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Date de publication :
février 2004
Ce guide de
Philippe AMBLARD
est le fruit de recherches menées en relation avec le Centre
de Recherche en Droit Public (Université de Montréal)
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Lanalyse préliminaire de lenvironnement
Le guide propose des grilles de questions pour situer les caractéristiques
des intervenants et des activités et déterminer les risques
inhérents aux outils de communication. Cette première fiche
se limite aux caractéristiques des personnes utilisant lInternet
en milieu scolaire et des activités en ligne. La détermination
des risques datteintes aux droits des personnes, aux droits dauteur
ou à lordre public est lobjet de la fiche suivante.
Il sagit de la première étape dévaluation
des risques qui doit conduire les acteurs, à la fin du processus,
à élaborer des règles pour prendre en charge ces
risques identifiés.
1- Profil des utilisateurs de lInternet en milieu scolaire
Les risques liés à lutilisation de lInternet
dans un établissement scolaire changent selon lâge,
le degré de maturité ou la familiarité avec les
outils logiciels des utilisateurs. Les usages de lInternet en
école primaire, au collège ou au lycée conduisent
à des situations de vulnérabilité ou de dérives
diverses, appelant des règles différentes. Cest
pourquoi il est important que des personnes responsables dévaluent
les risques selon les caractéristiques des participants par le
biais des questions suivantes.
Evaluation des risques selon les caractéristiques des utilisateurs.
- A quelle tranche dâge les activités en ligne
sont-elles proposées ? A des enfants âgés de moins
de 6 ans (préscolaire), de 6 ans à 10 ans (primaire),
à des préadolescents de 11 à 14 ans (collège),
à des adolescents de 15 à 17 ans (lycée), voire
à des majeurs ?
- A âge identique, certains utilisateurs sont-ils plus vulnérables
que dautres ? De quelle manière ?
- Existent -ils des obstacles rendant plus difficile la participation
de certains élèves à des activités en
ligne (problèmes de niveau scolaire, de discipline...) ?
- A quel point les utilisateurs connaissent-ils le maniements des
logiciels nécessaires aux activités en ligne ? Totalement
ignorants, au début de lapprentissage, autonomes, expérimentés, ... ?
- A quel point les utilisateurs sont-ils informés des enjeux
et des risques liés aux activités en ligne ? Jamais
informés auparavant ou suivent-ils la préparation en
vue du B2i, ont-ils passé avec succès le B2i, suivent-
ils des cours supplémentaires en complément du B2I ?
- Certains utilisateurs ont-ils déjà utilisé
lInternet chez eux ? Episodiquement ou régulièrement
?
- Dans le cadre des activités en ligne, les utilisateurs se connaissent-ils
tous ?
- Est-ce que les activités en ligne conduiront les utilisateurs
à communiquer au sein dun même groupe ou avec des
personnes étrangères, mineures ou majeures ?
2- Profil des activités en ligne présentes au sein de
létablissement scolaire
Certaines activités en ligne appellent plus de précautions
que dautres. Il existe des situations qui exigent toujours un
encadrement normatif. En revanche, pour dautres, il peut être
possible de sen remettre au libre arbitre des utilisateurs.
Évaluation des risques selon lactivité en ligne
- Quels sont les thèmes abordés lors des activités
en ligne ? Certains sont-ils controversés ou impliquent-ils des
révélations dordre personnel, familial ou intime de
la part des participants ?
- Quelles sont les activités où les participants sont anonymes
?
- Quelles sont les activités où les participants sont identifiés
?
- Les participants ont-ils la possibilité de communiquer en temps
réel ou sont-ils toujours en temps différé ?
- Existe-il une surveillance des activités en ligne ? Par qui
et avec quels moyens ?
- Existe-il une modération des activités en ligne ? Pour
quels types dactivités et par qui ?
- Lactivité en ligne se déroule-t-elle toujours dans
les locaux de létablissement scolaire ou peut-elle être
effectuée à lextérieur (domicile de lélève
par ex.) ?
