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Techniques
électroniques d'information et culture technologique
Les problèmes
de formation
Yves
François LE COADIC
CNAM - ICST
2, rue Conté
75141 PARIS Cedex 03 - France
Courriel : lecoadic@cnam.fr

Résumé
L'omniprésence des techniques électroniques
d'information dans les services d'information d'une part et l'existence
d'autre part d'un certain déficit culturel sur les sciences et les
techniques, attesté, en France, par de grandes enquêtes nationales
comme "les Français et la science", "les Français
et la technique", ont entraîné le développement, ces dernières
années, de besoins de culture liés à la présence de ces techniques.
On aurait pu croire la culture technologique
plus familière que la culture littéraire ou historique. Il n'en
est rien. Le simple consommateur, sauf exception, ne sait pas à
quelle réalité technique et sociale les objets dont il est environné
peuvent renvoyer. L'usage ordinaire de la technique se résume en
une phrase : "on appuie sur un bouton, ça marche ou ça ne marche
pas. Point final ! ". Mais beaucoup éprouvent le besoin d'en
savoir plus.
Pour satisfaire ce besoin de culture
technologique, le développement de formations visant à développer
cette culture est donc nécessaire: elles comporteront des enseignements
de physique des techniques électroniques d'information, de logique
de leur usage mais aussi d'histoire de ces techniques.
Introduction
1
La mutation
technologique provoquée, il y a une trentaine d'années, par l'arrivée
des ordinateurs et des réseaux de télécommunications et donc par
l'apparition d'une information inscrite sur des supports électroniques
a considérablement affecté la science de l'information entraînant
une importante mutation épistémologique: on est passé ainsi de l'étude
du document à celle de l'information et maintenant de la connaissance.
Elle a aussi considérablement affecté l'organisation du travail,
son contenu et fait bouger les métiers, faisant apparaître de nouveaux
métiers prenant appui sur de nouvelles compétences. l'ensemble entraînant
des besoins de formation.
Ce qui n'était
pas sans poser, il y a déjà plusieurs années, quelques malaises
(signalés par les étudiants eux-mêmes) quant aux savoirs dispensés
dans les formations en science de l'information. On nous enseigne
:
- des savoirs
éclatés (...une juxtaposition de savoirs hétéroclites...)...
- des savoirs
sur-valorisés et dépassés (...une sous-culture universitaire
de la communication fondée sur des théories dépassées... C'est la
trilogie chronologique " Emetteur-Canal-Récepteur", à
laquelle on a greffé un feed-back ...l'immobilisme théorique des
enseignants érigé en dogme)...
- des savoirs
absents (...on exclut les sciences humaines...).
- mais surtout
ni savoir, ni savoir-faire (...rares sont les universitaires
qui appréhendent la technique avec le recul nécessaire...)...les
formations n'apportent ni culture générale, ni culture technologique...
Si resurgissait
à cette occasion le conflit entre les "deux cultures "2,
constituantes de la science de l'information, la mutation technologique
qui s'accompagnait aussi d'une prolifération des techniques faisait
ainsi apparaître clairement un problème concernant la connaissance
de cette technologie. Or, actuellement, disposons-nous d'une culture
technologique suffisante pour appréhender ces évolutions qui n'ont
pas cessé de se multiplier, c'est-à-dire avons-nous la capacité
de comprendre, d'utiliser et de gérer les techniques
électroniques d'information? Le défi n'étant pas uniquement d'apprendre
COMMENT fonctionne le dernier équipement que nous venons d'acquérir
mais aussi de se demander POURQUOI et QUAND on doit en faire usage.
Si la réponse est non, nous avons donc besoin d'une formation visant
à l'acquisition de cette culture.
Mais au préalable,
qu'entendons-nous par techniques électroniques d'information?

