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Date de publication :
février 2004
Ce guide de
Philippe AMBLARD
est le fruit de recherches menées en relation avec le Centre
de Recherche en Droit Public (Université de Montréal)
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Le portfolio numérique
1- Définition technique et pratique
Le portfolio désigne la collection de travaux dun élève
qui fait foi de sa compétence en gardant des traces pertinentes
de ses réalisations.
Allant plus loin que le simple relevé de notes, le portfolio
est un outil dynamique qui permet de suivre lévolution
de la progression dun élève dans ses apprentissages.
Par son activité scolaire, lélève est lacteur
principal dans lélaboration du portfolio qui secondairement
peut également contenir des commentaires et des réflexions
des enseignants et des parents.
Le caractère numérique du portfolio a lavantage
de faciliter son accessibilité et sa consultation, sa modification
par lajout ou la suppression de fichiers ou sa réorganisation
par linsertion dhyperliens dun document à lautre.
En résumé, tout lintérêt du portfolio
numérique est dêtre à la fois un lieu darchivage
des travaux de létudiant, un lieu de réflexion,
de suivi et dévaluation.
Spécifique à chaque élève, le portfolio
comprend la copie originale ou numérisée de ses devoirs
ou examens (textes, images, séquences sonores ou vidéos)
accompagnés des commentaires de lenseignant, voire des
parents.
Plusieurs options soffrent à létablissement
scolaire quant à laccès au portfolio :
Toutes les informations peuvent être stockées dans une
zone confidentielle dont laccès est limité.
Tout ou partie du portfolio peut au contraire être mis en ligne
pour une consultation publique des travaux en toute transparence.
Le portfolio en tant quoutil de suivi de la progression des élèves
a un intérêt pédagogique certain, mais par nature
étroitement lié à chaque élève, il
leur fait aussi courir des risques.
2- Les points de vigilance
2.1- Les atteintes à la vie privée
La première des atteintes possibles concerne la vie privée
des élèves. La nature du portfolio est de traiter des
données à caractère personnel sur chaque élève
dune classe. Il sy trouve toutes les informations permettant
lidentification de lenfant (son nom et ceux de ses parents,
son adresse et sa situation familiale) accompagnées de sa photo,
mais aussi de ses annotations personnelles sur son travail scolaire,
les commentaires et lévaluation de son enseignant sur sa
production et son comportement et d'autres commentaires le cas échéant.
Le portfolio traite donc des données sensibles qui doivent être
protégées afin de pas nuire à lintimité
des élèves.
Depuis la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 dite « informatique
et libertés », des principes légaux président
à la collecte et au traitement de données personnelles
comme dans le cas du portfolio. La protection de la vie privée
des élèves fichés dépend du respect de cette
déontologie minimale des données.
Le principe majeur dont découle tous les autres est le principe
de finalité. Selon ce principe défini par la Commission
Nationale Informatique et Libertés (CNIL), « tout traitement
dinformations nominatives est créé pour atteindre
un certain but auquel il doit être adapté et donc ne pas
servir à dautres fins ». Autrement dit, de la finalité
dun traitement dépend son seuil de dangerosité pour
les personnes fichées qui légitime lexistence de
garanties adaptées pour prévenir de potentielles atteintes.
Dans notre cas, la finalité pédagogique du portfolio autorise
lencadrement enseignant à légitimement collecter
des données personnelles sur leurs élèves. Ceci
dit, le traitement de données sur les élèves ne
se justifie quà des fins de suivi et dévaluation.
Toute autre finalité rend la collecte illégale, car injustifiable.
De plus, cela nexempt pas, dune part, dinformer les
élèves et leurs parents de leurs droits et, dautre
part de leur permettre dexercer leur droits.
