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CDI VIRTUEL

Introduction de Monsieur Guy Pouzard, Inspecteur Général de l'Education Nationale

« CDI virtuel », le titre est provoquant. Pourtant comme dans toute entreprise humaine, c’est bien du travail d’hommes et de femmes, de jeunes et d’adultes qu’il s’agit. Il est bon de répéter certaines évidences.

Tous eux qui ont choisi de participer à cette formation ont entre autre en commun d’être convaincus de l’importance de l’apparition des nouvelles techniques d’information et de communication dans l’exercice des métiers de documentation. Indispensables auxiliaires, ces outils ne peuvent pourtant se substituer à la présence et à l’intelligence humaine même si leur influence socio-économique va sans cesse croissant et si la production des richesses des pays technologiquement avancés provient de plus en plus d’entreprises liées de près ou de loin au secteur de l’information.

L’informatique et les technologies de communication numériques conduisent immanquablement à se poser de nombreuses questions sur les méthodes de travail et sur la nature même du métier de documentaliste. Ainsi, les possibilités d’information et de documentation offertes par le réseau internet sont immenses. Leur exploitation n’est pas une affaire aussi simple que l’on veut bien le dire parfois et si le fond est indéniablement plus riche que celui de n’importe quelle bibliothèque, l’accès à l’information souhaitée est grandement facilité, par les connaissances de base en matière de documentation, quand elles ne sont pas simplement nécessaires. De même, la possibilité d’utilisation de bases de données relationnelles et des liens hypertextes ou hypermédias, aussi bien en consultation qu’en création de nouvelles bases documentaires, exige surtout pour les élèves de nouvelles approches de la documentation, de nouvelles formes de travail, de nouvelles connaissances.

Pour l’élève comme pour l’enseignant, les recherches dans les textes ou dans les banques de données sont grandement facilités par l’outil informatique, aide précieuse pour le traitement de la complexité. Encore faut-il comprendre un minimum du fonctionnement de ces aides à la recherche documentaire, qu’il s’agisse des moteurs de recherche sur internet, de la recherche dans un cédérom, dans un ouvrage, dans une encyclopédie ou dans une simple page, car ces accès sont de plus en plus personnalisés. La navigation dans les documents hypermédias, pour agréable qu’elle soit ne doit pas faire perdre de vue que l’information cherchée doit être pertinente Si le travail du documentaliste se trouve de moins en moins orienté vers la recherche pour les autres et à la place des autres, ce n’est pas un paradoxe de dire qu’il devient de plus en plus important de faire comprendre aux autres comment chercher, sinon pourquoi chercher. Cela implique comme corollaire, la nécessité pour le documentaliste de maîtriser les technologies nouvelles de documentation et d’information et donc de les inclure dans sa formation comme dans ses pratiques.

Il est tout aussi fondamental de comprendre que le rôle du documentaliste trouve également toute sa pertinence dans l’apprentissage de l’organisation des informations recueillies. Celles-ci ne peuvent se satisfaire d’être la simple accumulation de documents de plus en plus abondants. Il convient d’apprendre à les organiser, à les présenter. En soit la chose n’est pas neuve. Mais les outils dont peut disposer le maître comme l’élève permettent à leur tour d’avoir une approche active de l’information. L’étape décisive de l’apprentissage sera plus dans la faculté à comprendre comment organiser des données que de savoir les recueillir. De ce point de vue, la maîtrise des la construction de bases de données est aussi importante que la maîtrise d’un traitement de texte. La difficulté est d’ailleurs du même ordre de grandeur et il existe aujourd’hui des logiciels permettant la constitution de bases relationnelle aussi courants et faciles d’emploi que certains traitements de textes réputés. Il sera sans doute plus productif pour l’élève d’apprendre à créer ses propres bases que d’apprendre à utiliser celles des autres. L’apport des documentalistes sera fondamental dans cette perspective. On peut dire qu’il s’agit de plus en plus d’un travail en aval de la documentation là où la fonction traditionnelle se situait beaucoup plus en amont, avant la recherche.

Un deuxième aspect, tout aussi fondamental, résulte de la possibilité de communication et d’échange sur le réseau. Dans la recherche d’information, le travail partagé devient fondamental. L’information recueillie par les uns peut être immédiatement mise à la disposition de la communauté. Le succès grandissant de la liste de diffusion « CDIDOC » où les documentalistes sont tout autant clients que serveurs d’informations en est une preuve éclatante. Provenant de documentalistes, il est rare en outre qu’elles ne soient pas pertinentes. Ainsi se crée, peu à peu, un ensemble croissant de documentalistes téléactifs et interactifs, commençant à constituer un grand réseau de ressources humaines qui vient s’ajouter au réseau considérable des ressources documentaires. Peut-être faut-il voir dans cette ébauche de réseau le « CDI virtuel » du thème de ces journées.

Mais ce « CDI virtuel », qui se constitue peu à peu sur une base volontariste ne remplace pas le travail indispensable du documentaliste auprès des enseignants, des élèves et autres personnels du système éducatif. Il s’agit plus à proprement parler d’un « téléCDI » numérique que d’un CDI virtuel, d’un réseau aux noeuds bien réels que sont les CDI. Les hommes et les femmes qui le constituent sont eux aussi bien réels, encore que l’opposé du réel ne soit pas à proprement parler le virtuel, comme le sont les supports des données et les moyens physiques de leur transmission. Des individus font évoluer les techniques. Les techniques font changer les méthodologies. Entre les deux se trouve posé le problème de l’adaptation à de nouvelles façons d’exercer les métiers. Loin d’échapper à cette logique, les documentalistes se trouvent au coeur d’un système qui ne peut ignorer que la société repose désormais essentiellement sur la maitrise de l’accés à l’information et de ses outils.


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