
L'argumentation
en communication
Synthèse
de l'intervention de Philippe Breton, enseignant à la Sorbonne
et chercheur au laboratoire Cultures et Sociétés du CNRS
de Strasbourg, lors du colloque national du 25 au 28 août
2003 à Paris, intitulé : « Pour une refondation
des enseignements de communication des organisations ? ».
Philippe
Breton centre actuellement ses recherches sur la notion d'argumentation.
Son premier objectif est de mieux comprendre le mécanisme de
l'adhésion argumentative et donc de l'observer comme un phénomène
social. Le travail part d'une hypothèse qui consiste à
décrire l'acte argumentatif comme un processus qui s'appuie sur
la recherche d'un accord préalable dans l'auditoire, puis sur
l'usage d‘un raisonnement argumentatif (autorité, cadrage, analogie
ou valeurs). Une deuxième question posée est de savoir
comment les travaux sur la manipulation, la propagande, l'esthétisation
du débat, peuvent enrichir la notion de "normes du débat"
dans l'espace public. Cette recherche sur les normes de l'argumentation
s'articule sur d'autres travaux relevant de perspectives disciplinaires
différentes au sein des sciences humaines. L'argumentation est
en effet un objet transversal, investi par d'autres champs théoriques
que celui de la réflexion sur les normes. Philippe Breton tente
d'opérer des connexions inédites, par exemple avec le
champ des recherches sur la "réception". L'enjeu de
cette approche est également d'articuler entre elles les parties
de l'ancienne rhétorique qui irriguent actuellement différents
champs du savoir en sciences humaines.
Au-delà de l'étude des fondements théoriques puis
des techniques de l'argumentation pour laquelle les ressources abondent
(sites Internet, etc.), se pose le problème de l'enseignement
de l'argumentation. Qu'est-ce que convaincre ? Comme s'y prendre
pour convaincre ? Comment apprendre à convaincre ?
Selon la tradition démocratique héritée de la Grèce
antique, l'argumentation représente la meilleure alternative
à la violence parce qu'elle permet de dénouer pacifiquement
les conflits. Si la parole argumentative est un puissant facteur de
pacification des rapports humains, elle renforce également les
liens sociaux et développe civilité et citoyenneté.
Au regard de l'importance de ces enjeux sociétaux, il est évident
que l'argumentation ne peut être réduite à un banal
ensemble de techniques.
Une première partie sera consacrée à la définition
de l'argumentation et à la déclinaison des différentes
techniques argumentatives. Puis, l'argumentation authentique sera distinguée
de la manipulation. Enfin, il conviendra d'évoquer quelques problèmes
d'ordre pédagogique soulevés par l'enseignement de l'argumentation.
Définition de l'argumentation
La mise en perspective de la notion
d'argumentation
La rhétorique aristotélicienne
Argumenter consiste, pour un orateur, à chercher
à accroître l'adhésion de son auditoire qui finalement
reste juge de la validité des arguments qui lui sont présentés.
Indiscutablement, la matrice de l'argumentation s'articule autour de
l'humilité - tout point de vue est respectable - et de la symétrie
entre l'orateur et son auditoire : ce dernier conserve une certaine
autonomie dans l'interprétation et dans l'assentiment des thèses
qui lui sont proposées.
Ces principes, datant de la démocratie athénienne, ont
été énoncés par Aristote, dans son traité
de rhétorique[1]. Aristote se dégage
de l'éthique platonicienne en distinguant le vrai du vraisemblable :
le vrai relève de la Vérité et du général,
le vraisemblable de ce qui se discute et du relatif. Il fait de la rhétorique
un véritable outil, proche de la dialectique, dans lequel il
élabore une méthodologie de production du vraisemblable,
qui est « l'art de trouver ce qu'un cas donné a de
persuasif » et de mettre en œuvre cette persuasion.
À l'inverse, lorsque la communication est appréhendée
comme un ensemble de processus fonctionnels, où l'interlocuteur
est ravalé au rang de « récepteur »,
de « cible marketing », ou pire encore, « l'art
de convaincre » est instrumentalisé et se réduit
à une panoplie de techniques comportementales. Le primat de l'efficacité
est affirmé au dépend du principe de symétrie.