A la lumière du principe de finalité, le dispositif protégeant
les élèves fichés sarticule autour de trois
axes :
- la nature des informations
- le régime de la collecte des données
- les conditions de conservation des données
2.1.1- La nature des informations
Le portfolio ne rentrant pas dans le champ de lexception dintérêt
public (art. 31 alinéa 3 de la loi du 6 janvier 1978), il est
formellement interdit aux enseignants « de mettre ou de conserver
en mémoire informatique, ..., des données nominatives
qui, directement ou indirectement, font apparaître les origines
raciales ou les opinions politiques, philosophiques ou religieuses »
des élèves ou de leurs parents (art. 31 alinéa
1).
Pour les autres données nominatives, létablissement
scolaire doit déclarer son traitement à la Commission
Nationale Informatique et libertés (CNIL) [ www.cnil.fr],
en précisant les données collectées, la finalité
de la collecte et les conditions de stockage des informations.
Précisions :
Le projet français de transposition de la directive européenne
n° 95/46/CE du 24 octobre 1995 relative à la protection des
personnes physiques à légard des données
à caractère personnel et à la libre circulation
de ces données abandonne la distinction entre les traitements
publics et privés, ne retenant que le seul critère de
finalité pour évaluer le seuil de dangerosité nécessitant
soit une simple déclaration (pour les traitements sans risques),
soit une demande davis (pour les traitements plus sensibles).
[art. 4 du projet de loi AN n°3250, adoptée en première
lecture le 30 janvier 2002).
2.1.2- Le régime de la collecte des données
La collecte des données doit respecter un principe général
de loyauté (interprétation a contrario de larticle
25 de la loi du 6 janvier 1978). Cest pourquoi létablissement
scolaire où le portfolio sélabore, en tant que «
responsable du fichier » à la charge dinformer les
enfants, mais surtout leurs parents « du caractère obligatoire
ou facultatif des réponses, des conséquences à
leur égard dun défaut de réponse, des personnes
physiques ou morales destinataires des informations, de lexistence
dun droit daccès et de rectification », voire
dopposition « en cas de cession à des tiers envisagée»
(art. 26 de la loi du 6 janvier 1978).
Les parents doivent être informés de la collecte de données
personnelles sur leurs enfants. Certaines informations doivent obligatoirement
être fournies par les élèves comme leur nom. Par
contre, la profession des parents est facultative, car cette information
nest pas nécessaire à la finalité du portfolio.
Notre conseil est donc de limiter la demande dinformations nominatives
au strict minimum afin de minimiser le risque datteinte à
la vie privée des élèves pouvant conduire à
des poursuites judiciaires.
Les parents, au nom de leurs enfants, doivent aussi connaître
les modalités du droit daccès au traitement automatisé
des données à caractère personnel (art. 34 de la
loi du 6 janvier 1978). Concrètement, les parents doivent pouvoir
obtenir auprès de létablissement scolaire communication
du contenu du portfolio concernant leur enfant. Le cas échéant,
constatant le caractère inexact, incomplet, équivoque,
périmé ou illégal des données contenues
dans le portfolio, les parents peuvent « exiger que les données
soient rectifiées, complétées, clarifiées,
mises à jour ou effacées » (art. 36 de la loi du
6 janvier 1978).
Enfin si lutilisation des données nominatives du portfolio
va au-delà de la finalité initiale de suivi et dévaluation,
les parents sont en droit de sy opposer (art. 26 de la loi du
6 janvier 1978).
2.1.3- Les conditions de conservation des données
La loi exige une durée de conservation des données à
caractère personnel adaptée à la finalité
du traitement. Dans notre cas, cela signifie que les données
nominatives sur lélève peuvent être conservées
par létablissement scolaire tant que cela est nécessaire
à son suivi et à son évaluation. Lorsque lenfant
cesse dêtre dans létablissement, la conservation
des données ne se justifie plus.
Enfin une obligation de sécurité pèse sur le responsable
du traitement des données qui doit prendre toutes les précautions
possibles pour sauvegarder la confidentialité des données
collectées auprès des élèves.
Cela pose indirectement la question de la responsabilité du serveur
qui héberge les portfolios.
