L'essentiel c'est le travail avec le professeur...
Aux États-Unis et en Europe, des universités
organisent l'accès gratuit à leurs publications, mémoires
de DEA ou thèses, des professeurs mettent en ligne leurs cours
sur des sites institutionnels ou personnels. Le MIT (Massachusetts Institute
of Technology) a décidé de diffuser gratuitement sur l'internet
le contenu de ses quelque 2000 cours avec pour objectif revendiqué
de « disséminer les savoirs de la manière la plus
large possible » [1]. Actuellement, l'élève
bénéficie de plus en plus souvent d'un accès direct
à l'information. Dans ce contexte nouveau, en pleine évolution,
qui voit le partage du savoir se développer et se banaliser,
le rôle de l'enseignant semble être remis en cause.
« Le cours collectif en rangées devant le
prof, unique source de savoir, est complètement dépassé
» [2]. Sur la Toile, les élèves
accèdent à une masse impressionnante d'informations même
si la présentation de ces ressources reste encore très
traditionnelle (cours sous forme de polycopiés, c'est-à-dire
des documents dont les caractéristiques sont relativement proches
de celles du livre). Actuellement, très peu de cours en ligne
prennent en compte toutes les possibilités offertes par le multimédia.
Face à cet afflux de ressources, l'élève
doit exercer son esprit critique, s'intéresser à l'origine
des informations, vérifier leur fiabilité, trier, classer,
sélectionner. Bref, guidé par l'enseignant, il doit apprendre
d'abord à se documenter, à s'informer utilement.
Mais l'accès à l'information ne signifie
pas compréhension, assimilation et transformation en connaissances.
« On pourra aisément faire croire aux gens, pendant quelques
temps, qu'ils pourront acquérir savoir, compétences. [...]
Un peu comme si, pour jouer du piano, il suffisait d'acheter
l'instrument et la partition, on confond l'accès aux ressources
d'apprentissage et l'acte d'apprendre » [2].
Or, cette acquisition passe par la médiation pédagogique.
Elle est d'abord rendue possible par le professeur qui motive et qui
guide : « On apprend toujours seul mais jamais sans les autres»
[2]. Le formateur facilite l'acquisition des connaissances
même si l'apprentissage est un processus personnel. Il planifie
et conduit une progression qu'il adapte à la classe, à
l'individu. De l'interactivité et de la relation enseignant-enseigné
naît la construction des savoirs.
Dans ce contexte de partage des connaissances facilité
par le développement des TICE, la pédagogie du projet
semble s'imposer : l'élève est acteur de sa propre formation.
Sa démarche est autonome mais accompagnée : « si
les enseignants sont les garants de la cohérence des apprentissages
et qu'ils sont absents ou étrangers aux chaînons de représentation
mentale que les élèves se font au cours de leur démarche
personnelle, comment pourront-ils, à l'avenir, construire des
progressions qui absorbent et valident l'hétérogénéité
des sources auxquelles les élèves se réfèrent
? » [3]. Le développement de l'autonomie
des jeunes passe par celui du tutorat pédagogique individualisé,
« présentiel » ou « en ligne ». L'enseignant
doit permettre à l'élève « d'apprendre à
apprendre » pour qu'il acquiert des connaissances et des compétences
nouvelles dans un environnement évolutif.
Mais ce contexte de travail induit une modification des
pratiques professionnelles des professeurs. En effet, « l'attitude
individualiste qui consiste à vouloir avant tout et à
tout prix monter son propre projet [...] est caractéristique
du monde enseignant. [...] Pour choisir son projet, il conviendrait
de privilégier un travail d'équipe plutôt qu'un
artisanat solitaire » [4]. L'adaptation à
l'évolution de l'environnement passe par l'approche transversale
du projet donc par la pratique du travail collaboratif au sein d'une
équipe pédagogique, au besoin élargie géographiquement
par les potentialités des réseaux.
Le choix de diffuser librement des connaissances en continuelle
expansion valorise le travail de l'enseignant dont le rôle dans
le processus d' apprentissage est primordial. Les responsables des universités
américaines l'ont bien compris : le MIT, qui met en ligne gratuitement
les cours de ses enseignants, continue à vendre 210 000 F une
année de formation aux jeunes américains en avançant
un argument imparable : « les étudiants bénéficient
de l'essentiel de ce que nous offrons : le travail avec un professeur
dans une salle de cours » [5].
Annie KINTZIG
[1] Stevan Lerman, président du collège
des professeurs du MIT
[2] Philippe Carré, professeur des sciences
de l'éducation, PARIS-X,
Entretien, e+L'usine nouvelle, avril 2001
[3] Françoise Ferry, chargée de mission
de l'IGEN, Tribune libre : "Et maintenant, ouvrez les « fenêtres
» !" http://www.cndp.fr/tice/
[4] Françoise Demaizière, Paris-VII,
Tribune libre : "Outils : de l'amnésie au fantasme",
http://www.cndp.fr/tice/
[5] Patti Richards, porte-parole du MIT