I Les techniques électroniques d'information
Les techniques
électroniques d'information sont des techniques qui utilisent pour
fonctionner des flots d'électrons (ou de photons, particules de
lumière dans le cas des techniques photoniques). En effet, des organes
d'entrée-sortie que sont les terminaux (clavier, souris,... et écran,
imprimante,...) aux organes de transmission que sont les réseaux
de transmission de signaux (lignes physiques, ondes hertziennes,...)
en passant par les organes de stockage et de traitement que sont
les ordinateurs et leurs logiciels, toutes les techniques électroniques
d'information ont en commun d'émettre, de recevoir, de véhiculer,
de mémoriser ou de traiter des signaux électriques c'est-à-dire
des flots d'électrons (ou des signaux optiques c'est-à-dire des
flots de photons). D'où le nom générique de techniques électroniques
(et photoniques) que nous utiliserons à l'endroit de ces matériels.
On les appelle
toujours "nouvelles". Elles semblent en effet ne jamais
pouvoir se stabiliser. Et, juste corollaire, elles vieillissent
très vite. En l'espace de 50 ans, depuis 1948, année de la fabrication
du premier transistor, les évolutions techniques ont en effet
consisté à passer:
- de l'électricité
à l'électronique : depuis l'apparition du transistor en 1948, l'électronique
a connu un accroissement considérable de ses performances suivi
d'un saut qualitatif des techniques électroniques.
- du fil
de cuivre à la fibre optique : ce saut a été accompagné par un progrès
considérable des capacités des réseaux câblés et hertziens.
- de l'analogique
au numérique : vient s'ajouter un troisième phénomène tout aussi
important mais plus insidieux : la numérisation croissante de ces
techniques. Toute information peut désormais être traitée, codée,
stockée, transmise par les mêmes procédures et sur les mêmes réseaux.
ATTENTION,
ceci conduit à une certaine idée erronée de l'information qui
évacue toute idée de sens, de signification : est information
tout ce qui peut faire l'objet d'un traitement numérique!
- de l'électromagnétique
à l'optoélectronique: jusqu'à hier, le "magnétique" apportait
en tant que support d'information des solutions en terme de stockage
et de traitement. Aujourd'hui, l'optoélectronique permet d'obtenir
une densité d'information au moins 10 fois supérieure aux meilleures
performances du "magnétique".

II Trois constats
Il y a trois constats que l'on peut
faire actuellement concernant les techniques électroniques d'information
en général:
1er constat: une omniprésence
des techniques électroniques d'information
Premier constat banal: les techniques
électroniques d'information sont omniprésentes. Elles le sont -et
le seront- de plus en plus dans les services d'information, du centre
de documentation à la société de télévision comme le montre les
scénarios suivants:
- Aujourd'hui, dans un centre de
documentation, une bibliothèque, un musée proto-électroniques, coexistent
quelques unes de ces techniques :

Les techniques électroniques (analogiques
et numériques) d'information, aujourd'hui
- Demain,
dans un centre de documentation, une bibliothèque semi-électroniques,
les techniques numériques supplanteront les techniques analogiques.
Seront utilisées, certaines l'étant déjà dans quelques centres :
|
audiotex, autocommutateur
banc de montage virtuel
banques d'informations, banques d'images, bases de onnaissances
carte à puce, CD-DA, CD-E, CD-I, CD-PROM, CD-ROM XA, CD-Y,
claviers
communication large bande, conférence électronique
DAT, DVI, DV caméra
EDI
fac-similé , scanner, infographie
inférence machine, interfaces intelligents
LV-ROM, livre électronique
mémoires optiques (carte laser), messagerie électronique
OCR
PAO, postes de lecture
raster, scanner, réseau local (LAN, WAN, MAN), revue électronique,
RNIS
satellites, station de travail, système hypermédias, systèmes
experts
télétext, transmission par paquet, TVHD
vidéodisque, vidéotext, vidéoprojecteur
WORM-DOT
|
Les techniques électroniques d'information
d'aujourd'hui et de demain
- Après-demain,
à la fin de cette décennie, à partir de notre station de travail,
nous butinerons à distance dans une bibliothèque, un centre de documentation,
un musée électroniques qui offriront consultation et fourniture
d'information électronique en ligne.
