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apprendre avec les bases textuelles

 Bases de textes et enseignement du français au lycée

COSETTE ET LE CHŒUR D'EURYANTHE 

Danièle Valentin, Direction de la Technologie (SDTICE)

Les affinités de Cosette avec le chant Hugo et les musiciens

 

La Direction de la technologie a mis en place, de 1998 à 2000, une expérimentation de différentes bases textuelles numériques, sur l'internet et sur cédérom. Des exemples d'utilisation de ces bases, développés au cours de cette expérimentation et au-delà, consultables sur le site Educnet, montrent tout l'intérêt d'intégrer des recherches assistées par ordinateur à l'étude d'une œuvre intégrale.

Nous allons aborder ici l'utilisation des bases de textes sous un angle un peu différent. Les nouveaux programmes du collège et du lycée incitent les enseignants à proposer à leurs élèves des lectures aussi nombreuses que possible, notamment celles des œuvres littéraires significatives, et à développer leur capacité de saisir le sens et les caractéristiques d'ensemble des textes. Quel rôle peuvent jouer les bases de textes lors de ces lectures autonomes ?

L'exemple que nous présentons, s'il peut paraître un peu anecdotique, a été choisi en fonction de la variété des questions qu'il suscite et de la rapidité avec laquelle l'interrogation de la base permet d'y répondre. La base consultée d'abord est " Basile " qui permet un aller-retour immédiat entre les résultats de la recherche et le texte.

Au cours de la lecture de la quatrième partie des Misérables : " L'idylle rue Plumet et l'épopée rue Saint-Denis ", dont le titre même annonce qu'elle mêle intrigue sentimentale et histoire, deux notations concernant Weber et l'un de ses opéras Euryanthe surprennent le lecteur par leur précison. Alors qu'il est fréquemment répété que Victor Hugo était insensible à la musique, il cite l'air interprété par Cosette et décrit l'impression que suscite en elle " le sombre et prodigieux chœur de Weber " qu'elle vient de chanter en s'accompagnant au piano (livre V, chapitre 2 : Peurs de Cosette) de la manière suivante :

Le soir, Cosette était seule dans le salon. Pour se désennuyer, elle avait ouvert son piano-orgue et elle s'était mise à chanter, en s'accompagnant, le chœur d'Euryanthe : Chasseurs égarés dans les bois ! qui est peut-être ce qu'il y a de plus beau dans la musique. Quand elle eut fini elle demeura pensive.

Tout à coup, il lui sembla qu'elle entendait marcher dans le jardin. […]

Cosette pensa qu'elle s'était trompée. Elle avait cru entendre ce bruit. C'était une hallucination produite par le sombre et prodigieux chœur de Weber, qui ouvre devant l'esprit des profondeurs effarées, qui tremble au regard comme une forêt vertigineuse, et où l'on entend le craquement des branches mortes sous le pas inquiet des chasseurs entrevus dans le crépuscule.

Cette notation est-elle isolée dans Les Misérables ? Y a-t-il d'autres compositeurs cités ? Quels sont les rapports entre Cosette et la musique ?

I. LES MUSICIENS DES MISÉRABLES

1. Y a--il d'autres allusions à Weber dans Les Misérables ?

La recherche de " Weber "ou" Euryanthe "ou" Freischültz " dans Les Misérables (on a ajouté le titre du plus célèbre opéra de Weber) n'apporte qu'une citation nouvelle, liée aussi à l'idylle amoureuse entre Marius et Cosette, et qui est un rappel de la scène précédente :

Paris — Hetzel (J.) et Cie, Quantin (A.) et Cie — 1881 (1ère éd. 1862) Tome VIII — L'Idylle rue Plumet... / Quatrième partie — Les enchantements... / Livre huitième — Marius redevient réel... / VI — p. 357
- Alors je prierai Dieu et je penserai à toi d'ici là pour que tu réussisses. Je ne te questionne plus, puisque tu ne veux pas. Tu es mon maître. Je passerai ma soirée demain à chanter cette musique d'Euryanthe que tu aimes et que tu es venu entendre un soir derrière mon volet. Mais après-demain tu viendras de bonne heure. Je t'attendrai à la nuit, à neuf heures précises, je t'en préviens. Mon Dieu ! que c'est triste que les jours soient longs ! Tu entends, à neuf heures sonnant je serai dans le jardin.

Le retour au texte permet de situer ce paragraphe dans le déroulement de l'intrigue.

