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Compte rendu des interventions du séminaire 
"Accompagnement à la scolarité, égalité des chances et TIC"

Amiens- 28 et 29 novembre 2005
Présentation du séminaire
1) Ouverture par le ministre Gilles de Robien
2) Les infrastructures technologiques sont en place
3) Ré-interroger la pratique scolaire : l'école face à ses élèves
4) Quelle pertinence des TIC pour l'accompagnement scolaire ?
5) La motivation au cœur des préoccupations
6) La place des familles
7) Intervention des collectivités et association des acteurs locaux
8) Des demandes et des pistes de réflexion ...
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Documents en format pdf 

Atelier 1 : Approche pédagogique 
Quels services et quelles activités avec les TIC ?


Atelier 2 : Approche fonctionnelle
Quels lieux avec quelles infrastructures ?

Atelier 3 : Approche organisationnelle
Quels acteurs pour quels publics ?

 

 

3) Ré-interroger la pratique scolaire : l'école face à ses élèves

"L’école ne peut pas rester à l’écart de l’évolution de la société dans laquelle elle inscrit son action", souligne Christian Loarer, IGEN (Inspecteur Général de l’Éducation Nationale). "Elle ne peut donc ignorer que près des trois-quarts des foyers avec enfants sont maintenant équipés d’ordinateurs. Elle ne saurait, par ailleurs, faire abstraction du fait que l’assistance scolaire est en plein essor."

Pour lutter contre l'échec scolaire, l'institution éducative a opté jusqu'à présent pour deux voies face aux élèves en difficulté : "tantôt en les scolarisant dans des structures spécifiques où ils étaient sensés progresser à leur rythme, tantôt en optant pour une intégration totale dans des classes dites ordinaires en sous-estimant alors peut-être les obstacles auxquels ils seraient confrontés". L'Éducation nationale a également "parfois éludé le problème en recourant à certaines facilités sémantiques", poursuit Christian Loarer. "C’est ainsi, par exemple, que le statut des élèves de SEGPA demeure ambigu en ce sens qu’ils sont simultanément considérés comme des collégiens à part entière et comme des élèves qui, à leur entrée en classe de 6ème, n’ont pourtant pas atteint le niveau d’élèves de CE2." L'exemple à suivre se trouve davantage du côté de "la politique des cycles à l’école primaire" qui "illustre, en théorie, ce que devrait être une école démocratique : avoir la même ambition pour tous les élèves mais accepter l’idée qu’ils puissent présenter des besoins spécifiques et progresser à des rythmes différents."

Selon Christian Loarer, la loi d’orientation et de programmation pour l’avenir de l’école "s’inscrit dans cette logique". Mais l'inspecteur général relève aussi que "les différents dispositifs d’aide ou de différenciation décidés ces dernières années [...] laissent souvent apparaître un certain désarroi" chez les enseignants. Ils parviennent au mieux à toucher les élèves en difficulté mais "ne permettent pas de régler le problème de la grande difficulté scolaire". A partir de ce constat, "l’école peut-elle être toujours son propre recours ?" Sachant que "les familles disposant de revenus suffisants peuvent avoir recours à des cours particuliers payants", l’institution scolaire "ne peut développer que deux attitudes", considère Christian Loarer : "ou bien s’opposer vainement et dénoncer naïvement des pratiques qu’elle ne peut réellement interdire" ou bien "accompagner le mouvement en assumant le fait qu’il y a un temps de vie en dehors de l’école et que les services de l’Etat ont des partenaires aux compétences avérées et qu’ils peuvent jouer leur rôle régulateur et tenir leur place dans les processus de validation".

"Des réponses séduisantes existent", estime l'inspecteur général : "le repositionnement des études dirigées sur le temps scolaire, l’organisation de contrats éducatifs locaux ou d’opérations du type 'école ouverte'". A partir de là, "l’utilisation systématique et généralisée des TIC présente un intérêt évident", particulièrement pour "s’affranchir plus aisément d’un type de réponse encore trop fréquent, qui consiste à tenter de vaincre une difficulté en multipliant des situations didactiques elles-mêmes porteuses de la difficulté à laquelle on prétend s’attaquer". Afin de "soumettre rapidement des propositions », "l’inspection générale de l’éducation nationale et l’inspection générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche vont, dès à présent, s’engager dans une démarche d’observation des pratiques".

Le nombre d’élèves qui arrivent au baccalauréat a doublé en quelques décennies, remarque Henri Verdier. "Il y a maintenant autant de professeurs en formation que d’étudiants en 1950". Les élèves qui sortent du système scolaire en situation d'échec "étaient orientés différemment auparavant". Pour Henri Verdier, "l’Éducation nationale n’a pas été construite dans ses organisations, ses objectifs, ses outils, notamment le manuel scolaire, pour cette massification". Aujourd’hui, la réponse aux défis éducatifs se situe "malheureusement, plutôt à côté de l’Éducation nationale". Selon le directeur d'Odile Jacob multimédia, "la République a en quelque sorte taylorisé l’enseignement pour répondre à la massification". La "privatisation de la dépense d’éducation est désormais un peu masquée, mais énorme" et correspond à l'ancienne tâche des "répétiteurs dans les écoles". Conséquence : "les TIC ne sont-elles pas le moyen de remettre la fonction du répétiteur au cœur du secteur éducatif ?" "Mais est-ce que les outils numériques n’auront pas leur pleine efficacité qu’avec une refonte complète du système ?", demande Henri Verdier.