On notera
que les techniques électroniques d'information se réclament de façon
privilégiée de quatre filières techniques : la micro-électronique,
l'informatique, les télécommunications, les médias électroniques
(audiovisuel) ou sont le fruit d'une fusion de ces filières. Leur
production est le fait d'un nouveau secteur
industriel, celui de
l'industrie de l'information.
Application
Test de culture technologique
Nous présentons
ci-dessous les caractéristiques techniques d'une ensemble de techniques
électroniques matérielles d'information qui sont couramment utilisées
aujourd'hui. Le choix avisé de l'une ou l'autre de ces techniques
nécessite une bonne compréhension des éléments présentés. Saurez-vous
reconnaître ces différentes techniques? Le même exercice peut se
faire avec les techniques électroniques logicielles.
Technique
A
| Dimensions |
|
|
Hauteur |
3,1
cm |
|
Longueur |
10
cm |
|
Largeur |
5,6
cm |
|
|
|
| Résolution
de base |
400
ppp |
|
| Vitesse
de déplacement du pointeur |
25
cm/sec au maximum |
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| Durée
de vie |
|
|
Mécanique |
Plus
de 480 Km |
|
Clics |
Plus
de 1 million d'opérations |
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| Températures |
0
à 40°C (fonctionnement) |
|
-20°
à 60° C(hors fonctionnement) |
|
| Humidité
relative |
10
à 90%, sans condensation |
|
| Erreurs |
Pas
d'erreur logicielle jusqu'à 6 KV |
|
Pas
d'erreur matérielle jusqu'à 8 KV |
|
Les
performances dépendent du système hôte |
|
Technique B
| Taille
en pouces |
3,5 |
| Haute
densité MO |
1,44 |
| Faible
densité |
720 |
|
|
|
|
|
|
|
| Secteurs
par piste |
|
|
Haute densité |
80 |
|
Faible densité |
80 |
|
| Têtes
de lecture/écriture |
2 |
|
| Temps
d'accès moyen (ms) |
|
|
Piste à piste (haute/faible) |
3/3 |
|
Moyenne (haute/faible) |
94/94 |
|
Temps d'établissement (ms) |
15 |
|
Temps d'attente moyen (ms) |
100 |
|
Technique C
| Temps
d'acès |
|
|
Aléatoire |
Moins
de 275 ms |
|
Tour complet |
Moins
de 600 ms |
|
| Niveau
de sortie audio efficace |
|
|
Sortie ligne |
0,8
V à 47 Kohms |
|
Casque |
0,6
V à 32 ohms (volume maximal) |
|
|
|
| Vitesse
de transfert des données |
|
|
Soutenu |
156
ko/sec (vitesse unique) |
|
600ko/sec
(quadruple vitesse) |
| Asynchrone |
4
Mo/sec |
|
| Taux
d'erreurs |
|
|
Erreurs logicielles |
10-1 |
|
Erreurs matérielles |
10-12 |
|
Erreurs de recherche |
10-4 |
|
| Longueur
maximale du câble d'interface |
|
| Fiabilité |
|
|
Taux d'erreur en lecture |
30
000 POH @25% MTBF |
|
(relances comprises) |
30
min MTTR |
|
Durée
de vie 5 ans |
|
| Durée
d'initialisation |
<
7 sec |
|
|
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| Dimensions |
|
|
Largeur |
14,60
cm |
|
Hauteur |
4,25 cm |
|
Profondeur |
20,9
cm |
|
|
|
Concluez
vous-mêmes!3
-
Votre niveau de culture technologique est-il
satisfaisant moyennement ou insatisfaisant ?
-
Avez-vous un déficit de culture technologique?
2ème
constat : un déficit de culture technologique (parfois même une
absence)
Le
deuxième constat est un peu moins banal: c'est l'existence d'un
certain déficit culturel sur les sciences et les techniques, déficit
attesté, en France (mais aussi aux USA), par de grandes enquêtes
nationales comme "les Français et la science", "les
Français et la technique".
