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Compte rendu des interventions du séminaire 
"Accompagnement à la scolarité, égalité des chances et TIC"

Amiens- 28 et 29 novembre 2005
Présentation du séminaire
1) Ouverture par le ministre Gilles de Robien
2) Les infrastructures technologiques sont en place
3) Ré-interroger la pratique scolaire : l'école face à ses élèves
4) Quelle pertinence des TIC pour l'accompagnement scolaire ?
5) La motivation au cœur des préoccupations
6) La place des familles
7) Intervention des collectivités et association des acteurs locaux
8) Des demandes et des pistes de réflexion ...
Télécharger le compte rendu de chaque atelier


Documents en format pdf 

Atelier 1 : Approche pédagogique 
Quels services et quelles activités avec les TIC ?


Atelier 2 : Approche fonctionnelle
Quels lieux avec quelles infrastructures ?

Atelier 3 : Approche organisationnelle
Quels acteurs pour quels publics ?

 

 

6) La place des familles

"Les estimations actuelles montrent qu'on va arriver d’ici un an à 80% de foyers équipés d'un ordinateur lorsqu’ils ont des enfants scolarisés, ce qui est très au-dessus de la moyenne nationale", rapporte Benoît Sillard. Si la France compte "80% de foyers disposant de ressources intellectuelles ou financières pour aider les enfants", les 20% restant sont également ceux qui ne bénéficient pas du numérique, souligne le délégué aux usages de l'Internet. Ces foyers souffrent donc d'un "double handicap". Le but du séminaire est de se focaliser sur ces foyers "pour que, par un travail d’égalité des chances, ils puissent se servir des TIC et éviter de se retrouver confrontés à un deuxième obstacle".

"Beaucoup d’études font apparaître que l’un des facteurs d’inégalité sociale tient au cadre dans lequel les jeunes peuvent, ou ne peuvent pas, faire leurs travaux scolaires", estime Dominique de Legge, délégué interministériel à la Famille. Il note aussi que les études des enfants sont "la principale préoccupation des familles". Apparaît donc la "nécessaire et indispensable mobilisation des familles dans l’accompagnement à la scolarité". Un comité de pilotage animé par sa délégation existe sur cette question pour le secteur associatif, qui représente plus de 40 millions d’euros. Une charte a été rédigée, qui reprend les principes de la gratuité, de la laïcité, de l’égalité entre garçons et filles, de la place de la famille, fait valoir Dominique de Legge. La délégation interministérielle est donc "en train de rédiger une quinzaine de fiches d’accompagnement à la scolarité destinées aux accompagnateurs et aux familles elles-mêmes". Il s'agira de cibler les problèmes des enfants au moment de l’entrée à l’école, du suivi des études, de l’orientation. Les fiches seront disponibles sur Internet début 2006.

"Incontestablement, les TIC sont un moyen de réduire les inégalités par un accès du plus grand nombre au savoir" mais "rappelons qu'il ne faut pas totalement faire confiance à l’outil", prévient le délégué interministériel à la Famille. Enfin, "la question de l’accompagnement à la scolarité peut être une occasion merveilleuse de régler deux questions, celle de la réussite des enfants et celle d'une meilleure sensibilisation des parents". Selon les chiffres avancés par Henri Verdier, directeur d'Odile Jacob multimédia, le marché du soutien scolaire est estimé par "certaines études à 2 milliards d’euros par an, avec 50% des familles qui y ont recours". L'Éducation nationale fait donc face à l'émergence d'un système de l'accompagnement à la scolarité "qui devient une sorte de système parallèle au système scolaire", résume Marc Guiraud, directeur de L'AEF (Agence Éducation Emploi Formation, www.L-aef.com). Cette appel massif des familles à des services privés après l'école pour leurs enfants correspond à ce que Eric Favey, secrétaire national de la Ligue de l’enseignement (www.laligue.org) dénomme le "marché de l'angoisse".

Restent alors à l'écart du mouvement général d'appel au soutien scolaire privé les parents les plus pauvres, ceux qui ne peuvent offrir à leurs enfants un accès à l'ordinateur, pas plus qu'un accès aux livres, dictionnaires et encyclopédies, ni une aide intellectuelle pour les accompagner dans leur scolarité. Concernant "le rôle que devraient jouer les parents dans l’accompagnement à la scolarité de leurs enfants", il ne faut pas confondre "démission" avec le fait de ne pas être en mesure de fournir une aide intellectuelle, souligne Kaïs Marzouki, directeur de l’action éducative et de la solidarité au FASILD (Fonds d'Action et de Soutien pour l'Intégration et la Lutte contre les Discriminations, www.fasild.fr). "Ce n'est pas parce qu'un parent est dépassé par le niveau scolaire de son enfant, et éventuellement qu'il fait appel à une association pour trouver quelqu'un pouvant aider son enfant, qu'il doit être considéré comme démissionnaire".