Plusieurs situations se présentent :
Létablissement possède le serveur qui héberge
les portfolios et assume lobligation de sécurité.
Laccès aux portfolios se fait par le biais du réseau
local de lécole protégé contre les intrusions
extérieures. Seules les personnes habilitées peuvent accéder
au portfolio (lenseignant, lélève et le cas
échéant le responsable de létablissement
scolaire).
Lhébergement des portfolios est confié à
un tiers (SSII par ex.). Dans ce cas laccès aux portfolios
se fait par le biais dun intranet ou de lInternet. Il revient
à létablissement scolaire de déterminer les
conditions dhébergement des données sur le serveur
extérieur à létablissement afin de garantir
la confidentialité des informations. Dans ce cas, le tiers hébergeur
pourra être poursuivi sil ne respecte pas les modalités
techniques garantissant la sécurité quant aux portfolios.
2.2- Les atteintes aux droits dauteur
Ici encore tout dépend des conditions daccès aux
portfolios. La question du droit dauteur ne se pose pas dans les
mêmes termes selon que les travaux dun élève
sont strictement limités à un nombre restreint de personnes
ou au contraire largement diffusés sur le réseau.
- Dans le premier cas, si laccès au portfolio est protégé
par un mot de passe et sa consultation restreinte à un cercle
de personnes déterminé (lélève, ses
parents et lenseignant par ex.), la communication des travaux
de lélève garde un caractère privé
qui évite toute atteinte au droit dauteur de lélève.
- Dans le second cas, si les travaux de lélève sont
plus largement diffusés, il sagit dune communication
publique. Dans ces conditions, en vertu du droit de représentation
reconnu à lélève en tant quauteur (art.
L122-2 du CPI), ce dernier (ou ses parents) doit autoriser la mise en
ligne de ses travaux scolaires. Cela ne pause généralement
pas de problème particulier dans la mesure ou la diffusion des
portfolios ne conduit à aucune rémunération.
Enfin dans tous les cas, comme lors de la réalisation de page
Web, si lélève intègre dans ses propres réalisations
une partie importante dune uvre tierce protégée
par le droit dauteur (ex : texte pris sur un site Web), il doit
obtenir lautorisation de lauteur.
2.3- Conseils
Les conditions daccès aux portfolios sont la question
centrale pour évaluer les risques courus. Un hébergement
en réseau local fermé a lavantage de limiter les
risques datteintes à la vie privée et aux droits
dauteur, mais na sans doute pas le même intérêt
pédagogique.
La diffusion en ligne permet une meilleure valorisation des potentialités
du portfolio. Il faut pourtant sinterroger sur la nature des documents
à diffuser. Mis à part le nom, les données nominatives
sont à exclure comme les commentaires trop personnels dévaluation
de lélève.
Une diffusion partielle du portfolio est donc recommandée,
se limitant aux travaux illustrant une acquisition dun savoir
utile pour dautres élèves.
3- Les références légales
- Art. 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 (Droit dopposition
au traitement des données).
- Art. 27 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 (Obligation dinformation
des conditions de traitement).
- Art. 34 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 (Droit daccès
à ces données personnelles).
- Art. 36 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978(Droit de rectification
de ces données personnelles).
- Art. L 111.1 du Code de propriété intellectuelle (reconnaissance
du droit dauteur).
- Art. L 121-1 du Code de propriété intellectuelle (prérogatives
morales du droit dauteur).
- Art. L 122-1 du Code de propriété intellectuelle (prérogatives
patrimoniales).
- Art. L 123-2 du Code de propriété intellectuelle (durée
de la protection, domaine public).
- Art. L 335-3 du Code de propriété intellectuelle (Délit
de contrefaçon)
4- Liens utiles
- [www.cnil.fr] Voir lespace junior
qui informe les enfants de leurs droits et des risques liés à
lusage de lInternet et lespace déclaration
qui permet en ligne de déclarer le traitement de données
nominatives sur le site Web.
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