Internet et le droit
Comment créer de la confiance dans une relation
de face à face, et réduire ainsi l’incertitude liée
aux comportements opportunistes des agents ? Comment éviter le
« hold up moral », et comment contourner les effets des
passagers clandestins dans une relation de principal à mandant
?
Ne vous y trompez pas, il s'agit bien de problématiques
de gestion qui trouvent un regain d'actualité avec le développement
de l’Internet, notamment dans les nouvelles formes de relation commerciale.
Face à l’élargissement du champ de cette
interrogation le droit peut apporter de nouvelles précisions,
et envisager, au niveau national et européen, de nouvelles réponses.
Tel est le thème de l’un des dossiers abordés récemment
lors d'un colloque international les 25 et 26 septembre dernier, consacré
à «l’Internet et le droit ».
Le 25 et 26 septembre dernier, un colloque international,
consacré à « L’Internet et le droit », s’est
tenu à la Sorbonne (Université de Paris I) sous le patronage
du Sénat, du Ministère des affaires Étrangères,
du Ministère de l’Éducation Nationale… Destiné
à présenter l’état de la réflexion actuelle
du droit face aux mutations engendrées par l’Internet, et à
pointer sur les chantiers en cours, les travaux ce colloque sont accessibles
directement sur le site de l’Université de Paris 1 à l'adresse
http://www.univ-paris1.fr/p1ag/affic.html
Les travaux étaient répartis en huit thèmes,
dont les actes sont téléchargeables ci-dessous par FTP.
Accès global au site FTP des documents du colloque
:
ftp://droit-internet-2000.univ-paris1.fr/pub/DI2000
Dossier 1 Programme, problématique, liste des membres
des comités scientifiques et d’organisation
Dossier 2 Allocutions introductives
Dossier 3 Les chantiers législatifs français
Dossier 4 Les chantiers législatifs dans le monde et en Europe
Dossier 5 Culture, communication, propriété intellectuelle
Dossier 6 La responsabilité des différents intermédiaires
de l'Internet
Dossier 7 Le droit des données : données personnelles
et données publiques
Dossier 8 L’Internet et l’État
Dossier 9 Le commerce électronique : nouvelles pratiques contractuelles
Dossier 10 Le droit du commerce électronique et le nouvel encadrement
juridique dans le monde et en Europe
Dossier 11 Discours de Madame Élisabeth Guigou, Garde des Sceaux,
Ministre de la Justice, représentée par madame Danièle
Raingeard de la Bletière, Directrice des Affaires Civiles et
du Sceau
Ces dossiers intéressent naturellement l’économie
et gestion et pas exclusivement pour sa dimension juridique. En effet,
ces éléments sont directement utilisables pour les sections
d’informatique de gestion, les section commerciales et administratives,
etc. S’il n’est pas possible de présenter ici une synthèse
de ces travaux, Trois « zooms » illustrent l’intérêt
de ces ateliers.
Dans le dossier 4 [1], consacré
aux « Chantiers législatifs dans le monde et en Europe
» on explique que « ..Le fait même qu’on évoque
des chantiers législatifs montre bien que le rêve initial
d’un développement de l’Internet hors de l’intervention de toute
règle a vécu. La plupart des États ont entrepris
de prendre en compte ce phénomène dans leurs lois. »
Dés lors, le constat des bouleversements introduits par l’Internet
oblige les États à préciser leur doctrine. En effet,
« d’une part, dès lors que l’Internet est un lieu de travail
et de commerce, il se crée nécessairement des relations
juridiques entre les acteurs, des droits et des obligations, que des
litiges naissent, qu’ils sont soumis au juge et que se développe
donc au moins un droit jurisprudentiel. D’autre part, l’Internet est
un moyen de communication. Il touche donc à la liberté
d’expression, à la responsabilité du diffuseur d’information,
au respect de la vie privée, à la fiabilité des
transactions, à la protection des consommateurs, aux droits d’auteurs,
etc. Il est donc difficile – voire impossible - pour les États,
d’ignorer le développement d’Internet. »
Le dossier 7 [2] « l’Internet et la protection
juridique des données personnelles », démarre sur
un constat : « Par exemple les rapports employeurs-employés
peuvent être affectés : surveillance de la messagerie électronique,
des déplacements du personnel (avec le GPS : Global positioning
system), des usages du téléphone (autocommutateur téléphonique
et téléphone mobile), des données révélant
les opinions, les convictions, la vie privée, l’état de
la santé, des systèmes de contrôle des comportements,
de la productivité et de la qualité du travail, des usages
des outils technologiques de l’entreprise… »
« Le simple internaute a des inquiétudes sur
la sécurisation des données personnelles et des fichiers
(codes personnels, numéros clients, cartes bancaires) et la protection
de leur confidentialité (messagerie électronique ; collecte
et diffusion des adresses électroniques, des données d’identification
sur les forums, commercialisation des données des listes de diffusion,
sites relatifs à la santé...) ; il est confronté
à la multiplication des messages indésirés (spamming),
aux modes de collecte de données à l’insu des personnes
(cookies, applets Java...)".