Par conséquent, la parole argumentative authentique ne peut se
concevoir en dehors d'un choix humaniste clair : convaincre l'autre
en respectant sa liberté d'adhésion.
Cette tradition, léguée par Aristote, Cicéron et
Quintilien[2], a été réinvestie
par Chaïm Perelman[3], initiateur d'une « nouvelle
rhétorique » dans son Traité de l'argumentation.
Elle constitue une rupture avec une conception de la Raison et du raisonnement
issue des thèses de René Descartes qui a marqué
de son sceau la philosophie occidentale des trois derniers siècles[4].
La logique cartésienne
« Ce qui se discute est forcément
faux » est le principe posé par Descartes, dans son
Discours de la méthode. Cette affirmation s'avère être
une véritable « machine de guerre » contre
la rhétorique car seul sera tenu pour vrai ce qui sera reconnu
comme évident, grâce à la Raison. Or , selon Descartes,
le propre de ce qui est évident est de ne point se discuter.
En effet, il n'y pas lieu d'argumenter contre l'évidence[5].
La « nouvelle rhétorique »
Le projet philosophique cartésien de construire
un système de logique formelle[6], qui prétendait
au statut de science, a vidé de sa substance le domaine de l'argumentation[7]
en ravalant cette dernière au rang de simple artifice. Par ailleurs,
cette démarche rompait le lien consubstantiel existant entre
les arguments utilisés et les opinions défendues, dont
ils ne sont, pourtant, que la mise en forme.
L'apport de C. Perelman, dans les années 1960, fût de restituer
à la technique argumentative une nouvelle légitimité
à travers la notion d'adhésion. À la différence
de l'évidence, l'adhésion implique autant la personne
de l'orateur que celles à qui s'adresse l'argumentation :
l'auditoire. L'argumentation opère donc dans le champ de la subjectivité,
de la croyance…
L'objet de la théorie de l'argumentation est, en définitive,
selon C. Perelman, « l'étude des techniques discursives
permettant de provoquer ou d'accroître l'adhésion des esprits
aux thèses qu'on présente à leur assentiment ».
Dans sa tentative d'actualiser la rhétorique, C. Perelman élabore
une théorie qui place l'auditoire au centre du processus d'argumentation.
Argumenter consiste en premier lieu à chercher et à obtenir
auprès de cet auditoire un point d'accord préalable relativement
aux thèses que l'on souhaite lui voir adopter. C'est seulement
à partir de cet assentiment initial que l'orateur pourra construire
et développer légitimement son argumentation. À
défaut, il commet la « faute la plus grave »,
en recourant à la « pétition de principe[8] ».
L'accord initial étant obtenu, l'argumentation peut alors faire
l'objet d'une « réception » par l'auditoire
auquel elle est destinée. Puisque l'argumentation vise à
emporter l'adhésion, elle doit être, tout entière,
relative à l'auditoire qu'elle cherche à convaincre. Une
argumentation efficace prend en compte les particularités psychologiques
et sociologiques, existantes ou supposées, de ceux que l'on se
propose de persuader. Ainsi, l'auditoire se définit comme l'ensemble
des personnes que l'orateur veut influencer par son argumentation, dont
il est amené à se construire une image, une représentation
mentale plus ou moins systématisée.
C. Perelman a identifié trois niveaux d'auditoire
:
- l'auditoire universel, constitué par l'humanité
tout entière[9] ;
- l'interlocuteur ou l'auditoire formé
dans le dialogue par la seule personne à laquelle on s'adresse
;
- l'auditoire constitué par le sujet lui-même,
quand il délibère, ou réfléchit introspectivement
aux mobiles de ses actes.
Incidemment,
on peut remarquer que notre civilisation moderne se trouve si mal à
l'aise face à cette notion d'auditoire universel, que, souvent,
elle finit par ne parler qu'à elle-même…
Pour penser l'argumentation, on dispose d'un certain nombre de théories
d'ordre sociologique, qu'il s'agisse de psychosociologie ou de sociologie
de la communication, ou même de science du langage. En revanche,
une théorie des techniques de l'argumentation reste à
construire, tant il est vrai que, depuis le début du XIXème
siècle, la rhétorique ne fait plus l'objet, en France,
d'un enseignement systématique[10].