Quel
est en effet le niveau de culture technologique des Français? Les
connaissances technologiques varient bien entendu d'une personne
à une autre et dépendent de ses antécédents sociaux, familiaux et
scolaires, de ses intérêts, de ses aptitudes. Toutefois, la grande
majorité des gens n'ont même pas une vague compréhension des principes
fondamentaux qui régissent la société technologique moderne. Peu
de gens sont en mesure de comprendre pleinement les questions technologiques
soulevées chaque jour dans l'actualité, d'effectuer des activités
technologiques courantes ou d'apprécier la découverte d'un ingénieur.
L'apprentissage de la technologie a traditionnellement été négligé
dans notre société, sauf pour ceux ou celles qui poursuivaient des
études ou une formation dans un domaine technologique. Pour la plupart
des Français, la culture technologique est quelque chose que l'on
acquiert au besoin dans les activités quotidiennes. Toutefois les
processus technologiques sont maintenant d'une telle complexité
que cette démarche improvisée se solde pour beaucoup par des échecs4.
Actuellement,
le rapport ordinaire à la technologie présente donc deux volets:
a) un
déficit (ou une absence) de culture technologique
Étant donné
l'importance de cet environnement technologique, on aurait pu croire
la culture technologique plus familière que la culture littéraire
ou historique. Il n'en est rien. Le simple usager, sauf exception,
ne sait pas - comme vous l'a montré l'exercice précédent- à quelle
réalité technologique et sociale les objets dont il est environné
peuvent renvoyer. L'usage ordinaire de la technique se résume en
une phrase :
"on
appuie sur un bouton, ça marche ou ça ne marche pas. Point final
! "
Je dois dire
que la complexité de certaines techniques ne peut qu'encourager
ces comportements: complexité des interfaces télématiques, complexité
de la programmation d'un magnétoscope, etc.
b) une
approche de la technique sans ferveur ni phobie
Cette indifférence
à la technique n'implique pas pour autant un refus de l'innovation
ou de l'évolution technologique. La culture technologique ne passionne
personne ou presque. La consommation est neutre. Ni technophile,
ni technophobe. Cette neutralité ne signifie pas pour autant qu'il
ne se passe rien entre l'objet et son usager5.
Mais les résultats sont là, le rapport à la technique n'est pas
fameux :
"...Les
sourds ne vont pas au concert, les aveugles ne visitent pas les
musées de peintures. Or il se trouve qu'une grande majorité de personnes
sont , vis à vis de la technique, ...à la fois sourds et aveugles.
Il est difficile de dire comment la France en est arrivé à ce niveau
que l'on pourrait appeler un niveau d'inconscience technique et
scientifique..." (GILLE 6).
Certains
vont même jusqu'à dire, en France, que le manque de culture technologique
et l'absence de reconnaissance des phénomènes industriels par la
culture traditionnelle sont désormais identifiés comme une cause
majeure des difficultés économiques du pays. Par ailleurs, paradoxalement,
on pourrait remarquer que la France se distingue par de gigantesques
programmes technologiques comme l'électronucléaire, le T.G.V., le
Concorde, la télématique. Mais ces programmes ont été réalisés par
quelques corps d'ingénieurs d'État, selon un modèle bureaucratique
qui se caractérise par un manque total de consensus national et
traduit de fait l'existence d'un contrôle social imposé sur les
citoyens.
3ème constat:
un besoin de culture technologique donc un besoin de formation
Le troisième
constat découle des deux précédents: il se fait jour un besoin de
culture lié à l'omniprésence de ces techniques et à cette inculture
ou à cette inconscience technique comme le dit l'historien des techniques
Bertrand GILLE7.
Certains éprouvent le besoin d'en savoir plus, aimeraient comprendre
un peu plus: l'inculture technologique crée le besoin.
