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5) La motivation au cœur des préoccupations
"On peut rendre responsable les marchands du temple de la prise en charge privée du soutien scolaire, mais comment se fait-il que l’Éducation nationale ne traite pas la question de l’aide au travail, de l’aide particulière ?", interroge Daniel Le Bret, directeur de Paraschool (www.paraschool.com). Lorsque l’enfant quitte le cours, il est confronté "la plupart du temps à un outil statique qui s’appelle le manuel scolaire. On évalue toujours Paraschool et jamais le manuel scolaire. Un enfant qui n'a pas compris son cours ne le comprendra pas avec le manuel, ni avec Paraschool ou avec Maxicours, mais le recours à nos outils en ligne lui permettra de revoir ce qu’il a travaillé avec son enseignant".
Pour Daniel Le Bret, le soutien scolaire numérique "peut apporter un plus par rapport au livre statique", notamment avec "des petites animations qui permettent de comprendre des concepts assez compliqués". De plus, les évaluations proposées "qualifient l’erreur de l’élève et le placent dans une situation de travail" en l'orientant vers les points du cours à comprendre pour réussir l’exercice. Selon ses erreurs, les logiciels "utilisent des astuces pour faire travailler un élève, ce qu’il ne ferait pas devant un livre". Beaucoup pensaient que les outils numériques "favoriseraient ceux qui ont un ordinateur à la maison", mais les études montrent que lorsque le travail "n’est pas fait à l’école, il ne l’est pas non plus à domicile". Daniel Le Bret évoque à cet égard les usages "qui nous ont surpris" de Paraschool, en classe avec l’enseignant, ou pendant que l'enseignant, disposant ainsi de temps, s'occupe plus particulièrement d'un élève. Il souligne cependant que l’utilisation de Paraschool se fait principalement avec un adulte accompagnateur. Si l’élève réussit "seul devant sa machine, il n’a pas besoin de Paraschool car il a déjà un projet d’action pour sa vie". Par ailleurs, il parle pour le soutien scolaire d'un "énorme chantier pour faire autre chose que de pauvres contenus pour les pauvres". Dans cet ordre d'idée, remarque-t-il, "rien n’a été fait jusqu'à présent pour les filières professionnelles".
Un atelier consacré aux approches pédagogiques possibles avec les TIC a permis d'identifier deux approches : celle "de l’ordre de la répétition" et celle de l’ordre du socio-constructivisme ou approche "par projet". Certains reprennent les idées pédagogiques de Freinet et l'intérêt de "motiver les enfants en échec" en les faisant travailler sur un projet comme l'élaboration d'un journal ou la rédaction de contes. "La méthode est assez facilement transposable avec les technologies". Par ailleurs, une enseignante de musique rappelle que les élèves en échec scolaire ne le sont souvent pas sur les matières artistiques. Elle travaille avec les autres enseignants "pour raccrocher les élèves qui sont en très grande difficulté", ce qui leur permet de "voir les matières d’une autre façon, de les accrocher par la passion, que ce soit avec les TIC ou non."
C'est aussi le sens de l'intervention de Patrice Magnard, dirigeant de la société de soutien et accompagnement scolaire Maxicours (www.maxicours.com). Pour constituer sa base d'exercices en ligne, Maxicours fait travailler 280 enseignants de l’Éducation nationale. Maxicours s'appuie sur l'idée de "l’apprentissage plaisir : tout en restant sérieux sur les contenus, attirer les élèves". Cela suppose d'avoir une interface web "extrêmement claire", un outil "qui ne doit pas punir l'élève quand il se trompe", une grande interactivité, une progression des parcours de formation sur le modèle des jeux-vidéo, des formats courts vidéo pour apprendre ou réviser une notion vue en classe... L'entreprise propose une base de données qui s’adresse à tous les niveaux de la scolarité, du cours préparatoire à la terminale, et sur toutes les matières, soit une vingtaine en comptant les sections professionnelles. Les contenus se veulent "adaptés aux nouveaux supports" avec de la vidéo, des animations flash, etc.
"Comment mettre les contenus pédagogiques en compétition avec les autres activités sur l’écran, la télévision, le chat sur internet, les jeux vidéo ?", questionne Patrice Magnard. Maxicours lance un service de tutorat, "très demandé par les élèves", et "souhaiterait le mettre en place avec les instances publiques comme le CNED". Selon Patrice Magnard, l'outil permet aux bons élèves "d’aller plus loin" et représente "un environnement alternatif pour ceux qui sont en rupture avec le cadre scolaire".
Henri Verdier, directeur d'Odile Jacob multimédia (www.odilejacob.fr), rappelle la diversité des technologies de l’information : banques de ressources richement indexées, contenus multimédia, outils d’échange et de communication, purs logiciels, outils ludo-éducatifs, tutoriels... Or l'accompagnement scolaire ne prend en compte qu’un type d’offre. Le directeur d'Odile Jacob multimédia "ne croit pas trop au ludo-éducatif, à la promesse de s’amuser et apprendre". Par contre, cette approche peut "ouvrir des portes" pour envisager "l’orchestration des parcours" de formation.
L’utilisation du "chat" peut aussi "attirer ceux qui sont éloignés de l’école", qui vont d'abord se trouver intéressés par cet outil "puis progressivement vont se familiariser avec d’autres pratiques sur l’ordinateur", témoigne Youcef Bouchaala, responsable de l'association "Avenir 84" à Avignon (www.avenir-84.org). Ce type de démarche n'est "peut-être pas possible à l’école". Créée en 2000 pour lutter contre la fracture numérique, Avenir 84 est l'opérateur technique pour le département sur les dispositifs de cyber-base. L'association a reçu pour cela un label et formalise des partenariats avec les établissements scolaires.
L'accompagnement à la scolarité ne doit pas se traduire comme "un lieu de contrôle qualité du produit livré par la fabrique scolaire, dès qu'elle est fermée" déclare Eric Favey, secrétaire national de la Ligue de l’enseignement (www.laligue.org). Il ne s'agit pas de "l’école après l’école, ce n'est pas de l’acharnement scolaire" mais plutôt une volonté "d’entretenir le désir d’apprendre". La Ligue regroupe "3000 associations identifiées sur le champ de l'accompagnement scolaire", avec pour objectif de "tenter de mieux faire vivre le triangle famille, école, élève". Eric Favey observe aussi que, "particulièrement en collège, la première demande des élèves n’est pas le matériel mais la présence des enseignants. Les lycéens demandaient la même chose en 1998 lorsqu'ils voulaient que les enseignants répondent aux questions posées". "Peut-être cela n’est-il pas suffisamment fait ?". Il propose d' "inventer des systèmes qui reconnaissent les compétences des lycéens et des étudiants, bien plus au fait de ces technologies que les adultes, pour leur proposer d'intervenir dans les écoles et les collèges auprès des élèves, éventuellement en les rémunérant pour des actions de formation. Cela aurait aussi le mérite de créer du lien social". Autre proposition d'Eric Favey, "renforcer les partenariats entre Etat et collectivités territoriales, d’entrée de jeu", pour "ne pas attendre de les chercher une fois le jeu établi car elles le prendraient mal et elles auraient raison."
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