les temps et les espaces de médiation, les dispositifs médiatisées
resteront des " adjuvants " pertinents d'un enseignement
magistral inchangé. La réflexion sur l'introduction des nouvelles
technologies à l'école engage l'ensemble des acteurs et des conceptions
pédagogiques. Les recherches conduites dans ce domaine et dans la
définition d'une médiation documentaire centrent notre attention
sur l'importance des choix et sur la nécessité de préserver à travers
les mutations à venir.......
"l'éphémère équilibre de l'apprendre !".
ALAVA Séraphin
Responsable du département des Sciences de l'Education
Maître de conférences Université de Toulouse
II
Chercheur au C.R.E.F.I.

Bibliographie
- ALAVA Séraphin, " Pour une nouvelle écologie
de la connaissance : Le Centre de Documentation et d'Information
", Inter-C.D.I, mars-avril 1994.
- ALAVA Séraphin, Dis, un documentaliste c'est
quoi ? Réflexions sur un métier à l'âge numérique.- MEDIADOC,
spécial métier, N° 2, décembre 1995.
- ALAVA Séraphin, Situations d'apprentissages et
médiation documentaire : Bricolage et braconnage cognitifs, Cahiers
Pédagogiques, N° 332-333, mars-avril 1995.
- BONAL, Herbert, Les nouvelles technologies éducatives,
Problèmes économiques, N°2, 20-27 mars 1996.
HENRI France, L'autoformation assistée dans
des environnements souples informatisés, Les Sciences de
l'Education pour l'ère nouvelle, N°1-2, 1996.
PLATON, Léon ROBIN traducteur, Oeuvres complétes,
Tome 2, Phèdre, Paris : Editions Gallimard, 1950
RHEAUME, Jacques, Hypermédias et apprentissages
: Actes des premières journées scientifiques - 24, 25 septembre
1991, PARIS : B.DE LA PASSADIERE et G.L.BARON, INRP, 1991.

Annexe
Typologie des recherches documentaires sur INTERNET.
I - Ohé ! Moussaillon.
(Initiation technique et documentaire)
Dans ce type de recherche, l'élève est en conduite
accompagnée. Le documentaliste ou l'enseignant guide l'élève pas
à pas en lui montrant les opérations techniques ou documentaires
lui permettant de circuler. L'élève seul se retrouve très vite perdu
car il n'a pas la maîtrise directe des opérations et il a beaucoup
de mal à mettre en lien les diverses informations.
II - Le grand plongeon ! ! !
(Recherche en accès libre.)
Dans ce type de situation, au contraire, l'accès
est libre sur les bases filtrées au niveau du serveur et l'élève
doit s'aventurer seul dans le réseau. Sans but précis il est très
vite pris par le flot des informations et il zappe de sites en sites
sans savoir saisir les informations essentielles. Il découvre à
l'occasion des informations utiles qu'il imprime et sauvegarde mais
se perd très vite dans l'écheveau de son travail. L'aspect ludique
de son travail l'emporte alors et son parcours est source de découverte
sans anticipation.
III - A vos ordres, mon capitaine !
(Recherche avec projet.)
L'élève est en recherche commandée. Il navigue sur
l'INTERNET pour rechercher une information précise. Il sait utiliser
les moteurs d'indexation et construit peu à peu une équation de
recherche en texte intégral. Nous pouvons décrire plusieurs parcours
sur le WEB en fonction des consignes données par l'enseignant.
- L'aiguille dans une botte de
foin. (Le cyberspace seul.)
L'élève doit rechercher une information précise,
celle ci trouvée l'élève doit la restituer au mieux. C'est la pertinence
de la logique d'interrogation qui détermine la qualité de la recherche.
Souvent, le parcours est chaotique et bien difficile à suivre, l'élève
ne maîtrisant pas le mode de consultation en langage naturel et
ne sachant pas traiter la masse des informations ainsi stockées.
- A l'abordage ! (Moi et le cyberespace.)
Dans ce type de situation, les informations sont
à regrouper et la réponse à la question donnée n'est pas entièrement
contenue dans une zone. L'élève doit donc rechercher, traiter, lier
et synthétiser des informations éparses. L'élève doit mettre en
jeu des compétences documentaires liées à la collection des données
mais surtout à la mise en lien et à la transformation des informations.
Durant ces opérations, l'élève rencontre souvent des informations
partielles, redondantes ou erronées. La capacité à recouper, relier,
vérifier des informations est indispensable pour la maîtrise de
la navigation dans le cyberespace. La maîtrise des compétences induites
par les premières consignes est certes indispensable à l'apprivoisement
de la navigation électronique. Mais l'élève doit renforcer sa capacité
à devenir un acteur dans la construction des informations. Rechercher
à structurer une biographie cohérente de Bill GATES, construire
un point cohérent et d'actualité sur les thérapies géniques, trouver
des informations structurées et non partielles sur les dangers que
pourraient faire courir le WEB à la démocratie, aucune de ces trois
recherches ne peut être réalisée sans la maîtrise de la mise en
lien dialectique des données collectées.
- A la recherche de l'île au
trésor. (Moi seul dans le cyberespace.)
Dans ce type de situation, l'interaction entre les
élèves et le réseau est fortement sollicitée. L'élève doit utiliser
le réseau pour construire un projet personnel ou commandé. Il construit
ses savoirs par navigation hypertextuelle ou par recherche à partir
de mots-clés , mais son travail de synthèse et de création est important.
Il doit rechercher, relier, vérifier, critiquer des données issues
de sa recherche mais il doit aussi en permanence ancrer ces données
dans son projet initial ou dans les connaissances disciplinaires
structurant son travail. Réaliser une dissertation en utilisant
le WEB, réaliser un site virtuel, faire un journal numérique, faire
du monitorat à distance grâce au WEB, construire une bibliographie
de mémoire professionnel sont des situations demandant un haut niveau
de navigation. Ici le WEB est une simple source d'informations alimentant
le projet de l'élève. Le produit final n'est pas sur l'INTERNET,
mais le projet prend une autre dimension par l'utilisation des capacités
de navigation numérique.
IV - Pirates ou corsaires, course au grand large...
(Produire des ressources.)
A la suite de la situation précédente, l'élève dans
ce dernier type de recherche devient producteur de ressources documentaires
sur l'INTERNET. Sa démarche documentaire est guidée par un projet
collectif ou individuel de fabrication d'informations utilisant
le réseau numérique. Il utilise la messagerie électronique pour
communiquer avec d'autres établissements, fabrique des sélections
de sites sur un thème, réalise des pages personnelles ou scolaires,
participe aux débats dans les forums. Dans toutes ces activités,
les ressources documentaires sur le WEB sont utilisées, transformées
et enrichies.
L'élève est ici en autonomie, maîtrisant le cyberespace
pour naviguer et braconner des ressources grâce à la médiation des
documents numériques.
Il utilise les sources documentaires comme des lieux
d'informations et des espaces de conquêtes cognitives.
"Les lecteurs sont des voyageurs ; ils circulent
sur les terres d'autrui, nomades braconnant à travers les champs
qu'ils n'ont pas écrits, ravissant les biens d'Egypte pour en jouir."
M. de CERTEAU, 1985.
L'élève doit apprendre à connaître des espaces numériques
qui ne sont pas construis à son intention. Il peut le faire qu'en
ayant un projet réel et motivant et une expérience documentaire
solide faisant de lui un braconneur d'informations.

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