Enseigner en CAP
« Employé de Commerce Multispécialités »
Si l’objectif premier d’un BEP est la poursuite d'études
vers un baccalauréat, notamment un baccalauréat professionnel,
les CAP ont pour mission première de déboucher sur la
vie active. De nombreux CAP sont proposés aux jeunes dans le
domaine tertiaire, notamment dans les filières de l’alimentation,
de la restauration, de la logistique et de la vente.
Parmi les CAP créés dans le domaine de la vente, le CAP
« Employé de commerce multi-spécialités »
a vu le jour en 2000 à la demande de la profession. En effet,
il existe une employabilité au niveau V de formation dans ces
secteurs d’activités. Quels élèves sont accueillis
en CAP ? Quelles sont leurs attentes ? Quelle pédagogie adopter
?…
EcoGest@actu a rencontré une classe de CAP « Employé
de commerce multi spécialités », leur professeur
de vente ainsi que le chef d’établissement...
EGA : M. Andretto,
vous êtes proviseur d’un lycée professionnel de Charleville
Mézières (Ardennes). Votre établissement propose
des formations dans le domaine de la vente du CAP au BTS. Est-ce une
volonté délibérée d’accueillir des élèves
de CAP ?
JPA : M. le Recteur m’a proposé
d’accueillir dans mon établissement une classe de CAP ; je n’ai
fait que répondre favorablement à cette demande.
EGA : Quels sont les éléments
qui vous ont aidé à prendre cette décision ?
JPA : J’ai accepté car j’avais
une équipe d’enseignants volontaires qui étaient prêts
à s’investir pour accueillir ce nouveau public.
EGA : Quel est le profil des élèves
que vous accueillez en CAP ?
JPA : Pour la première promotion,
nous avons recruté des élèves de profils différents
: des élèves en grande difficulté (élèves
de SEGPA[1] principalement) et des élèves
de troisième à comportement difficile. Cette année,
nous avons opté pour une politique d’accueil exclusif d’élèves
de SEGPA. Cette formation permet de « resocialiser » des
jeunes en révolte face au système éducatif traditionnel.
EGA : Marie-France Papier, vous enseignez
en CAP ; est-ce un choix ?
MF P : Oui, j’avais enseigné jusqu’alors
en BEP et en bac professionnel. L’attrait de la nouveauté m’a
incitée à découvrir les CAP. Par ailleurs, je connaissais
les élèves de SEGPA qui sont des jeunes avec des problèmes
familiaux et/ou scolaires et cela m’a donné envie de tenter l’expérience.
EGA : Le public que vous
avez rencontré est-il conforme à vos attentes ?
MF P : Oui, tout à fait. Cependant,
pour la première promotion, nous avons accueilli un public hétérogène.
En effet, la classe est composée pour moitié d’élèves
de SEGPA, à savoir des élèves « faibles »
et pour autre moitié des élèves de troisième
qui présentent des problèmes de comportement. La gestion
de ce second groupe est délicate et problématique. Cette
année, le choix d'orientation au niveau du département
des Ardennes a été d’accepter en priorité les élèves
de SEGPA., politique que nous avons donc suivie dans mon établissement.
EGA : Vous êtes-vous facilement
adaptée à ce nouveau public ?
MF P : Parfois, je me suis sentie impuissante
et désarmée face au niveau très faible de certains
élèves. Je dois avouer que j’étais demandeuse d’une
formation spécifique : l’enseignement en CAP requiert des compétences
particulières.
J’avais conscience qu’il était important de valoriser les élèves
et qu’il fallait que je gagne leur confiance.
EGA : Comment avez-vous réussi
à adapter votre enseignement au niveau de vos élèves
?
MF P : Au début, j’ai testé
l’utilisation des cours de niveau BEP : je n’ai obtenu aucune accroche
de la part des jeunes. J’ai donc adapté mes méthodes en
conséquence. Par exemple, j’ai décidé d’utiliser
un code couleur pour faciliter le repérage des grands chapitres
du cours.
EGA : Avez-vous recours aux TICE ?
MF P : Oui, bien sûr. Les élèves travaillent
sur ordinateur plusieurs heures par semaine. Je traite le programme
de vente à l’aide d’une série d’exercices que j’ai mis
à leur disposition sur l’intranet du lycée[2].
Les élèves travaillent ainsi à leur rythme. Au
besoin, ils peuvent étudier plusieurs fois la même partie
du cours. Ils apprécient énormément cette façon
de travailler.
EGA : Avez-vous réalisé
des projets particuliers ?
MF P : Oui, il est très important
de valoriser ces jeunes qui ont été la plupart du temps
en situation d’échec. Par exemple, à l’occasion de la
journée mondiale du SIDA, nous avons obtenu une subvention de
la DASS pour financer la réalisation d’un jeu de sensibilisation
sur les dangers du SIDA. Les jeunes ont été très
motivés par la conception de ce jeu : ils se sont documentés
et ont réfléchi au type de jeu à proposer à
cette occasion ; ils ont ensuite écrit toute une série
de questions… Nous avons ainsi fait réaliser cent exemplaires
d’une mallette de jeu.
De même, nous avons instauré un moment fort d’intégration
: la « journée Nature » dont l’objectif est d’être
ensemble dans un autre cadre. Élèves et équipe
pédagogique se retrouvent en dehors du lycée. Cette année,
un agent de l’ONF nous a fait découvrir la forêt : le sujet
a passionné les élèves. Ces moments sont primordiaux
pour créer de bonnes relations.