Le besoin
de culture technologique (individuel et sociétal8)
est donc patent. Nous avons pu le constater en 1991, en effectuant
avec l'aide de la SOFRES, un sondage national sur "Les français
et la technique"9. Nous
entamions à l'époque la rénovation du Musée des Arts et Métiers
du CNAM et cherchions des éléments qui auraient pu nous aider dans
cette opération. En réponse à une question portant sur un accord
ou non avec une série d'opinions, nous constations que le désir
de comprendre le fonctionnement des objets techniques demeurait
vivace dans la population puisque 74% de l'échantillon voulait se
servir de ces objets en sachant "comment ils fonctionnent"
et que seulement 36% de l'échantillon s'accommodait de leur utilisation
"sans comprendre leur fonctionnement". Mais comme nous
le faisions remarquer plus haut, l'objectif n'est pas uniquement
d'apprendre comment fonctionne le dernier objet que nous venons
d'acquérir mais aussi de se demander pourquoi et quand on doit en
faire usage.
Application:
Le besoin
de culture technologique des usagers de la liste de discussion CDI-DOC
Faite début
1999 sur 300 messages récents de cette liste de discussion, une
brève analyse des sujets évoqués montre que le tiers des messages
concernait un problème technique: d'abord problème de choix ou d'usage
de logiciels, puis de classement des signets enfin de choix de moteurs
de recherche.
Exemple:
Donc, en
conclusion, si je fais l'hypothèse qu'il y a un déficit (ou
une absence) de culture technologique en ce qui concerne
les techniques électroniques d'information et qu'il y a malgré tout
un besoin de culture technologique, avivé par le foisonnement
de ces techniques, pour combattre cette inculture et satisfaire
ce besoin, nous devons favoriser l'apparition dans les formations
des professeurs documentalistes de formations à la culture technologique10,
à la culture des techniques électroniques d'information11.

III - La formation à la culture des techniques d'information
Cette
formation devrait se construire autour de trois groupes d'enseignements
suivants:
-
des enseignements visant à apprendre à comprendre les techniques
électroniques d'information, par exemple un enseignement sur la
physique des techniques électroniques d'information ,
-
des enseignements visant à apprendre à utiliser les techniques électroniques
d'information, par exemple un enseignement sur la logique et les
lois de l'usage des techniques électroniques d'information,
-
et des enseignements visant à apprendre à gérer les techniques électroniques
d'information, par exemple un enseignement sur l'histoire des techniques
électroniques d'information.
Cet
ensemble conduira à former ainsi des personnes technologiquement
cultivées.
Comme
on le voit, ces enseignements puisent, dans les sciences physiques
et mathématiques et les sciences humaines et sociales, les concepts
et les méthodes nécessaires pour comprendre, utiliser et gérer les
systèmes technologiques d'information.
ATTENTION,
la maîtrise de toute nouvelle technique engendre des problèmes psychologiques
souvent disproportionnés avec le danger réel. Le plus important
d'entre eux est l'anxiété occasionnée par la peur d'interagir, le
manque de confiance. N'oublions pas que l'anxiété causée par l'ordinateur
affecte près d'un tiers de ses nouveaux usagers. La technique "internet"
est elle aussi anxiogène. A preuve cet émotion qui représente les
gouttes de sueur froide faisant état de votre anxiété!:
^_
^;
Endroit
sans limites et espace sans noyau, "internet" est à l'origine
d'émotions chez les usagers. Certaines sont positives (parfois trop
car conduisant à une forme de dépendance); d'autres sont négatives,
entrainant un non-usage. A l'origine de ces émotions négatives,
trois formes d'anxiété ont été identifiées12 :
-
l'anxiété terminologique: HTML, HTTP, SLIP, URL, POP, etc., la siglaison
"internet" est particulièrement prolifique. Véritable
langage, son apprentissage n'est pas aisé.
-
l'anxiété labyrinthique: Endroit sans limites et espace sans noyau
mais aussi réseau compliqué de chemins dont on a peine à sortir
l'information que l'on recherche, "internet" occasionne
quelques frustrations. Si certains usagers les acceptent, considérant
l'incertitude des recherches comme normale, d'autres éprouvent des
formes extrêmes d'anxiété.
-
l'anxiété temporelle: les délais, les attentes, lots communs à toutes
les techniques de réseau, entraînent chez tout usager une nervosité
génératrice d'anxiété.