Cette introduction est suivie d’un paradoxe apparent :
« Dans le cadre américain comme dans le cadre européen
il n’existe pas à proprement parler de système juridique
de protection des données personnelles, c’est-à-dire des
droits et libertés des personnes, qui soit spécifique
à l’Internet. Mais cela ne signifie pas qu’il n’existe pas de
droit protecteur des données personnelles : simplement celui-ci
s’applique aussi aux données personnelles circulant sur l’Internet.
C’est le droit commun qui s’applique à l’Internet, dont les particularités
sont largement gommées, dans un cadre national ou communautaire
pour l’Europe ».
De là, découlent l’observation des arsenaux
juridiques, et le constat que l’absence de spécificité
de la protection juridique des données personnelles circulant
sur Internet (partie I) rend nécessaire la consécration
du rôle de l’autorégulation et de la corégulation
(partie II), sans résoudre totalement le problème des
flux transfrontières de données personnelles (partie III).
Le dossier 9 [3] en réfléchissant
au développement du commerce électronique (« Vers
la confiance » ou comment assurer le développement du commerce
électronique) pose les problématiques de manière
particulièrement claire et pédagogique.
« Ainsi, surfant sur Internet, comment être
sûr de l’identité de l’interlocuteur qui vous promet mille
bonheurs, lorsque pour toute identification, vous ne disposez que d’une
adresse e-mail ou du nom de domaine du site Web ? A cette insécurité
de l’identité du vis-à-vis, s’ajoutent celles de la qualité
du message ou de la promesse qu’il vous adresse et que vous recevez.
Venant de nulle part, ce message qui s’affiche à
votre écran constitue-t-il un acte sous seing privé au
sens du Code civil ? Émane-t-il bien de celui que très
sommairement vous venez d’identifier ? Est-ce une copie fidèle
de celui qui a été envoyé ? Quand a-t-il été
envoyé ? Et votre interlocuteur de se demander : a-t-il été
bien reçu ? Quand a-t-il été reçu ? N’a-t-il
point été modifié, chemin faisant ?
Votre angoisse s’accroît encore lorsque vous vous
interrogez sur la qualité de votre interlocuteur. Est-il réellement
celui qu’il prétend être : agent de change, médecin…
? Est-il capable juridiquement parlant ?
Quant aux règles qui entourent les opérations
qu’ils vous proposent, respectent-elles les impératifs, légaux
ou non, de la sécurité, de la confidentialité des
messages, de la protection des données voire celle du consommateur
? »
Les auteurs développent d’abord « Les concepts
de base du droit de la Preuve à l’épreuve des technologies
de l’information et de la communication » (partie I) en distinguant
la signature « un concept à large spectre enfin défini
» de l’écrit « un concept à définir
? » et en comparant et utilisant les outils juridiques français,
belges et européens notamment. « La mise en oeuvre de la
confiance par des tiers » (partie II) précise la nécessité
de certifier les éléments des transactions (comme la copie)
voire même de labelliser des sites Web.
Bonne lecture.
Jean Pierre Testenoire
[1] Yves Poullet et Mireille Antoine
[2] Jean Frayssinet
[3] Renaud Denoix de Saint-Marc