Gestion commerciale : quelques évolutions récentes
de la mercatique
Par essence évolutive, la mercatique connaît
depuis quelques années des renouveaux, des extensions ou des
innovations parfois spectaculaires. Ceux-ci sont imputables aux modifications
rapides des technologies (réseaux d’information, objets nomades,
etc.), à l’apparition de nouveaux champs d’intérêt
(l’ethnologie, le social, le sensoriel, etc.) et à de nouveaux
courants de pensées stratégiques ; l’ensemble restant
évidemment soumis aux évolutions des comportements de
consommation. Sans
prétendre à l’exhaustivité, cet article a pour
ambition de faire le point sur quelques évolutions remarquables
de la discipline afin d’en permettre l’intégration à nos
démarches pédagogiques.
L’essence même du marketing est de s’adapter aux
évolutions de l’environnement. Le téléphone portable,
l’ordinateur personnel et leurs prolongements dans les réseaux
numériques d’information offrent de bons exemples de ces mutations
qui affranchissent l’homme de l’espace et du temps avec comme corollaire
une exigence de satisfaction totale et immédiate des besoins.
Le poids grandissant de l’environnement
L’environnement, qu’il soit technique, sociologique,
juridique, politique ou démographique, se complexifie : mondialisation
des économies, maturité voire saturation de nombreux marchés
dans les pays riches, émergence très rapide de nouvelles
technologies, pressions écologiques et éthiques, pouvoirs
importants de la grande distribution et des consommateurs, importance
grandissante des organes de communication. L’environnement doit être
de plus en plus surveillé et intégré à la
réflexion. Ainsi le responsable du service mercatique doit y
déceler de nouvelles opportunités et de nouvelles contraintes
pour son entreprise.
Parmi elles, trois sont particulièrement importantes
pour l’entreprise moderne :
Le
pouvoir croissant du consommateur :
La concurrence entre distributeurs et canaux de distribution
(VPC, téléachat, commerce électronique, GMS,
etc.), l’offre de produits nettement supérieure à la
demande, la mondialisation de l’offre font que le consommateur dispose
d’un choix important de fournisseurs sans être limité
par la notion de distance (achat sur Internet par exemple).
Pour en savoir plus :
un suivi régulier de la consommation des ménages : http://www.sofinco.fr/orient/institution/Barometre/
une collection d’articles (et même de livres !) à télécharger
sur le marketing de l’internet : http://marketing-internet.com/
Le
pouvoir croissant de la grande distribution :
On peut distinguer deux aspects à ce nouveau
pouvoir : la multiplication des points de vente des grands groupes
(hypermarchés et GMS) et le développement des marques
de distributeurs qui fait entrer en concurrence les distributeurs
et les fabricants, d’où l’apparition du trade marketing et
de l’ECR (Efficient Consumer Response ou efficacité et réactivité
au service du consommateur).
Pour en savoir plus :
un panorama de la grande distribution : http://www.pointsdevente.com/
de nombreuses analyses et statistiques récentes sur la distribution
alimentaire : http://www.frenchfoods.com/sopexa/fr/
l’actualité de la grande distribution :
http://www.mhr-viandes.com/fr/docu/docu/d0000793.htm
Le
pouvoir croissant de l’information :
Grâce à l'Internet et aux réseaux
de communication, la mercatique peut aujourd’hui s’affranchir des
notions de lieu et de temps en permettant l’échange des données
en temps réel et en créant un nouveau mode d’échange
d’informations entre le fabricant et le consommateur.
Pour en savoir plus :
quelques exemples d’entreprises de distribution par internet : http://www.businessinteractif.fr/references/ref_distrib.html
Le renouveau de la pensée stratégique
Tous les modèles classiques (matrices BCG,
Mac Kinsey, ADL, etc.) ont eu une forte influence sur les politiques
de l’entreprise dans le domaine mercatique, en particulier sur la politique
du produit. Ils ont également incité les décideurs
à rationaliser les structures et l’organisation de leur entreprise
autour de processus directement opérationnels : c’est la tendance
du reengineering (reconfiguration) décrite et élaborée
par M. Hammer, professeur au MIT.
Le reenginering s’organise autour de trois axes principaux
:
- la réduction des coûts et des délais
- la qualité et la satisfaction du client
- les dysfonctionnements internes
Ce processus se fait souvent en réorganisant complètement
l’entreprise. Il a débouché sur une synthèse marketing
souvent appelé les 4 R :
- Réorienter : définir un devenir de l’entreprise
en terme de niveau de satisfaction (des clients, des fournisseurs,
des salariés, des actionnaires, …).
- Restructurer : définir des actions d’amaigrissement
des coûts et des structures dans un objectif de rentabilité
et de flexibilité.