Le FASILD ne s’adresse pas aux enfants en difficulté "autre que socio-économique" et "propose un cadre que les élèves ne trouvent pas chez eux". Il touche donc tout type d'élèves, "bons, moyens, pas bons", ou "moyens moins", pour reprendre l'expression de Gérard Chauveau, chercheur à l'INRP (Institut National de Recherche Pédagogique, www.inrp.fr). Le FASILD intervient auprès des élèves nouvellement arrivés en France, pour les aider dans leur rapport à la langue et à la découverte d'un nouvel environnement social. Il agit également sur "le renforcement de la capacité des parents à jouer leur rôle d’acteur" en insistant sur "l'importance du travail de transmission de la mémoire d’immigration comme constitutif de la Nation française" et en les guidant pour qu'ils accèdent aux associations de parents d’élèves. Enfin, le FASILD dispense de la formation auprès des intervenants sur l’accompagnement à la scolarité.

Pour M’hammed El Hiba, directeur du centre interculturel ALCO à Amiens, association de médiation culturelle, venue au soutien scolaire, c'est "d’abord avec les parents qu’il faut travailler. Son association a "formalisé depuis plusieurs années par écrit et traduit dans toutes les langues possibles" le cadre d'action des acteurs, défini avec l’Éducation nationale. Les activités vont de la rédaction et la réalisation d’un journal de quartier, publié en 400 exemplaires, à la création de CD-rom interactifs, par exemple sur l'univers de la bande dessinée. Le centre propose aussi des logiciels, notamment pour aider à l’apprentissage de la lecture, via un site multimédia ouvert aux jeunes et à leurs parents.

"Il faut prendre en compte le rôle éducatif des parents", souligne M’hammed El Hiba. "Certains ont des difficultés énormes, comme l'illettrisme, ce qui ne signifie pas qu'il faut les dévaloriser, ni non plus les excuser". Les parents doivent être là "pour demander aux enfants comment était la journée, pour regarder le cahier de cours, valoriser leur enfant, montrer qu'ils le suivent..." Pour le directeur d'ALCO, "parfois, les parents sont désemparés car tous les éléments de la société les dévalorisent, à commencer par leur travail" ou leur niveau d'études. L’association entend donc "dédramatiser leur rôle" par un "travail de fourmis".

Nicolas Delesque, secrétaire général de l’AFEV (Association de la Fondation Étudiante pour la Ville, www.afev.org), souligne également l'importance de travailler avec les ministères de l’Éducation nationale et de la Ville. Son association regroupe 5000 étudiants bénévoles intervenant dans 560 villes à la demande des équipes communales ou éducatives. Chaque étudiant bénévole suit un à trois enfants chaque année, en situation de difficulté scolaire "pour toutes sortes de raisons". L' "objectif politique" est de "faire du lien social" grâce à ce réseau d'étudiants qui s’engagent sur 60 heures de bénévolat annuel à raison de deux heures par semaine. L'association intervient dans les établissements scolaires ou à domicile, même si l'AFEV rencontre "toujours une réticence de la part des acteurs sociaux à trouver sérieux l’accompagnement scolaire dans les familles".

Parmi les "problèmes" identifiés par Nicolas Delesque, le fait de "toucher toujours les mêmes" élèves , ceux qui ont des difficultés légères ou moyennes, pas ceux qui sont "les plus éloignés de la scolarité". Ce constat a mené l'AFEV à poser comme règle que les élèves soient choisis par les équipes enseignantes. Par ailleurs, ajoute-t-il, l'image des TIC n'est "pas forcément positive car l'outil est souvent associé au jeu". Cela demande donc d'insister sur les aspects d’accompagnement. Il existe "souvent une attente énorme" face à l'école, doublée d'une "incompréhension énorme" de la part des familles, considère Nicolas Delesque. Il parle aussi d'une "méconnaissance énorme des enseignants de ce que sont les milieux populaires aujourd'hui". Plusieurs débats ont eu lieu lors de ce séminaire sur la pertinence de proposer aux parents des formations qui leur permettent de mieux accompagner leurs enfants dans la scolarité. Cette idée "fait peur" à Nicolas Delesque, pour qui ce type d'approche est un aveu d'échec du service public d'éducation qui, pour être compris par toutes les familles, devrait parier sur des formations "à être parent et parent d'élève".

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