1) COMPRENDRE
La
physique des techniques électroniques d'information
C'est
essentiellement une physique du signal (analogique ou numérique)
qui permet de comprendre les principes et les caractéristiques (débit,
codage, lignes, protocoles, couches, etc.) des techniques électroniques
d'information qui sont utilisées: en premier lieu, les terminaux
(ordinateur, téléviseur, caméra) et les réseaux (terrestre et satellitaire).
J'aurais tendance à privilégier la culture réseau à la culture
informatique et électronique considérant que l'ordinateur, le téléviseur,
la caméra sont devenus des techniques tacites et que leur culture
est acquise. Encore visibles aujourd'hui, les ordinateurs seront
dans 20 ans omniprésents et invisibles comme le sont les moteurs
aujourd'hui, ces appareils servant, comme on le sait, à transformer
une forme quelconque d'énergie en énergie mécanique. On a en effet
intégré les moteurs dans notre vie: ils sont dans les réfrigérateurs,
les automobiles, les jouets, etc. On ne parle plus des moteurs:
ils sont partout et nulle part, dans tous les objets de la vie quotidienne.
Il va se passer exactement la même chose avec les ordinateurs.
Par
contre, ce qui n'est pas encore culturellement acquis, c'est cette
culture des réseaux et surtout cette culture de l'interface:
interface personne-machine et interface personne-machine-personne.
Les résultats d'une enquête menée dans les écoles d'administration
publique aux USA, portant sur l'enseignement de l'usage des techniques
d'information sont à cet égard intéressants13.
Hier, la culture des techniques d'information (information technology
literacy) signifiait connaissance des matériels, des langages de
programmation, des langages audiovisuels. Aujourd'hui, cette culture
signifie, en plus, connaissance du réseautage local et international,
des stations de travail multimédia, des interfaces logicielles,
graphiques, etc. Ainsi une bonne compréhension des interfaces logicielles,
particulièrement nombreuses et variées, est déterminante lors du
choix d'une technique devant être utilisée par les usagers.
Application
la
lecture des cartes sémantiques
D'une
science des listes (bibliographiques), la science de l'information
est devenue une science de graphes et de cartes (sémantiques), c'est-à-dire
que de plus en plus les résultats des recherches d'information seront
disponibles sous des formes plus élaborées. La réalisation de ces
graphes, de ces cartes, leur lecture rend nécessaire l'acquisition
d'apprentissages nouveaux.

Graphe
"revêtement céramique" obtenu à partir d'une banque de
brevets
2) UTILISER
La
logique et les lois de l'usage des techniques électroniques d'information
Les
techniques électroniques d'information ont généré, nous le savons,
pas mal de mal-usages et de non-usages. Jusqu'il y a peu, on n'apportait
aucun élément explicatif ou interprétatif. On parlait de résistance,
de non-acceptabilité par des usagers supposés voués à la passivité
et à la discipline:
"...mon
produit est bon, mais ils ne viennent pas..."
"...mon
produit est bon, mais ils ne le regardent pas..."
"...mon
produit est bon, mais ils ne le lisent pas..."
Le
nom pudique d'utilisateur, de consommateur attribuait à l'usager
un statut de dominé ce qui ne veut pas dire docile. Surtout en ce
qui concerne les techniques électroniques d'information qui s'inscrivent,
on l'a trop souvent oublié, dans un contexte socioculturel donné.
Révélateurs de cette activité des usagers, on a noté avec intérêt
les nombreux détournements d'usage de techniques comme le téléphone,
le Minitel, etc. Sont donc nées des recherches sur les opérations
des usagers afin d'atteindre une meilleure connaissance de leurs
pratiques, manières de faire, modes d'opérations ou schémas d'action.
Ces actions ont leur formalité et leur inventivité propres et organisent
en sourdine le travail de l'usager.
Il
n'y a pas une manière de feuilleter un livre, de butiner dans une
bibliothèque, de se servir d'un catalogue informatisé, d'un système
télématique, d'un bouquet satellite14 :
"Le
quotidien s'invente avec mille manières de braconner" (de CERTEAU15).