- Revitaliser : se mettre à la place de ses clients
pour apporter des services nouveaux et/ou engendrer de nouvelles activités
grâce à la mise en place d’équipes transversales
aux différents départements.
- Renouveler : changer les relations habituelles de l’entreprise
avec ses partenaires commerciaux grâce à de nouveaux
systèmes d’évaluation et de rémunération
des salariés (récompense pour les salariés motivés
ou qui acquièrent de nouvelles compétences).
Une autre évolution importante de la mercatique
de cette dernière décennie est la croissance régulière
de son champ d’activité. Né dans le domaine des produits
de grande consommation, il s’est étendu aux biens d’équipement,
puis aux produsits industriels, aux secteurs à but non lucratif
(associatif, politique, religieux, humanitaire, sportif, etc.) et cela
essentiellement en raison de l’inversion de l’offre et de la demande
qui est le résultat de l’évolution économique des
quarante dernières années. L’offre est maintenant largement
supérieure à la demande solvable. La mercatique ne se
centre plus uniquement sur le produit mais sur l’offre en général.
Son évolution prochaine est également discernable
puisqu’il va devoir définir et développer de nouveaux
concepts, de nouveaux outils, de nouvelles méthodes d’analyse
en raison de l’explosion de l’Internet qui favorise l’éclosion
de “ marchés virtuels ” à côté des marchés
traditionnels.
Pour en savoir plus :
un site canadien consacré au marketing social avec de nombreuses
ressources à télécharger :
http://www.hc-sc.gc.ca/hppb/marketingsocial/marketing_social.html
Évolution des comportements de consommation
La satisfaction des besoins et des désirs du
consommateur tient une place centrale dans l’approche marketing. Mais
ces besoins et désirs évoluent continuellement en fonction
des marchés (ils deviennent mondiaux), des modes de vie, de l’inversion
du rapport de force offre/demande, de nouveaux systèmes de distribution,
de l’émergence d’un marché virtuel et de la consommation
de plus en plus importante de services.
Pendant les années 1950 et 1960, l’intégration
à la société était basée sur le travail
salarié, la famille était clairement composée des
parents et de deux ou trois enfants. La consommation était un
moyen de montrer sa réussite sociale.
Dans les années 1970 et 1980, la structure familiale
éclate (naissances hors mariage, divorce, ...). On consomme davantage
pour soi (hédonisme) et les entreprises mettent en œuvre un marketing
beaucoup plus agressif et plus différencié. Au début
des années 2000, on constate un certain repli sur soi et un retour
sensible vers les valeurs traditionnelles : famille, terroir, tradition,
etc. En même temps, l’esprit d’initiative et la prise de responsabilités
se développent et l’accent est davantage mis sur la qualité
des produits.
Pour en savoir plus :
une très intéressante histoire de la consommation depuis
50 ans :
http://histoireconso.sofinco.fr/
Conséquences :
- L’explosion des marchés des “ objets nomades
”: (Jacques Attali) : micro-ordinateurs, téléphones,
lecteurs de CD et bientôt télévision. Grâce
à ces outils, l’homme est partout chez lui et peut être
connecté à sa “ tribu ”. Que peut-on en tirer en matière
de mercatique des produits ? Plusieurs pistes : la miniaturisation,
l’accès permanent à divers services (bancaires, informations,
fax, …), les produits communicants et d’échange (ordinateurs,
téléphones, services de messageries rapides…).
- La demande de “ gain de temps ” : le consommateur cherche
à gagner du temps (recherche d’un nouvel équilibre travail/loisirs)
: il existe donc une importante demande en objets qui ont cette fonction
(congélateurs, fours à micro-ondes, téléphones
portables, aliments préparés à l’avance, vêtements
sans entretien, ...).
Ces deux tendances se rejoignent quand certains objets
sont à la fois communicants et accélérateurs de
processus. Les produits nouveaux intègrent davantage de services
et dans de nombreux cas, la différenciation entre le produit
et le service qui l’accompagne s’avère difficile (un téléphone
portable est-il un produit ou un service ?).
Le consommateur est actuellement en position de force ce
qui a entraîné chez lui une forte sensibilité au
prix. Il cherche à maximiser son pouvoir d’achat car, en même
temps, il est devenu plus mature. Il a déjà de l’expérience
avec de nombreux biens de consommation (voitures, ordinateurs, magnétoscopes…)
et sait donc être critique. Il a aussi vigoureusement remis en
cause les marques : il n’accepte plus de payer la survaleur d’un bien
qui s’explique uniquement par la notoriété de la marque.
Les producteurs et les distributeurs ont réagi
de différentes manières à cette demande :
La grande distribution n’est évidemment pas absente
de ce débat puisqu’elle a participé activement à
la baisse des prix, en croissant en taille : centrales d’achat de plus
en plus puissantes, concentration des marques, développement des
marques de distributeurs.
