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InformaTIC
Logiciels libres : feu de paille ou phénomène durable ?
Après
les déconvenues de la "Nouvelle Economie", on peut se demander
si le monde des logiciels libres, mis en avant lors de l'âge d'or
d'Internet, ne va pas suivre la même pente descendante. Les faillites
ou les difficultés financières des sociétés vivant du logiciel libre
se multiplient depuis un an, les actions de la plupart de celles qui
ont été introduites en bourse ont perdu une grande partie de leur
valeur. La question que l'on peut alors légitimement se poser est
: le logiciel libre, présenté un temps comme l'avenir de l'industrie
informatique, n'était-il pas une bulle médiatique qui ne va pas tarder
à se dégonfler en même temps que l'utopie du « tout gratuit »
sur Internet ?
Une
définition du mot "libre"
Qu'est-ce
qu'un logiciel libre ?
Un
logiciel libre est un logiciel dont le code source (le texte du programme
lisible et modifiable par un être humain) est fourni avec la permission
de le modifier pour l'adapter aux besoins de l'utilisateur final.
On parle alors de logiciel "open source" plutôt que de "free
software" (free en anglais recouvre à la fois les
notions de libre et/ou de gratuit). Un logiciel libre n'est pas seulement
gratuit, il assure aussi à l'organisation qui en a fait l'acquisition
qu'elle pourra le faire évoluer sans subir le "diktat" de
l'éditeur.
Comment
un logiciel peut-il être libre ?
C'est
le contrat de licence associé au logiciel qui le rend libre. Ce contrat
fixe les obligations et responsabilités respectives de l'éditeur du
logiciel et de l'utilisateur.
Une licence de logiciel propriétaire comme la célèbre EULA (End User
Licence Agreement) de
Microsoft fait obligation à l'utilisateur final de ne pas copier,
altérer ou transférer à une tierce personne le logiciel ; de
son côté l'éditeur ne garantit, en général, rien : ni la fiabilité
du logiciel, ni même qu'il puisse être utile à quoi que ce soit.
Dans le cas d'une licence open source, l'utilisateur est autorisé,
même encouragé, à utiliser, copier, modifier ou diffuser (altéré ou
non, gratuitement ou pour un coût modeste) le logiciel. De son côté,
l'éditeur ne garantit toujours rien.
Les principales licences open source sont la Général Public
Licence (GPL), la Berkeley Software Distribution (BSD) et l'Apache
Software Licence (ASL). Il existe actuellement plus de trente types
de licences open source, elles diffèrent principalement par
les droits attachés à la diffusion du logiciel (nom et licence) du
logiciel modifié ou non. Ainsi un logiciel utilisant des morceaux
de logiciel GPL doit obligatoirement être diffusé sous licence GPL,
alors qu'un logiciel sous licence ASL pourra être redistribué sous
n'importe quel type de licence.
Les
enjeux du logiciel libre
On
distinguera ici les en jeux technologiques des enjeux du marché des
logiciels libres
Un
logiciel de qualité
Le
propre d'un logiciel libre est de disposer d'un grand nombre de développeurs
et de testeurs. La qualité d'un logiciel libre vient de la diversité
des points de vue des personnes qui participent à son élaboration
tant au niveau des fonctionnalités qu’à celui de l'architecture interne.
Une erreur peut ne pas être repérée par dix personnes qui travaillent
quotidiennement en vase clos alors qu'un regard extérieur neuf la
détectera très rapidement.
Les méthodes de création de logiciels libres sont, par nature, relativement
anarchiques ou plutôt auto-organisées par rapport aux méthodes de
création de logiciels commerciaux (voir la Cathédrale et le Bazar
d'Éric S. Raimond). Un logiciel libre n'est pas obligatoirement de
meilleure facture qu'un logiciel commercial équivalent : il y
a simplement de fortes chances qu'il ne soit pas de plus mauvaise
qualité.
Pas
de mauvaises surprises
Les
programmeurs ont tendance à laisser des portes dérobées (backdoors) dans leurs logiciels pour pouvoir
accéder directement à certaines fonctionnalités sans contraintes (les
"codes" permettant de tricher dans les jeux vidéo en sont
un bon exemple). Parfois ces accès privilégiés peuvent avoir des conséquences
désastreuses. Ainsi le SGBDR de Borland InterBase présentait jusqu'à
la version 6 une faille de sécurité sérieuse : l'utilisateur
lambda entrant le mot de passe adéquat était défini en "dur"
dans le code comme administrateur de la base. C'est le passage en
open source du code par Borland qui a permis de découvrir la
faille (connue sans doute auparavant de quelques initiés qui ont eu
tout le loisir de l'utiliser).
Mais
comment assurer le support technique du logiciel libre ?
C'est
un des points faibles du logiciel libre. Leurs concepteurs ne sont
pas, en général, rétribués pour les écrire. Alors, comment faire pour
obtenir une solution à un problème précis d'utilisation s’ils n'ont
pas envie de se pencher sur vos difficultés ?