Grâce
aux études des usages et des usagers de l'information et des systèmes
d'information, on a mis en évidence des logiques d'usage comme par
exemple les deux logiques d'abordage d'un système télématique, utilisé
dans un espace public: une logique technique qui suppose la règle,
le mode d'emploi, et une logique instrumentale qui ne suppose pas
la règle, le clavier appelant le geste. Ces manières de faire, ces
pratiques, opérations multiformes et fragmentaires obéissent à des
règles. Autrement dit, il y a une logique de ces pratiques, une
logique de l'usage16.
Nouvelles logiques qu'il importe aujourd'hui de mieux comprendre,
les logiques de navigation.
Mieux
des lois de l'usage des techniques électroniques d'information,
lois énoncant des corrélations entre des phénomènes sociaux et vérifiées
par l'expérience; des lois probabilistes en particulier. Les phénomènes
d'usage présentent un certain nombre de régularités qui sont susceptibles
d'un traitement mathématique. Il n'y a pas en effet 1000 manières
mais probablement un certain nombre de manières de regarder la télévision,
de se servir d'un magnétoscope, de se servir d'une bibliothèque,
de lire un livre, un article, etc.
Comme
toute activité mobilisant de nombreuses personnes, l'usage d'une
bibliothèque par ses usagers est le résultat d'un grand nombre d'événements
aléatoires. Chaque usager a ses propres objectifs; chaque livre
a une audience différente. Le comportement individuel d'un usager
ou le degré d'usage (l'usagivité) d'un livre ne peuvent être prédits
avec certitude.
Mais
il est possible de prévoir le comportement moyen d'un ensemble d'individus
avec une précision qui s'accroît avec le nombre d'individus et la
durée de l'observation (plusieurs semaines, mois, années).
Les
mathématiques -le calcul des probabilités dans le cas présent-
sont alors fort précieuses. Ce calcul permet de résumer un
ensemble d'événements aléatoires comme les usages quotidiens
d'une bibliothèque en une grandeur numérique, la probabilité17 exprimant le caractère
probable, non-certain de ces événements, de ces usages. Il
permet de prédire l'usage moyen fait par un ensemble de personnes
(et non par une personne), la déviation moyenne par rapport
à cet usage et d'autres critères suffisamment précis et donc
fort utiles pour asseoir des décisions en autant que sont
pris en compte des centaines d'usagers, de livres sur des
intervalles de temps d'une année et plus.
Il
nous faut donc introduire cette culture des logiques et des lois
de l'usage en effectuant et en faisant effectuer plus qu'aujourd'hui
des études d'usages et d'usagers18.
Application
L'usage
d'un livre
La
probabilité qu'un livre du CDI soit emprunté un certain nombre de
fois dans l'année suit une loi géométrique.

L'usage
des nouveaux livres
Si
l'on s'était fixé un minimum de deux usages d'un livre, dans l'année
qui suit son acquisition, ex post, 54 % des livres n'auraient pas
dû être achetés.
Ce
type de loi peut être employé pour calculer les comportements moyens
d'un groupe d'usagers. D'autres lois comme celle bien connu de POISSON
sont aussi utilisées dans la modélisation mathématique des usages.
3) L'histoire
des techniques électroniques d'information
Dans
cette jungle proliférante de réseaux et de terminaux présents ou
à venir, il nous faut une boussole; une boussole qui ne peut être
que culturelle d'où que l'on soit. La prolifération des techniques
électroniques d'information justifie que nous tentions de cerner
les contours d'une histoire spécifique de ces techniques.
Il
nous semble donc que paradoxalement le passé peut nous servir de
guide sous la forme analytique de la généalogie des techniques d'information.