Elle fut alors remplacée par les Lettres - dissertation et littérature
- et par les Sciences, qui vont conquérir progressivement le
territoire que l'on sait. La culture de l'argumentation s'est donc effacée
derrière celle de l'expression et celle de l'évidence[11].
Le champ de compétence de l'expression appartient
au domaine de la communication, du subjectif alors que celui de l'évidence
(de la démonstration scientifique) relève du domaine logique
et objectif. Il est difficile de positionner l'argumentation entre ces
deux pôles[12]. Ce statut proprement « intermédiaire »
lui confère un large degré d'incertitude théorique,
oscillant entre arguments subjectifs ou esthétiques et arguments
à caractère démonstratif.
Les techniques argumentatives classiques constituant
les parties du discours
Elles sont au nombre de quatre et interviennent dans
un ordre immuable et « canonique[13] »,
correspondant à un véritable protocole. En latin, et successivement
: inventio, dispositio, elocutio, actio.
Invention
Après
s'être assuré de sa propre opinion et de sa cohérence,
l'orateur doit se soumettre à un questionnement classique :
À quel
public, à quel auditoire, l'argumentation est-elle destinée ?
Quelle(s) opinion(s)
préalables l'orateur va-t-il rencontrer ?
L'argumentation
diffère nécessairement selon le contexte, selon l'auditoire.
Il n'existe pas d'argumentation type pour un sujet donné, ni
d'arguments universels susceptibles de convaincre n'importe quel auditoire.
L'orateur doit d'abord chercher et choisir un point d'appui dans l'auditoire
pour l'aider à partager son point de vue. Il s'agit de la phase
« d'ancrage[14] », décrite
par Jean Blaise Grize[15]. Cet accord préalable[16]
minimum constituera le socle à partir duquel l'orateur, dans
un mouvement ascendant, pourra présenter et étayer ses
arguments.
Quels arguments
l'orateur va-t-il choisir et sous quels angles les exploiter ?
Il dispose de
quatre types d'arguments, qui sont respectivement :
- l'argument d'autorité (ou de sociabilité)
qui consiste à s'appuyer sur la réputation socialement
affirmée d'une autre personne, d'un auteur, d'un spécialiste
pour conforter sa propre argumentation. En lui-même, cet argument
est légitime. Seule sa dérive est condamnable. Cependant,
il ne peut rivaliser avec un argument d'ordre logique ;
- l'argument d'analogie consiste, dans une situation donnée,
à rechercher l'accord de l'auditoire sur la base d'un consentement
obtenu antérieurement dans une situation jugée similaire.
L'argument d'analogie est recevable si la ressemblance est effective ;
dans le cas inverse, il est spécieux ;
- l'argument de cadrage consiste à proposer une
délimitation de la thèse défendue qui majore
certains aspects et en minore d'autres, dans un contexte où
aucune description objective n'a de sens ;
- l'argument de communauté consiste à appuyer
son raisonnement sur une croyance communément partagée,
sous la forme de proverbes, de valeurs (concrètes ou abstraites)
ou de « lieux ».
Disposition
Dans quel ordre
les arguments vont-ils être présentés ? Quel
plan l'orateur va-t-il adopter ? Traditionnellement, la disposition
se décompose en quatre sous parties :
- l'exorde : phase d'ouverture et de présentation
du discours, où l'orateur cherche à capter l'attention
de l'auditoire ;
- la narration : exposé le plus objectif possible
du contexte et de l'opinion défendue ;
- la discussion (ou confirmation) : présentation
des arguments et réfutation des arguments adverses ;
- la péroraison : récapitulation, plus
ou moins longue, qui clôture le discours. En langage courant,
elle a souvent une connotation péjorative.
Élocution
Rédaction
du discours. C'est le point où la rhétorique rencontre
la littérature. Le discours y est organisé en détail.
Quelle rédaction (mots, tournures), quel style utiliser ?
