Une expérience
de knowledge management au CNRS
Le "knowledge management" s’attache à
améliorer la gestion des connaissances de l’entreprise : les
repérer, les préserver, les valoriser, les actualiser.
Cette nouvelle tendance est encore peu présente dans les organisations.
Cet article propose de faire le point sur une recherche universitaire
menée au Bureau de pilotage et de coordination du CNRS, et passera
en revue successivement la méthode et les outils utilisés,
les résultats obtenus, les contraintes et les limites de l’étude.
Le Centre National de la Recherche Scientifique
(CNRS) est un établissement public à caractère
scientifique et technologique (EPST) qui, avec ses 26 000 agents, 1
500 laboratoires et un budget de 2,5 milliards d’euros joue un rôle
primordial dans le dispositif français de recherche.
Le Bureau de pilotage et de coordination (BPC) du CNRS,
sous la direction du Secrétariat général, est à
l’interface entre la réflexion stratégique et les structures
opérationnelles. Il a notamment une mission de modernisation
(qualité, développement des TIC, simplification des procédures,
etc.).
Dans cette perspective, l’entité « Modernisation
et Qualité » du BPC a mené en 2001 une étude
pour voir quels seraient les apports du knowledge management
dans leur démarche de formalisation des procédures des
activités administratives d’accompagnement de la recherche (capitalisation
des savoir-faire, explicitation des bonnes pratiques, etc.). Le champ
d’étude a été restreint à la gestion des
ressources humaines et à la valorisation des travaux de recherche.
Deux objectifs ont été définis : l’analyse des
modes de travail en place et l’examen des problèmes rencontrés
par les agents.
Méthode et outils utilisés
L’étude a été menée auprès
d’un échantillon d’agents administratifs en charge des activités
choisies pour l'observation et d’agents en charge de la production d’informations
utilisées pour ces activités (Direction des affaires juridiques,
responsable du site Internet du Secrétariat Général).
La taille de cet échantillon était d’une quinzaine de
collaborateurs.
L’approche par l’ingénierie des connaissances s’attache
à l’analyse des problèmes et des activités mentales
des acteurs. Ces informations ont été obtenues à
partir d’entretiens semi-directifs d’environ une heure. Ces entretiens
débutaient par la présentation du schéma de «
l’acteur et le système d’information numérique »
de Grundstein et Rosenthal-Sabroux, représentant les différents
systèmes d’information et les sources de connaissances (ce schéma
permet aux interviewés de mieux comprendre quel type d’étude
est mené). Un questionnaire était également rempli
: il permettait de poser des questions sur les points non évoqués
spontanément pendant l’entretien afin que les interlocuteurs
abordent tous les aspects objets de l’étude : sources d’information,
formations, capitalisation et partage des connaissances, etc.
Nota : le schéma et le questionnaire sont accessibles
par le premier lien « pour en savoir plus » ci-dessous.
Résultats
L’analyse de ces entretiens a permis d’étudier les
modes de travail et les problèmes rencontrés par ces acteurs
:
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Les sources d’informations, liées à
la complexité de la structure du CNRS, sont très variées. |
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Les informations ne sont pas toutes transmises directement ou
correctement (nécessité pour les acteurs de contrôler
les informations qu’ils reçoivent). |
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La recherche d’informations est laborieuse du fait d’informations
pléthoriques et rapidement obsolètes. |
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Il y a une grande importance des réseaux de relations pour
l’échange des informations ; ceux-ci utilisent des supports
de communication variés. |
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Peu de pratiques sont recensées et formalisées,
celles qui le sont (les instructions de procédures produites
par le BPC) sont très appréciées pour s’assurer
de l’exactitude de ses propres connaissances, pour unifier les pratiques
d’une délégation à l'autre, pour faciliter
l’acquisition des connaissances des nouveaux collaborateurs. |
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Le partage de connaissances tacites et l’expérience sont
les principales sources d’acquisition de connaissances dans l’organisation. |
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Les formations reçues par les agents sont considérées
comme étant mal adaptées et en nombre insuffisant.