En fait, nous multiplions les expériences de ce type : organisation
d’un rallye découverte à la rentrée, réalisation
d’une exposition lors de la semaine du goût, accueil des élèves
de SEGPA sous forme d’ateliers disciplinaires… Une équipe pédagogique
soudée s’impose avec des élèves de CAP.
EGA : Rencontrez-vous des problèmes
difficiles à gérer ?
MF P : Une des plus grandes difficultés
est de gérer l’absentéisme contre lequel il est très
difficile de lutter. Quelques fois, les absences des jeunes sont justifiées
: une élève a bénéficié d’un congé
maternité, d’autres étaient de jeunes mères de
famille… Mais souvent, les élèves s’absentent des cours
sans raison valable. En conséquence, la préparation à
l’examen devient délicate.
EGA : La formation prévoit-elle
des périodes en entreprise ?
MF P : Oui, seize semaines de formation
en entreprise sont programmées. Cette alternance est indispensable
pour que les jeunes puissent appréhender la réalité
professionnelle. Cependant, durant ces périodes, l’absentéisme
devient encore plus délicat à gérer ! Il faut alors
organiser des périodes de « rattrapage » durant les
congés scolaires. De plus, certains jeunes ont de grandes difficultés
à s’intégrer dans le monde du travail ; j’ai dû
faire face à quelques renvois d’élèves qui ne donnaient
pas satisfaction à l’entreprise.
EGA : Tous les élèves
du lycée professionnel bénéficient de périodes
de formation en entreprise, qu’ils préparent un CAP, un BEP,
un Bac Pro ou un BTS ; les tuteurs doivent être désemparés
face à des publics aussi différents ?
MF P : Non, l’équipe pédagogique
rencontre en amont les tuteurs. Par ailleurs, les entreprises connaissent
les élèves de SEGPA et ne sont donc pas déroutées
par les jeunes préparant un CAP. Il faut même reconnaître
que la plupart des tuteurs jouent le jeu et contribuent utilement à
la formation des jeunes.
EGA : Ce CAP est récent ; pensez-vous
que sa création soit pertinente ?
MF P : Évidemment, il correspond
à un besoin de formation d’une catégorie d’élèves
et à au marché du travail. Il permet à certains
jeunes de bénéficier d’une formation diplômante.
EGA : Regrettez-vous parfois de vous
être lancée dans cette expérience ?
MF P : Non, à aucun moment je n’ai
regretté d’avoir accepté d’enseigner en CAP. Je dois reconnaître
que c’est parfois fatigant car les élèves sont très
demandeurs. La mission de l’enseignant ne se limite pas à l’acquisition
de compétences ni à la transmission de connaissances.
Comme je vous l’ai dit, les élèves arrivent en cours avec
leurs problèmes ; ils essaient de trouver au lycée ce
qu’ils n’ont pas à la maison. Régulièrement, un
élève vous dit à la fin du cours : « Madame,
il faut que je vous parle... ». À ces moments précis,
il faut être disponible, savoir les écouter… Mais il faut
avouer que pour un enseignant, ces relations avec les élèves
sont valorisantes : « on sert à quelque chose…
». Les élèves de CAP sont plus proches des enseignants
que ceux des BEP. Pour conclure, si je donne beaucoup aux élèves,
eux-mêmes m’apportent beaucoup.
Les élèves de la classe de 2ème année
de CAP se sont prêtés au jeu et ont accepté de compléter
un questionnaire qui a permis de savoir que :
- Si un certain nombre de jeunes pensent que les cours
sont plus simples en collège, ils trouvent tous, sans exception,
qu'ils sont plus intéressants en lycée professionnel.
Beaucoup apprécient particulièrement les cours de vente
et surtout la méthode adoptée par leur professeur. Les
cours proposés sur l’intranet de l’établissement permettent
à chaque élève à travailler à son
rythme.
- Une majorité d’élèves apprécie
l’alternance lycée/entreprise ; les périodes en entreprise
leur permettent de mieux appréhender le monde du travail et
favorisent le contact avec le public. Ils se sentent ainsi plus aptes
à se positionner sur le marché du travail.
- La journée « Nature » a été
appréciée par tous les élèves pour des
raisons diverses : l’attrait et la découverte de la nature,
l’ambiance chaleureuse et les relations avec l’équipe pédagogique…
- Aucun élève ne regrette son orientation
en CAP même si certains rencontrent des difficultés à
suivre les cours.
- La plupart des élèves espèrent
poursuivre leurs études soit au lycée professionnel,
soit par apprentissage et même, pour certains, réussir
un bac professionnel voire un BTS.
- Tous sont prêts à encourager un de leurs
camarades qui envisagerait une orientation vers un CAP.
Pour conclure, EGA laisse la parole aux élèves
et vous livre quelques extraits de leurs commentaires :
- « je ne suis pas déçue par le
CAP »,
- « je regrette de ne pas avoir fait mieux
»,
- « on a fait plein de choses bien »,
- « j’apprécie l’ambiance et les enseignants
».
[1] Section d'Enseignement
Général et Professionnel
Adapté
[2] Exemples de séquence :
http://www.ac-reims.fr/datice/EcoGes/Pedagogie/CAP/etion.htm