Action
Énonciation
et mise en œuvre effectives du discours. Dans cette ultime phase, l'orateur
va littéralement « jouer » son discours
devant son auditoire, grâce à des effets de voix, à
des gestes, des mimiques, etc.
Distinction entre argumentation et manipulation
Cette distinction est fondamentale et incontournable.
Des débuts de la tradition rhétorique jusqu'à Perelman,
se sont dégagées des « normes »
qui distinguent - au moins en théorie - l'argumentation
et la manipulation. Deux d'entre elles méritent particulièrement
l'attention :
- la liberté de l'auditoire de partager ou non
une opinion ;
- la nécessaire homogénéité
entre l'argument employé et l'opinion défendue dont
il n'est finalement que la mise en forme.
Ainsi,
l'argument non manipulatoire respecte la liberté de l'auditoire
et les techniques d'argumentation employées sont élucidées,
explicitées par l'orateur. Au contraire, la manipulation consiste
non seulement à priver l'auditoire de sa liberté de partager
une opinion - un seul choix s'impose à lui : celui de l'orateur
- mais encore à dissimuler les techniques argumentatives mises
en œuvre.
Or, l'orateur est co-responsable de la liberté de son auditoire.
L'orateur qui se dérobe à cette responsabilité
commet envers son auditoire une véritable violence mentale et
psychologique.
Au plan politique, la parole argumentative est loin d'être neutre :
les techniques qu'elle emploie sont intimement associées à
la démocratie. Ainsi, dans l'Histoire, les renoncements à
la démocratie se sont toujours accompagnés d'un abandon
ou d'un refus de l'argumentation.
En définitive, lorsque les citoyens argumentent,
ils « produisent » de la démocratie. On
peut d'ailleurs s'interroger, dans notre société, s'il
existe d'autres sources de démocratie que l'argumentation. Par
exemple, les institutions sont-elles, par elles-mêmes, source
de démocratie ? Ou leur rôle n'est-il pas plutôt
de la codifier pour en garantir l'exercice ?
Il est
incontestable qu'en l'absence d'actes argumentatifs authentiques la
démocratie ne peut exister. Parallèlement, il ne peut
y avoir de citoyenneté véritable sans pratique argumentative,
sans aptitude à l'argumentation, sans culture de l'argumentation.
Sous cet aspect, des secteurs du domaine économique comme la
vente, la publicité, le commerce en général, les
relations de travail apparaissent comme fragiles sur le plan éthique,
d'autant qu'ils sont soumis à des exigences d'efficacité
de plus en plus impérieuses.
Ceci peut expliquer que l'offre actuelle de formation à l'argumentation
se limite souvent à des formations à la manipulation,
dont les caractéristiques communes sont la non transparence,
l'opacité des techniques préconisées, et dont l'objectif
ouvertement recherché est de convaincre l'auditoire sans argumenter.
Ainsi en va-t-il, par exemple, des techniques inspirées
de la théorie dite de la « fusion », issues
de la PNL[17] (programmation neurolinguistique),
dont on peut citer notamment la synchronisation, ou mirroring,
à la fois corporelle (respiration synchrone), vocale et conceptuelle.
Il en est de même en ce qui concerne les techniques basées
sur l'hypnose (messages subliminaux), sur la séduction (érotisation).
L'auditoire, soumis à ces manipulations, est inconscient de ce
qui lui arrive. En conséquence, privé de sa liberté
de choix, il se trouve placé en situation d'infériorité
et de dissymétrie, au sens aristotélicien du terme.
Il faut reconnaître que notre société entretient
l'ambiguïté sur ce point. Si l'on observe un recul général
des violences physiques, qui, d'ailleurs, nous les rendent d'autant
plus insupportables, il semblerait que l'agressivité se reporte
sur des formes de violences psychologiques et morales. On peut citer
l'exemple de la criminalisation récente du harcèlement
qui indique clairement une rectification de cette frontière…
Corrélativement, l'utilisation, quasi généralisée
dans la publicité, de l'érotisme[18]
pour convaincre reste illégitime, même si elle plaît.