Les agents aimeraient qu’elles soient davantage centrées
sur les objectifs de travail et non sur les outils (la problématique
actuelle des formations est du type « connaître Microsoft®
Word » au lieu de « le CNRS est un milieu de production
de gros rapports et on doit disposer de compétences pour
les réaliser »). Ces formations pourraient également
permettre de rencontrer d’autres agents au même profil mais
en poste dans d’autres délégations, ce qui pourrait
favoriser la création de communautés de pratiques. |
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Leur formalisation étant assez réduite, la majeure
partie des connaissances est tacite. Leur préservation est
donc nécessaire pour limiter les déperditions provoquées
par les départs d’agents. |
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Il y a très peu de mutualisation des outils créés
par les agents (par exemple, des outils de suivi des partenariats
ont été créés dans presque toutes les
délégations mais ils ne sont pas partagés). |
Propositions
Cette étude a proposé des solutions pour
diminuer les difficultés rencontrées, notamment :
- l’organisation de réunions et de séminaires
pour les personnels déconcentrés,
- la création d’une boite à outils standard,
- une modification des objectifs de formation,
- une meilleure exploitation des TIC (surtout pour les
échanges et pour la gestion documentaire),
- le développement des instructions de procédures,
qui sont un mode satisfaisant de formalisation des connaissances,
- la création de forums de « bonnes pratiques
» pour soutenir le partage de connaissances.
Contraintes et limites
Le knowledge management s’intéresse aux
connaissances des acteurs : l’étude de celles-ci est assez difficile
et passe par le filtre des entretiens avec ces acteurs. Il est nécessaire
de bien expliquer aux interviewés les objectifs de l’étude,
car généralement ils ne connaissent pas le knowledge
management, ou bien ils en ont une vision assez floue... Accompagner
les explications d’un schéma contribue à améliorer
la compréhension, et l’appréhension des objectifs de l’étude
facilite l’entretien.
Les entretiens sont assez longs, particulièrement
pour l’analyse. Il faut donc prévoir beaucoup de temps pour une
étude, ou ne s’intéresser qu’à un échantillon
limité d’acteurs. Actuellement il n’y a toujours pas eu de suites
données à cette analyse (elles sont toujours à
l’étude), notamment car il n’est pas facile de modifier les habitudes,
de solliciter les acteurs pour le partage de connaissances (parfois
ressenti comme un partage de pouvoir), etc.
La gestion des connaissances ne va généralement
pas de soi et demande du temps et des efforts de la part des acteurs.
Il est nécessaire que l’organisation se donne des moyens : des
collaborateurs en charge de cette mission, une sensibilisation des personnels,
l’encouragement des initiatives et des modes d’actions dans ce domaine,
etc.
En conclusion, cette étude a permis de mener une
réflexion sur la mise en œuvre des principes du knowledge
management. Des résultats très intéressants
ont été obtenus par analyse d’entretiens menés
de façon semi-directive auprès d’acteurs de l’organisation
sur les pratiques en place et les problèmes auxquels ils sont
confrontés dans leur accès à l’information, le
partage des connaissances, etc. Cette analyse a conduit à des
propositions pour améliorer la gestion des connaissances mais
elles n’ont pas été suivies d’effet : à la fin
de cette étude, aucun collaborateur n’a été chargé
de poursuivre la réflexion et de travailler à sa mise
en œuvre.
Mots clés :
Capitalisation, connaissance, knowledge management,
mutualisation.
Pour en savoir plus sur Internet :
"L'approche management des connaissances appliquée
aux activités d'accompagnement de la recherche au CNRS",
Mémoire de DEA de Laure Frébourg (chapitres 3 à
5), 2001
http://membres.lycos.fr/laurefrebourg/DEA/DEA_cadres.htm
Sites du CNRS et du Bureau de Pilotage et de Coordination
du CNRS
http://www.cnrs.fr
http://www.sg.cnrs.fr/bpc/default.htm