De nouvelles analyses
Les évolutions sociales ci-dessus ont donné
naissance à de nouvelles analyses. On peut citer :
- Le marketing ethnologique : il prend ses sources
dans l’hyper segmentation que permettent les méga bases de
donnés. Des segments relativement stables en fonction de la
classe sociale, de l’âge, du lieu géographique ou du
style de vie, permettent d’appréhender des “ tribus ”. Ces
tribus ou réseaux de personnes se retrouvent autour de sensibilités,
de valeurs ou d’intérêts communs. Les classements traditionnels
en catégories socio-professionnelles ne suffisent plus car
il faut y intégrer une approche comportementale. L’ensemble
va former une sorte de sous-culture dans laquelle certains objets
de consommation deviennent des emblèmes d’appartenance (certaines
marques de vêtements par exemple).
- Le marketing sensoriel : il axe ses interventions
autour de la perception des différents sens et essaie de différencier
les produits par une plus grande proximité physique et sensorielle
avec le client. Il étudie essentiellement :
- Les couleurs : elles influencent directement nos perceptions
(dans le phénomène de mémorisation d’un emballage,
elles viennent en premier, suivies par les formes, puis par les
mots et enfin par les chiffres) car elles reposent sur des associations
d’idées (qui changent d’ailleurs en fonction des cultures).
- Les odeurs : elles influencent également notre comportement
d’achat et de nombreuses tentatives sont aujourd’hui faites pour
odoriser les emballages, les intérieurs de magasin.
- Les sons : le son du produit est perçu comme un indicateur
de qualité (bruit des portières d’une voiture).
Il est aujourd’hui un important discriminateur entre des produits
concurrents.
Pour en savoir plus :
de nombreux articles et présentations sur le marketing tribal
et l’ethnologie, à télécharger : http://visionarymarketing.com/ffiles.html
un mémoire sur le marketing olfactif à télécharger
:
http://www.ceram.edu/recherche/R1_media/R1-1_privepublic/R1-1-3_an/R1-1-3-1_papier/article%206%20VM2.PDF
une thèse sur le marketing sonore : http://perso.univ-rennes1.fr/sophie.rieunier/
- Le marketing situationnel qui a pour
objet d’appréhender les comportements du consommateur dans
des situations de consommation (la consommation d’eau à domicile,
au restaurant, à la terrasse d’un café…)
Pour en savoir plus
:
un article de fond à télécharger
: http://helios.unive.it/~dea/ricerca/convegni/pdf/paper%20francesi/Lemoine.PDF
- Le marketing individualisé
ou marketing “ one to one ” : l’émergence de nouvelles
technologies (puissance de calcul et d’analyse, apparition de nouveaux
logiciels d’aide à la décision, possibilité
de stockage d’informations quasi infinie, …) a permis le renforcement
du marketing individualisé. Ce n’est plus le besoin du client
qui s’adapte au produit mais le produit qui s’adapte au besoin.
Cette approche fonctionne mieux quand c’est le fabricant qui vend
directement au client final.
Pour aller plus loin
:
de nombreux articles sur l’approche individualisée :
http://www.abc-webmarketing.com/one2one.htm
Les nouvelles approches du mix
- Le produit : on a vu précédemment
que la tendance était au marketing individualisé et
à la fabrication sur mesure. Nous n’y reviendrons pas ici.
Cela étant, deux autres facteurs de différenciation
jouent un rôle de plus en plus important : le design et l’éthique.
Le design a pour rôle essentiel de personnaliser le produit
et de le rendre émotionnel. Il a de plus en plus tendance à
aller au-delà du produit, par exemple jusqu’à l’aménagement
du point de vente (Séphora). L’éthique a pour objectif
de rassurer le consommateur dans son comportement sociétal
: en achetant un produit labellisé « éthique »,
il participe au « commerce équitable » (label Max
Haavelar).
Pour aller plus loin :
Le commerce équitable :
http://www.equipop.org/francais/siteforum/ateliers/relations.html
ou
http://perso.infonie.fr/jcconstant/ANEW1/ETHIQUE_HUNAN_INSIDE.htm
- Le prix : les
traditionnelles méthodes de fixation des prix à partir
des coûts, de la demande ou des prix de la concurrence sont
connues. Elles se combinent généralement entre elles
pour la prise de décision finale. Mais les évolutions
de l’environnement, en particulier celles liées au comportement
du consommateur (recherche du moindre prix, perte de confiance dans
les marques, mise en concurrence, etc.), ont mis à mal ces
méthodes car le défi est maintenant plutôt de
vendre des produits de qualité élevée à
des prix bas. Le recours à de nouvelles méthodes de
détermination des prix tend à s’imposer :
- La méthode du prix valeur dans laquelle on
essaie de capter la valeur du produit perçue par le consommateur
pour y adapter le prix. Il faut donc pouvoir montrer une valeur
ajoutée réelle par rapport aux produits de la concurrence.