Cet acquiescement silencieux est le signe, chez nos concitoyens, d'une
certaine forme de renoncement à la démocratie…
À l'inverse, une bonne cause justifie-t-elle
le recours à la manipulation ? Un exemple flagrant peut
en être trouvé dans les campagnes anti-tabac, qui, à
l'analyse, se révèlent parfois particulièrement
indigentes en arguments véritables mais jouent sur l'émotion.
Plus généralement, peut-on dissocier l'éthique
des causes de l'éthique des moyens ? Aristote, dans sa Rhétorique,
nous apporte la réponse : la loi interdit de séduire
le juge, dans les forums politiques ou judiciaires. L'orateur (l'avocat)
doit impérativement plaider « dans la cause »,
c'est-à-dire limiter ses propos aux éléments, aux
termes du débat. Ainsi, tout énoncé « en
dehors de la cause », dont le but serait de créer
un bon climat, d'émouvoir, de séduire par un art oratoire
consommé, est prohibé et taxé de démagogie.
Sous cet aspect, on peut se demander ce que deviendrait notre paysage
communicationnel, si l'on décidait d'appliquer cette loi de nos
jours, notamment dans le domaine de la publicité !
Ainsi à l'éthique de la cause doit répondre l'éthique
des moyens mis en œuvre pour la défendre. En outre, cette correspondance
permet d'opérer un tri draconien entre les arguments recevables,
au sens aristotélicien, et ceux qui ne le sont pas. En démocratie,
seuls des arguments recevables devraient, en principe, être échangés,
notamment dans le domaine politique…
Les problèmes pédagogiques
liés à l'enseignement de l'argumentation
La situation présente un certain paradoxe :
on attend implicitement de l'enseignement qu'il diffuse une certaine
culture de l'argumentation, alors même que celle-ci n'y est pas
enseignée en tant que telle. Réciproquement, l'enseignement
de l'argumentation aura, à n'en point douter, un impact sur les
méthodes pédagogiques mises en œuvre.
L'enseignement de l'argumentation peut s'appuyer sur des exemples et
des exercices.
Les exemples d'argumentation
Le choix des exemples est crucial. Ils peuvent être choisis
dans différents domaines :
- politique : l'enseignant aura soin d'introduire
une certaine variété de manière à masquer
ses propres convictions ;
- judiciaire : plaidoiries d'avocats, etc.
- débats de société : par exemple
ceux concernant la vie, comme l'euthanasie ou l'avortement.
On ne saurait
trop conseiller d'éviter les exemples personnels car ceux-ci
sont bons pour les uns et mauvais pour les autres. Le choix devrait
se porter autant que possible sur des exemples universels et significatifs,
comme :
- des extraits de films, tels La liste de Schindler[19]
;
- des écrits, tels Germinal, d'Emile Zola ;
- des publicités, dont l'enseignant aura probablement
l'embarras du choix…
Dans l'exploitation
de ces exemples, les techniques argumentatives seront abordées
et décrites comme l'outil essentiel d'apprentissage du décodage
des messages médiatiques.
Les exercices d'argumentation
Peu d'exercices existent, à l'heure actuelle. On peut citer
les mises en scène et les joutes oratoires.
Les mises en scène
ou simulations
Il ne s'agit
pas d'exercices d'art oratoire pur dont le but est d'apprendre à
convaincre, mais plutôt d'exercices de prise de parole, au cours
desquels les plus timides peuvent apprendre à s'exprimer. Néanmoins,
l'enseignant veillera à ce que les orateurs emploient des arguments
recevables.
Les joutes oratoires
Elles sont conçues
sur le modèle des rencontres sportives. L'enseignant choisit
deux thèses opposées et forme deux équipes de trois
élèves qui vont s'affronter selon des règles bien
précisées à l'avance : le règlement,
qui garantira la recevabilité des arguments, les modalités
de leur écoute et de leur réfutation, ainsi que l'égalité
des temps de parole.
Dans ce type d'exercice,
le rôle de l'enseignant est double :
- faire prendre conscience aux participants de l'agressivité
et de ses effets positifs et négatifs ;
- canaliser cette agressivité et clôturer
l'exercice sur une ambiance apaisée.