- Le serveur se trouve-t-il sous lautorité de létablissement
scolaire, si non, auprès dun organisme public ou privé
sous contrat ?
- Lors des activités, les élèves peuvent-ils passer
dun contexte privé à un contexte public et
inversement
?
- Un archivage est-il mis en place ? Pour quel type dactivités
et de documents ?
- Qui accède aux activités en ligne et par quels moyens
(mots de passe, ...) ?
- Certaines activités en ligne impliquent-elles la création
de documents ? Quels types de matériel sont utilisés
(domaine public, protégé par le droit dauteur,
open source, open content) ? Sous quelles formes (photos, vidéos,
sons, textes, extraits) ?
Une fois le profil des participants et des activités en ligne
réalisé, il est possible daffiner lanalyse en
déterminant quels risques fait courir lInternet en milieu
scolaire en matière datteintes aux droits des personnes,
datteintes aux droits dauteur ou datteintes à
lordre public.
3- Les risques datteintes aux droits des personnes
Lutilisation de services de messagerie ou de diffusion dinformations
comporte de nombreux risques pour les personnes. Déjà étudiés
dans les fiches précédentes, il sagit :
- des atteintes à lintimité
- des atteintes au droit à limage
- des atteintes à la réputation
- du non-respect des règles protectrices des données à
caractère personnel
- du harcèlement et des menaces
- de lenvoi de messages non sollicités (spamming ou pourriel).
Questions à se poser pour évaluer les risques pour les
personnes
- Les informations révélées portent-elles sur
une matière habituellement considérée comme relevant
de lintimité ? Si oui, la personne concernée a-t-elle
consenti ?
- La diffusion au public lors dactivités en ligne comporte-t-elle
des images de personnes prises dans des lieux privés ? Si oui,
ont-elles consenti à cette diffusion ?
- Les propos sont-ils une expression légitime de lopinion
que lon a sur la personne ?
- Les faits mentionnés sont-ils vérifiables ?
- Les activités en ligne donnent-elles lieu à la collecte
et au traitement de données à caractère personnel
? Si oui, quelles autorisations ont été obtenues à
légard de ces renseignements ? Quelles sont les conditions
dexercice du droit daccès et de rectification des
personnes concernées ?
- Un même auteur peut-il envoyer une multiplicité de messages
à une même personne ? Si oui, ces messages ont-ils toujours
la même teneur (commentaires relatifs au sexe, à la race,
à la nationalité, à un produit à acheter ?
- Quelle réaction a la personne qui reçoit les messages
? Consent-elle à la réception de ces messages ou souhaite-t-elle
que cela cesse ?
4- Les risques datteintes aux droits dauteur
Lors dactivités déchanges ou de diffusion
en ligne, les élèves peuvent utiliser des uvres sans
lautorisation du titulaire des droits dauteur. Des risques
de violation du droit dauteur existent.
Les autorisations à obtenir
En principe pour diffuser une uvre sur un site ou en pièce
jointe à un message, il faut obtenir lautorisation écrite
de lauteur de luvre (art. L 131-2 du Code de propriété
intellectuelle). Tel est le cas pour les créations délèves
par exemple. Pour des uvres exploitées commercialement, la
situation est souvent différente. Pour que son uvre connaisse
un public, lauteur a souvent cédé par contrat ses
droits patrimoniaux à un éditeur (livres) ou à un
producteur (films ou musiques). Cest donc auprès deux
quil faut obtenir lautorisation dexploitation de luvre,
à la condition que le contrat de cession des droits conclu avec
lauteur ait prévu explicitement la diffusion sur lInternet.
Dans le cas contraire, il faut se retourner vers lauteur ou les
ayants droits (héritiers) si lauteur est décédé.
Dernier cas de figure, lauteur peut avoir confié la gestion
de ses droits patrimoniaux à une société de gestion
collective. Mandatée par lauteur, elle peut autoriser lexploitation
de luvre en milieu scolaire (voir fiche
n° 32 pour les modèles de demande dautorisation).