Dans cette optique, le coût qui relève de la sphère
interne de réflexion de l’entreprise est complètement
différencié du prix qui relève de la sphère
externe.
- La méthode du prix cible : dans ce cas, la
réflexion est davantage centrée sur la concurrence
que sur le consommateur. On analyse un produit concurrent qui
a du succès et on crée un produit ayant des caractéristiques
identiques mais avec un niveau de services plus élevés
pour le vendre plus cher.
http://www.tm.tue.nl/race/ce/dfc_2.html
: pour une définition précise de la méthode
(en anglais)
http://www.esc-brest.fr/cg/cgrp17C.htm
: pour un résumé en français de la méthode.
- Le yield management (ou tarification flexible) :
cette approche consiste à ne plus fixer de tarif mais à
considérer que le prix évolue en fonction du client
et du moment de la transaction pour maximiser les recettes. Il
consiste donc à s’adapter continuellement à la demande
: suivant l’évolution de la situation, il faut baisser
les prix ou en profiter pour vendre plus cher. Cela se pratique
aujourd’hui couramment dans l’aviation, l’hôtellerie ou
la location de voitures.
http://www.awt.be/cgi/foc/foc.asp?foc=foc-fr-052
: un exemple chez Easyjet.
Les technologies du numérique influencent aussi fortement
les méthodes de fixation du prix. En effet, avec l’Internet,
les consommateurs peuvent aujourd’hui avoir une vision mondiale
du prix, influencer celui-ci (vente aux enchères virtuelles
à l’issue desquelles le prix n’a plus de lien avec le coût
de revient), réaliser des micro-achats : un morceau de
musique à la place du disque, un extrait de journal, etc.).
- La distribution : elle a pour fonction
première de relier les producteurs et les consommateurs tant
au niveau du transport et de la mise à disposition du produit
que de l’échange d’informations entre les deux. La principale
évolution dans ce domaine est la place prépondérante
de la grande distribution. Or, dans ce cadre, les relations avec la
clientèle s’établissent davantage avec le distributeur
qu’avec le fabricant. Ce dernier perd donc quelque peu ses relations
avec le consommateur final. La mercatique a donc dû s’adapter
et imaginer de nouvelles relations marques/consommateurs. On peut
ainsi distinguer les relations directes entre producteurs et consommateurs
des relations indirectes.
- Les relations directes : elles se font grâce
à la vente par correspondance, la création de réseaux
de distribution sélectifs (où le vendeur est un
porte-parole chargé de valoriser la marque), l’essor du
marketing relationnel (club d’acheteur Nestlé).
une analyse de l’efficacité du marketing relationnel :
http://www.emarketing.fr/V2/Archives.nsf/0/C00A39385C8D01CAC1256A17005B1EBB
le marketing relationnel dans le secteur du luxe : http://www.lesechos.fr/formations/marketing/articles/article_10_9.htm
- Les relations indirectes à travers les distributeurs
: c’est l’objectif du trade marketing et son développement
ultérieur l’ECR (Efficient Consumer Response – efficacité
et réactivité au service du consommateur) C’est
une stratégie commune fabricant-distributeur dont le but
est satisfaire mieux et plus rapidement les attentes du consommateur.
Elle couvre essentiellement les domaines du réapprovisionnement,
l’assortiment du magasin (aménagement des magasins en univers
de consommation), les promotions et les nouveaux produits.
http://www.eannet-france.org/fille/b/b8.htm
un panorama complet de l’ECR
http://www.hypermarketplace.com/servlets/Relais?objet=hpg_idx&ecran=index
: une place de marché et un centre d’information d’une
richesse époustouflante pour les acteurs de la grande distribution
.
Une fois encore, c’est le développement
rapide de l’Internet qui risque de bousculer les cartes de la distribution.
En effet, le rôle traditionnel du circuit de distribution
est d’apporter de la valeur ajoutée sous forme de proximité
au consommateur. Mais que devient cette valeur ajoutée quand,
avec l’Internet, le consommateur peut acheter n’importe où
dans le monde, sans bouger de chez lui et se faire livrer le produit
à domicile ?
- La communication : comme les autres variables,
la communication évolue vers davantage de personnalisation.
Elle devient également interactive grâce, là encore,
aux nouveaux moyens de communication (téléphonie, réseaux
électroniques, télévision interactive).
Jean-Luc KOEHL
Responsable de la rubrique Enseignements commerciaux
NDLR : La totalité des liens signalés sont
actifs au moment de la rédaction de cet article. Mais il est
possible de rencontrer des difficultés momentanées ou...
aléatoires de connexion sur certains d'entre eux.