Il serait
certainement productif de commencer ou de clôturer de telles séances
d'exercices d'argumentation par un « tour de table »
sur le thème : « Qu'est-ce que convaincre, pour
vous ? ». Les réponses obtenues s'organisent
généralement autour de deux pôles : la séduction
et la démonstration logique, qui renvoient à des problèmes
culturels de fond. On observe également dans les réponses
un fort déterminant d'ordre générationnel :
la personne jeune privilégie en général l'aspect
séduction alors que la personne d'âge mûr inclinera
vers la démonstration.
On peut prédire que l'enseignement systématique de l'argumentation
provoquera chez les élèves l'élucidation des valeurs
humanistes fondamentales sur lesquelles est fondée notre société
démocratique car l'acte argumentatif authentique implique un
décentrement du sujet, ainsi qu'un rapport à l'autre,
dans le respect et la tolérance.
Un déficit de culture générale peut être
un obstacle à cette démarche. Nos élèves
ont-ils une bonne culture générale ? Enseigner l'argumentation
équivaut-il à enseigner la culture générale ?
Ces questions font irruption de façon très concrète
lorsque l'on commence, dans un enseignement d'argumentation, à
prendre des exemples dans les grands débats de société
et que l'on est confronté à l'ignorance souvent abyssale
des grands enjeux du monde contemporain…
En conclusion, l'enseignement de l'argumentation contribuera à
placer nos élèves dans une posture de prise de parole,
de participation aux débats de société mais également
dans une posture d'analyse et de décodage, compensant ainsi les
déséquilibres dus aux inégalités dans l'accès
à la parole. En un mot, cet enseignement placera ceux dont nous
avons la charge dans une posture citoyenne.
--Cet article
a été rédigé par Alain Nossereau, formateur
en communication et gestion de l'information Académie de Nice.
Mots clés
Argument,
argumentation, auditoire, citoyenneté, conviction, démocratie,
éthique, inégalité, liberté, manipulation,
opinion, orateur, PNL, rhétorique, symétrie.
Pour
en savoir plus
Quelques
liens concernant les interventions, l'œuvre et les thèses de
Philippe Breton :
- Citoyenneté et enseignement
http://www.ina.fr/inatheque/activites/iufm/caen2000/caen01.pdf
- L'argumentation dans la communication (NTIC)
http://www.hatt.nom.fr/rhetorique/art10c.htm
- Individualisme et démocratie : une origine commune ?
http://www.chez.com/aipj/breton5democratie.htm
- A propos du « monde solaire » d'Asimov
http://www.erudit.org/revue/socsoc/2000/v32/n2/001104ar.pdf
- Rhétorique et civisme : le déclin de la parole
http://www.monde-diplomatique.fr/1997/03/BRETON/8022
- La « Pub » est-elle bienfaisante ou nocive ?
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-362244,0.html
- Entretien à l'Ircam (Centre Pompidou)
http://mediatheque.ircam.fr/articles/textes/Breton96a/
- Revue « Réseaux » - Note de lecture n°86 :
La parole manipulée
http://www.enssib.fr/autres-sites/reseaux-cnet/86/lect86.html
- IEP de Lyon – Le Web de la Doc - Fiche de lecture : La parole
manipulée
http://doc-iep.univ-lyon2.fr/Ressources/Documents/Etudiants/Edition-libre/parolemanipulee2-rc.html
- CRDP de Versailles – Moniteur 92 – Face à face ou côte
à côte ?
http://www.crdp.ac-versailles.fr/cddp92/monit92/monit38/propos38.htm
- Catholica – L'utopie de la communication - Entretien
http://www.123travail.com/35-catho-breton.pdf
- Smart Geneva – La société de l'information - Entretien
http://diwww.epfl.ch/~galland/articles/Breton.html
Sur Internet :
- Internet : village planétaire ou tour de Babel ?