Ceci afin de mettre à jour, en particulier, les processus de rejet
ou d'acceptabilité. La généalogie, partie d'une histoire des techniques
d'information nous enseigne que c'est par le biais des usages que
l'acceptabilité se fait le plus solidement.
|
1981 - introduction
de l'IBM-PC et lancement de MS-DOS
|
|
1984 - Lancement
du MacIntosh d'APPLE
|
|
1988 - Le lecteur
3"1/2 et VGA deviennent des standards
|
|
1991 - Premier
serveur WEB
|
|
1995 - Arrivée
de JAVA et du NC
|
|
1998 - On compte
plus de 100 millions d'usagers d'internet dans le monde
|
Brève
généalogie du micro-ordinateur et d'internet
L'histoire, quant à elle,
fait apparaître les liens qui unissent les techniques aux pratiques
sociales, les savoir-faire aux savoirs, les innovations aux modes
de vie19.
Ce que présente très bien ci-dessous le tableau chronologique de
l'évolution des techniques :
|
Evènements
historiques, institutions
|
Connaissances
scientifiques
|
Techniques
d'information
|
Outils
|
|
17ème
siècle
salons,
colléges, Académies
|
revue
scientifique
classification
indexation
|
papier
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A
partir de 1948, le développement de la science de l'information
a été accompagné - si ce n'est souvent précédé - par le développement
exceptionnel d'une technologie et de techniques particulièrement
impressionnantes, reposant pour l'essentiel sur des flux d'électrons
et de photons. Auparavant règnaient l'encre et le plomb...
Une
histoire des techniques d'information ne peut se satisfaire de la
simple évocation des grandes innovations qui l'ont jalonnée et des
grands hommes qui l'ont marquée. Elle ne peut, non plus, être divisée
en des champs bien distincts, dans lesquels on pourrait suivre l'évolution
d'une ligne de machines, d'objets techniques". L'histoire des
techniques d'information ... est culturelle. "Elle fait apparaître
les liens qui...unissent les techniques aux pratiques sociales,
les savoir-faire aux arts, les innovations aux modes de vie, etc20".
Je
crois donc nécessaire un enseignement d'histoire des techniques
d'information et de leurs filières techniques, les industries d'information21.
Conclusion
L'usage des
techniques électroniques d'information, comme l'usage de toute technique
d'ailleurs, repose sur la présence chez les usagers d'une culture
technologique. Cette culture étant quelque peu déficitaire, le développement
de cet usage nous impose donc d'assurer des formations en science
de l'information comportant des enseignements qui n'y sont pas souvent
présents, c'est-à-dire des enseignements de physique des techniques
électroniques d'information, de la logique et des lois de l'usage
de ces techniques et d'histoire de ces techniques.
Bibliographie
- CACALY S. ed.- Dictionnaire
encyclopédique de l'information et de la documentation - Nathan,
Paris, 1997.
- CHALAS Y. - Turbulences
des techniques et sagesse de l'usage -La provocation - Hommes
et machines en société - CESTA, Paris, 1985.
- CERTEAU M. de. - L'invention
du quotidien -1- Arts de faire - UGE, Paris - 1980
- GILLE B. - Pour un musée
de la science et de la technique - Culture technique, 198,
page 209, 1982.
- JACOMY B. - Une histoire
des techniques - Le Seuil, Paris, 1990.
- LAN Z., CAYER N. J. -
The challenges of teaching information technology use and management
in a time of information revolution- American Review of Public
Administration - 24, 2, 1994.
- LE COADIC Y. F. - La science
de l'information - PUF, Collection Que sais-je ?, n° 2873 - Paris,
1997.
- LE COADIC Y. F. - Usages
et usagers de l'information - Nathan - Paris, 1997.
- LE COADIC Y. F. - Histoire
des sciences et histoire de la science de l'information - Documentaliste-Sciences
de l'information - 1993, 30, n°4-5.
- LE MAREC J. - Dialogue
ou labyrinthe ? La consultation des catalogues informatisés par
les usagers - BPI, Paris, 1989.
- PERRIAULT J.- La logique
de l'usage - Essai sur les machines à communiquer - Flammarion,
Paris, 1989.
- REMUS. - La muséologie
des sciences et des techniques- Actes du colloque des 12-13 décembre
1991 - OCIM, Dijon.
- Technology for all Americans
- National Academy of Science - Washington, 1998.

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