Les réponses sont variées, mais elles n'engagent en général aucune
responsabilité contractuelle qui garantirait l'obtention d'une réponse
satisfaisante dans un délai raisonnable. Les méthodes les plus courantes
pour obtenir de l'aide consiste à s'abonner à des listes de diffusion
spécialisées ou à fréquenter les forums de discussion, mais on n'est
jamais certain d'obtenir une réponse pertinente (autre que "it's
a faq" ou "already asked this month [1] "), l'anglais étant
la langue la plus utilisée. Quelques sociétés commencent à fournir
un support technique de qualité pour des logiciels open source,
mais les prix pratiqués sont identiques à ceux des supports techniques
des produits commerciaux. D'autre part, des sociétés intègrent des
logiciels open source dans leurs produits stratégiques et participent
au financement des fondations qui développent des solutions libres
: IBM, par exemple, intègre le serveur HTTP Apache au sein de son
offre commerciale WebSphere.
Le
marché du logiciel libre
Les
logiciels libres représentent un moyen d'influencer sur le marché
[2] :
- soit
dans une stratégie offensive de produit nouveau : l'absence
de prix permet la pénétration rapide du marché sous réserve de
fonctionnalités satisfaisantes (c'est-à-dire de qualité sui generis).
Cette stratégie permet par la suite d'introduire une tarification
en fonction du succès de ce logiciel ou en fonction des services
liés (c’est vrai de certaines versions de Linux). C’est également
le cas de produits comme le serveur Web open source Xitami
(http://www.xitami.com) qui sert de vitrine à la société iMatix
(http://www.imatix.com)
ou de sociétés comme Evidian (groupe Bull) qui utilisent leurs
activités open source (Serveur EJB Jonas) pour promouvoir
leurs produits commerciaux. Mais, par nature, un logiciel libre
peut difficilement devenir uniquement propriétaire par la suite
dans la mesure où la licence (si elle est vraiment open source)
permet à des tiers de poursuivre les travaux dans le domaine du
libre.
- soit
dans une stratégie défensive de reconquête du marché : c’est
le cas de StarOffice racheté par SUN et mis en open source
sous le nom de « Open Office » (http://www.openoffice.org/)
pour faire concurrence à « Office » de Microsoft. StarOffice
continue une carrière commerciale avec la version 6.0 dérivée
d’« Open Office ». On peut aussi citer le projet Mozilla
de Netscape, qui arrive à la version 1.0 release cadidate, comme
exemple de tentative de reconquête du marché face à IE – Internet
Explorer- bien que la stratégie de iPlanet soit fluctuante.
Perspectives
d’avenir
Cette
brève présentation du logiciel libre n'a pas pour but d'être exhaustive
(un ouvrage entier serait nécessaire et il en existe d'excellents
sur ce sujet délicat
[3] ), mais de montrer les différents enjeux du logiciel
libre. Le mouvement de l'open source remonte à 1984 [4] et est bien antérieur
à la "nouvelle économie". Même si ce mouvement a été récemment
mis en lumière auprès du grand public avec des produits comme Linux,
il n'en reste pas moins que, depuis plus de quinze ans, des produits
comme l'éditeur EMACS ou le compilateur GCC sont toujours maintenus
et très largement utilisés par de très nombreux professionnels de
l'informatique (universités, éditeurs de logiciels, banques,…). Leur
durée de vie semble assurée. Toutefois, il reste des domaines (transports
aériens, logiciels d'assistance médicale, …) pour lesquels la garantie
de bon fonctionnement par l'éditeur du logiciel reste indispensable,
et il n'est pas réaliste d'envisager que quiconque endosse une telle
responsabilité sans contrepartie financière conséquente.
Quelques
liens utiles
La
définition de l'open source : http://www.opensource.org/
La Free Software Foundation : http://www.fsf.org/
La fondation Apache : http://www.apache.org/
La Cathédrale et le Bazar : http://tuxedo.org/~esr/writings/cathedral-bazaar/
Les logiciels libres sur Educnet : http://www.educnet.education.fr/tech/savoir/libre.htm
Mots-clés :
code, logiciel libre, open source, stratégie
[1] Traduction littérale : it’s a faq =
frequently asked question = question fréquemment posée ;
already asked this month = question traitée au cours du mois
précédent. Le sujet ayant déjà été abordé, vous n’obtiendrez pas
de précision supplémentaire.
[2] En ce
qui concerne l'intérêt économique d'une grande firme pour l'open
source, voir par exemple :
Un projet open source de plus pour IBM http ://news.zdnet.fr/story/0,,t118-s2098678,00.html
Sur l’attitude ambiguë de certains éditeurs vis à vis de l’open
source voir
http://news.zdnet.fr/story/0,,t118-s2089291,00.html
Une autre lecture critique (en anglais) des documents "Halloween"
de Microsoft :
http ://www.opensource.org/halloween/index.html
Un bref texte d'introduction à Halloween et en français :
http://news.zdnet.fr/story/0,,t118-s2057008,00.html
[4] Le projet GNU remonte à 1984, la FSF (Free
Sofware Foundation) a été créée en 1985.
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