http://www.chez.com/aipj/breton3namur.htm
- Nouvelles mythologies : le culte d'Internet :
http://www.chez.com/aipj/breton2monde_diplo.htm
- « Nous devons laïciser Internet »
http://www.chez.com/aipj/breton_lemonde_29nov2000.htm
- Les dérives d'Internet
http://www.chez.com/aipj/breton1.htm
Pour
aller plus loin
- Université
Stendhal – Grenoble 3 – DEA SIC
http://www.autosoft.fr/deasic/
- ECJS : Conférence de Jane Méjias – Académie
de Grenoble – Les principes de l'argumentation
http://www.ac-grenoble.fr/ecjs/ecjs1/argumentation.htm
- ECJS - Conférence de Jane Méjias – Académie de
Lyon – L'argumentation et le débat
http://www2.ac-lyon.fr/enseigne/ses/ecjs/argumenter.html
- Université de Bucarest – Mariana Tutescu – L'argumentation :
Introduction à l'étude du discours
http://www.unibuc.ro/eBooks/lls/MarianaTutescu-Argumentation/sommaire.htm
- ISCPA de Lyon – Ecole de communication et de journalisme – Argumenter
http://jaseur.free.fr/jaseur/argumenter.htm
- Université de Toronto – La rhétorique en 1990 – Albert
W. Halsall
http://www.chass.utoronto.ca/french/litera/Revue_Texte/intro8.PDF
- Philippe Van Goethem – Fralica – Pratique du français en liberté
cadrée – Typologie des arguments
http://users.skynet.be/fralica/refer/theorie/annex/argument/cargum.htm
- Philippe Van Goethem – Fralica – Pratique du français en liberté
cadrée – Diaporama
http://membres.lycos.fr/fralica/tests/tstargu.pps
- Yves Winkin – A propos d'Hypnose – Métaphore – Les théories
de la communication
http://www.aph-metaphore.com.fr/oframe/ocommuni.html
Bibliographie
Philippe Breton
La parole manipulée, La Découverte,
Éditions du Boréal, Paris et Montréal, 1997
Eloge de la parole, La Découverte, Paris, 2003
L'argumentation dans la communication, La Découverte,
Repères, Paris, 2003
Argumenter en situation difficile, La Découverte, Paris,
2004
Aristote - Rhétorique, tomes 1, 2,
3, texte établi et traduit par Médéric Dufour,
Les Belles Lettres, Paris, 1967
Cassin B. - « Consensus et créations
de valeurs, qu'est-ce qu'un éloge ? Les
grecs, les romains et nous, l'Antiquité est-elle moderne ?
», Textes réunis par Roger-Pol Droit, Le Monde éditions,
1991
Compagnon A. - La troisième république
des lettres , Seuil, Paris, 1983
Dumont L. - Essai sur l'individualisme, une perspective
anthropologique moderne, Essais, Paris, 1983
Joule R.V. et Beauvois J.L. - Petit traité
de manipulation à l'usage des honnêtes gens , Presse
Universitaire de Grenoble, 1987
Perelman C. et Olbrechts-Tyteca L. - Traité
de l'argumentation. La nouvelle rhétorique, Éditions
de l'Université de Bruxelles, 1970
Reboul O. - Introduction à la rhétorique,
PUF, collection Premier cycle, 1991
Terray E. - « Egalité des anciens
et des modernes », Les grecs, les romains et nous,
l'Antiquité est-elle moderne ? Textes réunis par
Roger-Pol Droit, Le Monde éditions, 1991
Vernant J.P. - Les origines de la pensée
grecque, PUF, Paris, 1962
Winkin Y. - Eléments pour un procès
de la PNL, Médianalyses, n°7, septembre 1990, p. 43-50
Yates F. - L'Art de la mémoire, Gallimard,
Paris, 1975
[1]
Aristote, Rhétorique, tomes 1, 2, 3, texte traduit par
Médéric Dufour, Les Belles Lettres, Paris, 1967.
[2]
Maître de rhétorique du premier siècle, considéré
comme le représentant officiel de l'éloquence. L'empereur
Domitien lui confia l'éducation de ses neveux. Il est l'auteur
de « l'institution oratoire », qui
traite en douze livres de la formation de l'orateur. Entre Sénèque
et Cicéron, il penchait nettement pour Cicéron.
[3]
Chaïm Perelman et L. Olbrechts-Tyteca, Traité de l'argumentation,
PUF, Paris, 1958.
