Marseille 2001 :
la base d'une organisation apprenante ?
"Les organisations apprenantes sont des espaces favorisant
les conversations génératives et l'action concertée."
[1]
Quarante administrateurs de sites et animateurs TIC ont
partagé leurs expériences les 20 et 21 mars lors du premier
rendez-vous de "L'Économie-gestion en ligne" à
Marseille.
Cette rencontre bien réelle de pionniers du virtuel
a permis de faire un bilan des usages, des ressources et des échanges
en ligne, de mesurer leurs richesses et de mettre en évidence
quelques interrogations. Ce bilan a pu être établi grâce
à un questionnaire élaboré par les correspondants
de notre discipline auprès de la Direction de la technologie
(SDTETIC).
Sur l'ensemble des vingt-deux académies questionnées,
à deux exceptions près, le créateur initial du
site est toujours administrateur à ce jour. Il a la volonté
de développer toujours plus loin les ressources en ligne. Ces
pionniers ont incontestablement ouvert le chemin et construit les prémices
d'une organisation apprenante. La moitié des sites académiques
ont été créés sur deux ans, entre 1997 et
1998 dans le cadre d'une politique de soutien actif de la part de la
Direction de la technologie.
La plupart des sites sont à la recherche d'un "deuxième
souffle". Les administrateurs manquent de points de repères
sur l'utilisation qui est faite des ressources qu'ils publient en ligne.
Les enseignants ne s'expriment pas facilement sur leurs pratiques réelles
et il existe un écart entre théorie et pratique pédagogique.
De même, il est difficile de savoir sur quoi se basent les enseignants
dans la gestion de leur classe et de quoi ils ont besoin pour créer
des séquences pédagogiques [2].
Dans cet environnement évolutif, les administrateurs
des sites économie-gestion cherchent à coopérer.
Même si la compétition n'est pas en soi une pratique à
rejeter, l'aspect coopératif permet de limiter la fragmentation
des démarches. Il est plus productif de coopérer pour
partager des savoirs et des expériences, surtout dans un contexte
où de nouveaux espaces interactifs apparaissent chaque jour.
On apprend beaucoup des autres ; aussi près de 60 % des sites
académiques consacrent-ils l'union des filières professionnelles
et technologiques par un développement ou des liens communs.
Trop peu de collègues contribuent à enrichir
les sites académiques : pour eux, le métier d'enseignant
n'est pas de produire des ressources pour la collectivité. Afin
de pallier ce vide, huit académies ont créé des
équipes de production et deux d'entre elles font appel à
des intervenants ponctuels.
Pour étoffer les contenus disponibles en ligne,
les trois quarts des administrateurs annoncent vouloir diversifier leurs
sources l'année prochaine.
De ce fait, la place du pionnier semble s'effacer au profit
des équipes. La mobilisation de nouveaux collègues pour
renforcer ou créer des équipes devient une priorité
pour un tiers des sites académiques. Cette tendance répond
à la difficulté de collecter des productions " spontanées
" et au besoin de rassembler, de formaliser ou de synthétiser
des productions pour une meilleure transférabilité des
contenus. Ce rôle de pionnier, à la fois concepteur, animateur
et formateur, concourt à la formation d'une vision partagée
de la discipline et de son devenir, à la construction d'une ambition
commune. Cette attitude est caractéristique des organisations
apprenantes.
Si le but de "l'Économie-gestion en ligne"
est de créer une communauté, il est intéressant
de s'intéresser aux trois niveaux de construction défendus
par Vic Léo [3] :
- Être prédisposé à donner une
impulsion et être suffisamment aguerri pour ne pas espérer
de résultats à court terme.
- Être prêt à s'engager dans un cycle
d'activités communautaires pour forger, et se poser la question
des ressources et de leurs productions.
- Expérimenter ensuite, en intégrant tout
son capital de savoir-faire et d'expérience.
Cela veut-il dire que notre communauté de professeurs
d'Économie-gestion est suffisamment mature pour passer au stade
de l'expérimentation généralisée pour faire
évoluer nos pratiques dans l'esprit communautaire des organisations
apprenantes ? Tous les ingrédients sont là : des pionniers
qui tissent la toile, enseignants "générateurs d'actions",
outils de travail en groupe... Nous serons à la fois acteurs
et observateurs de cette gestion de la connaissance, clé de voûte
du 21ème siècle.
Olivier CAVIALE
[1] Fred Kofman & M. Senge, " Le Cour des
organisations apprenantes ", Université Laval, 1997
[2] Tochon, " L'enseignant expert ",
Édition Nathan, Paris, 1993
[3] Vic Léo, Représentant de Ford du
centre d'apprentissage du MIT