Jean-Michel Lacroix, recteur et directeur général du CNED (Centre National d'Enseignement à Distance, www.cned.fr), parle d'une "révolution copernicienne" engagée au sein de son institution "depuis quelque temps", avec "un regard différent" porté sur l’élève pour "passer d’une logique d’offre à une analyse des besoins". Les TIC ont "au moins été un catalyseur" de la réflexion, ajoute Jean-Michel Lacroix. Maintenant que l’Éducation nationale "a réussi la massification de l’enseignement, le pari est de mettre en place des individualisations, des tutorats proactifs". Il s'agit bien d'entrer "non pas dans la société de l’information mais dans celle de la connaissance", de "rétablir la motivation pour retrouver l’envie d’apprendre". Ainsi, "la vocation du CNED est peut-être de devenir une Acadomia publique".

Les dispositifs de soutien ou d'accompagnement scolaire "devraient se faire avec les TIC d’une autre façon que l’enseignement traditionnel", estime Nicolas Delesque, de telle sorte à "trouver d'autres moyens d’aborder la scolarité", des moyens différents de ceux pratiqués à l’école. Il faudrait donc "trouver d’autres détours" afin de "ramener à la question scolaire ceux qui en sont éloignés" : "Quand on n’aime pas la soupe, on n'en reprend pas". "Finalement, ce que nous savons faire, c'est trouver de grosses astuces pour que les enfants s'intéressent à l'apprentissage des notions", déclare Daniel Le Bret, directeur de la société Paraschool.

"Ce n'est pas parce qu’on apporte des logiciels tout neufs qu’on va réussir l’accompagnement scolaire", estime de son côté M’hammed El Hiba. "On ne peut pas demander aux jeunes de ne pas utiliser le chat si on a rien d'autre à leur proposer. Il ne faut pas que les activités TIC portent uniquement sur le scolaire mais elles doivent aussi concerner la citoyenneté, s'inscrire dans un contexte plus global qui se retrouve par exemple dans la réalisation d’un journal." M’hammed El Hiba poursuit : "on ne va pas faire des révolutions en deux secondes dans des quartiers sinistrés depuis des années. Il faut tout un réseau de travailleurs sociaux pour établir une relation de confiance."

Pour Patrick Picard, conseiller formation continue au Rectorat de Dijon, "les programmes de réussite éducative doivent ré-interroger ce que sont les devoirs à la maison. Il faut aussi en rediscuter avec les acteurs locaux". Il questionne l'utilité des devoirs à la maison, donnés par les enseignants, parfois même sous la pression des parents, qui peuvent passer pour un facteur d'exclusion scolaire et d'inégalité des chances. Patrick Picard préconise de s'inscrire dans les dispositifs légaux en place, "comme la loi Borloo", mais en "missionnant les gens à l’intérieur de la structure, de telle sorte que les moyens disponibles soient mis en relation" : il y a "énormément d’argent", il faut surtout "que les gens se travaillent ensemble".

"Comment créer un lien entre le dedans et le dehors de l’école ?", reprend Patrick Picard. "Quand les enseignants ne sont concernés en rien par les dispositifs qui touchent leurs élèves, ça ne va pas marcher. Avant, les enseignants étaient dans les foyers ruraux pour faire la lecture le soir, maintenant ils n’y sont plus. Alors, faut-il recruter un coordonnateur du dispositif Borloo ou trouver un moyen pour que les enseignants s’intéressent à ce qui se passe en dehors de l’école ?" Le conseiller formation continue du Rectorat de Dijon émet l'idée de rémunérer pour cela les enseignants, "car aujourd’hui rien ne se fait sans argent". Il souligne également que les dispositifs prévus par la loi prévoient "des moyens qui ne sont pas là au niveau local". Pour lui, il faut "passer de la logique de l’ordre qui vient du haut, à la prise de décision locale". Mais actuellement "chaque niveau hiérarchique se décharge sur l'autre de ses responsabilités", ce qui aboutit à la situation où "tout le monde est d'accord pour agir : la Ville, les associations, l’administration mais personne n'arrive à mettre les choses en marche".

Les participants à un atelier soulèvent la "problématique de la professionnalisation des acteurs" en rappelant "la nécessité absolue que ce soit l’Éducation nationale qui évalue l’efficacité des actions menées". La communication à distance, le tutorat et le travail collaboratif semblent indispensables, "surtout avec les élèves éloignés des ressources partagées, notamment en milieu rural". Les parents recherchent un suivi éducatif extérieur à l'école pour consolider les bases qui ne sont pas acquises par leurs enfants. Cet appel au privé renvoie au fait que "les programmes scolaires sont lourds et denses". "Comment faire pour que les élèves refassent le soir ce qui les a tant fait souffrir dans la journée ?"

L'accompagnateur scolaire n'a pas les compétences pour "refaire l’école", son regard sur les enfants n'est "nécessairement pas celui de l’école, ni celui des parents". Au final, disent plusieurs participants à l'atelier, "on dépasse le problème de l’accompagnement scolaire pour critiquer la pédagogie mise en place en classe. On propose un médiateur qui vient après la mise en place pédagogique pour faire le procès de cette mise en place." Parler des TIC et de l’accompagnement scolaire amène rapidement à parler des TIC et du scolaire tout court.

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