[4]
Mariana Tutescu, L'argumentation. Introduction à l'étude
du discours.
(Voir : http://www.unibuc.ro/eBooks/lls/MarianaTutescu-Argumentation/4.htm
)
[5]
On comprend ainsi que, comme l'ont affirmé C. Perelman et L.
Olbrechts-Tyteca, « C'est à l 'idée d'évidence
, comme caractérisant la raison, qu'il faut s'attaquer si l'on
veut faire une place à une théorie de l'argumentation ».
[6]
Branche maîtresse de la logique, la logique formelle n'étudie
la validité des raisonnements qu'en vertu de leur forme, en négligeant
leur contenu. Elle s'intéresse à la validité des
arguments et aux conditions sous lesquelles une conclusion peut être
inférée de manière valide à partir de prémisses.
Un argument est constitué d'énoncés appelés
propositions, dont l'une est la conclusion et les autres les
prémisses. La combinaison des propositions se fait à l'aide
d'opérateurs logiques. (Yahoo! Encyclopédie).
[7] « Si le domaine du logique est formel, le champ de
l'argumentation circonscrit le psychosociologique et la théorie
correspondante s'imposera par l'analyse des techniques de conditionnement
par le discours » (P. Ioan, 1983, p. 94).
[8]
La pétition de principe est un raisonnement fallacieux qui consiste
à tenir pour vrai ce qui fait l'objet même de la question
et affirmer dans une des prémisses ce qui est supposé
être prouvé dans la conclusion. La conclusion est atteinte
sans passer par un processus argumentaire :
1. La Bible dit que Dieu existe.
2. La Bible a été dictée par
Dieu.
3. Donc, Dieu existe.
L'argument prouve essentiellement que Dieu existe
parce que Dieu existe.
(Voir : http://membres.lycos.fr/alis/Rhet/modrais.htm)
[9]
« Cet auditoire n'est pas l'ensemble de tous les hommes
et toutes les femmes, mais il est plutôt une image, une construction
que le philosophe [l'orateur] fait et qu'il doit refaire quand il s'aperçoit
que ses idées n'ont plus la portée qu'il leur a attribuée
initialement ». Renato José de Oliviera (Le sens pédagogique
de la rhétorique).
(Voir : http://www.hatt.nom.fr/rhetorique/pdf/article21.pdf)
[10]
En 1902 la classe de Rhétorique est supprimée de l'enseignement
français.
[11]
Au sens aristotélicien. Remarquons combien ce bouleversement
culturel est encore prégnant au niveau des profils des élèves,
qui, malgré la multiplication des filières, se reconnaissent,
envers et contre tout, comme « littéraires »
ou « scientifiques ».
[12]
Parfois dénommés : argumentation-raisonnement et
argumentation-relation.
(Savoir argumenter, Renée et Jean Simonet, Editions
d'Organisation, 1999)
[13]
Qui obéit à une règle stricte (du grec kanôn
: règle)
[14]
Tout discours prend ancrage sur du préconstruit. Il s'agit d'un
préconstruit culturel et d'un préconstruit situationnel
qui, par le biais de la langue naturelle, sont représentés
dans le discours.
(Voir : Mariana Tutescu : http://www.unibuc.ro/eBooks/lls/MarianaTutescu-Argumentation/10.htm
)
[15]
Centre de Recherches Sémiologiques de Neuchâtel, Suisse.
[16]
L'argumentation dans la communication, Philippe Breton.
[17]
Démontré par l'anthropologue de la communication Yves
Winkin de l'Université de Liège, Belgique.
[18]
Bien que cette forme de manipulation par la séduction existe
depuis l'antiquité. Une histoire grecque raconte qu'une femme,
ayant assassiné son mari, devant ses juges et au seuil de la
condamnation, ôte sa robe et dit : « Pouvez-vous
condamner une femme si belle ? ». Elle fût acquittée…
[19]
Film de 1993, de Steven Spielberg, qui a remporté sept oscars :
meilleur film, meilleur réalisateur, meilleurs décors,
meilleure photographie, meilleur montage, meilleure musique originale,
meilleure adaptation de scénario.