Les questions à se poser pour évaluer les risques pour
le droit dauteur
- Lors des activités en ligne, est-il envisagé dutiliser
des contenus protégés par le droit dauteur ?
- Si non, luvre est-elle tombée dans le domaine
public ou issue de lOpen source ou de lOpen content ?
- Si oui, connaît-on le ou les auteur(s) ?
- Avons-nous obtenu une cession de droits ou une autorisation de diffusion
de luvre ?
5- Les risques datteinte à lordre public
Il sagit ici de prévenir les risques de violation des règles
dordre public visant à protéger tant la société
que les mineurs en raison de leur vulnérabilité.
Il faut évaluer les possibles dérives dans les contenus
échangés ou diffusés à travers les outils
de communication sur lInternet.
Plusieurs types de propos interdits légalement ne doivent pas
se retrouver dans les activités en ligne en milieu scolaire.
- les contenus à caractère raciste ou antisémite,
cest-à-dire discriminatoire envers certaines personnes
en vertu de leur seule appartenance ethnique ou religieuse ou de leur
couleur de peau. Le respect de la personne humaine, valeur promue
par lécole, condamne totalement le racisme et sa diffusion
sur lInternet.
- Pour assurer un épanouissement sain des mineurs dans la société,
la loi les protège des messages « à caractère
violent ou pornographique ou de nature à porter gravement atteinte
à la dignité humaine » (voir fiche
n° 13). Le milieu scolaire doit donc se prémunir contre
ces dérives lors des activités en ligne, en particulier
sur le Web et les messageries en temps réel (clavardage ou
chat).
- Pour protéger lintégrité physique et
morale des mineurs, la loi condamne sévèrement toute
activité pédophile dadultes incitant les mineurs
à la débauche, en particulier en vue « dorganiser
des réunions comportant des exhibitions ou des relations sexuelles
auxquelles un mineur assiste ou participe » (art. 227-22 du
Code pénal). Le milieu scolaire doit évaluer les situations
où les élèves risquent dêtre confrontés
à des messages ou à des images à caractère
pédophile afin de tout mettre en uvre ensuite pour éradiquer
ce fléau de lInternet scolaire.
- Toujours pour protéger les enfants, la loi condamne l'incitation
à utiliser des matières dangereuses ou nuisibles à
leur santé morale et physique. Elle punit pénalement
les provocations directes auprès des mineurs pour « faire
usage illicite de stupéfiants » (art. 227-18 du Code
pénal) ou pour « consommer de manière habituelle
et excessive des boissons alcooliques » (art. 227-19 du
Code pénal).
Questions à se poser pour évaluer les risques datteinte
aux règles dordre public
- Le contenu que lon souhaite utiliser lors des activités
en ligne outrepasse-t-il les normes de tolérance telles quelles
sont généralement admises dans la société
?
- Quel que soit loutil de communication, les messages reçus
par les élèves les incitent-t-ils ou leur proposent-ils
des activités contraires à la loi ?
- Par le biais des activités en ligne envisagées, les
élèves peuvent-ils être incités à
la toxicomanie ou à lalcoolisme ?
- Les activités en ligne envisagées peuvent-elles conduire
les élèves à accéder à des contenus
incitant à la haine ou à la violence ?
- Est-il envisageable détablir une échelle de la
violence des contenus permettant de fixer un âge minimum requis
pour certains élèves plus matures ? Sur quels critères
(Conseil détat, CSA,...) ?
- Les activités en ligne envisagées peuvent-elles conduire
les élèves à accéder à des contenus
pornographiques ou plus gravement à caractère pédophile
? Quelle ligne de partage doit être établie avec linformation
auprès des adolescents sur leur sexualité (identité
sexuelle, relation à soi et à lautre, sentiments
et plaisir) et les précautions à prendre contre les
maladies sexuellement transmissibles ?
- Quelles sont les situations où un message ou un contenu enfreignent
les règles de la vie scolaire déterminées par le
règlement intérieur ?
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