2. D'autres compositeurs sont-ils cités dans Les Misérables ?

Une recherche portant sur une liste de compositeurs :

Allegri, Auber, Bach, Beethoven, Bellini, Berlioz, Chopin, Cimarosa, Donizetti, Gluck, Haendel, Haydn, Liszt, Lulli, Mendelssohn, Meyerbeer, Mozart, Palestrina, Pergolèse, Rossini, Schubert, Schumann, Wagner, Weber

a trois résultats :
- Weber déjà cité,
- Haydn, joué en sourdine pendant le repas de noces de Marius et Cosette, qui illustre l'attachement de M. Gillenormand pour les mœurs du XVIIIe siècle :

Dans l'antichambre trois violons et une flûte jouaient en sourdine des quatuors de Haydn. (Cinquième partie, VI, 2).

- Allegri, compositeur du XVIIe siècle, auteur d'un miserere célèbre parce que le pape en avait interdit la copie sous peine d'excommunication et que Mozart le transcrivit de mémoire après une seule audition. Hugo le cite avec dérision :

Sultan son matou, qui eût pu miauler le miserere d'Allegri à la Chapelle Sixtine, avait rempli son cœur et suffisait à la quantité de passion qui était en elle. (Troisième partie, V, 4)

Un dernier musicien est cité dans Les Misérables : " Paër, auteur de l'Agnese, bonhomme à la face carrée qui avait une verrue sur la joue "…

Weber est donc le seul musicien romantique cité dans le roman et le seul pour une musique qui provoque une réelle émotion chez son interprète : Cosette, et son auditeur caché : Marius.

II. LES AFFINITÉS DE COSETTE AVEC LE CHANT OU LA MUSIQUE

1. Recherche dans la base

Deux recherches peuvent être effectuées successivement sur les cooccurrences de " Cosette " avec une liste de mots évoquant le chant (chant, chanson…), puis avec une liste de mots évoquant la musique (musique, musicien, musical, musicaux) ou des instruments (piano, flûte, harpe, violon). Il est possible de s'aider de l'index alphabétique des mots de l'œuvre (index spécifique), pour déterminer cette liste.

Exemple : index alphabétique spécifique des Misérables (" musique " et ses dérivés)

Le résultat de la recherche est l'ensemble des contextes, découpés au choix de l'utilisateur au niveau de la phrase ou du paragraphe ou en mode concordance (x mots avant et après le mot recherché), contenant à la fois le mot " Cosette " et l'une des formes de la liste " chant " ou " musique ". Un simple clic sur un contexte renvoie à la page correspondante du roman. Ces allers-retours entre contextes et texte permettent de faire les remarques suivantes :

- Le chant exprime, de manière privilégiée, l'amour de la mère pour son enfant. Ainsi Fantine, mourante, se souvient de la chanson qu'elle chantait à Cosette pour l'endormir.

Elle [Fantine] avait l'air de chercher à se rappeler quelque chose. Tout à coup elle se mit à chanter d'une voix faible comme un souffle. […] Cette chanson était une vieille romance de berceuse avec laquelle autrefois elle endormait sa petite Cosette, et qui ne s'était pas offerte à son esprit depuis cinq ans qu'elle n'avait plus son enfant. Elle chantait cela d'une voix si triste et sur un air si doux que c'était à faire pleurer… (Première partie, VII-6)

Inversement, elle est rassurée quand elle entend chanter dans la cour une petite fille qu'elle prend pour Cosette et écoute avec ravissement :

Il y avait un enfant qui jouait dans la cour ; l'enfant de la portière ou d'une ouvrière quelconque. […]. L'enfant, c'était une petite fille, allait, venait, courait pour se réchauffer, riait et chantait à haute voix. Hélas ! à quoi les jeux des enfants ne se mêlent-ils pas ! C'était cette petite fille que Fantine entendait chanter. (Première partie, VIII, 2)

L'amour pour sa fille est la part de lumière qu'a conservée Fantine en dépit des vicissitudes de la vie. Cosette répète le geste de sa mère lorsqu'elle berce la poupée de fortune qu'elle s'est fabriquée avec un sabre. Sa chanson lui permet d'exprimer ce qu'elle ressent face à son absence qu'elle ne peut expliquer que par la mort :

Cosette, sous la table, regardait le feu qui se réverbérait dans son oeil fixe; elle s'était remise à bercer l'espèce de maillot qu'elle avait fait, et, tout en le berçant, elle chantait à voix basse : " Ma mère est morte ! ma mère est morte ! ma mère est morte ! " ((Deuxième partie, III, 8)

Cette chanson n'est atteinte ni par les méchancetés des Thénardier, ni par l'atmosphère de l'auberge :

Les ivrognes chantaient toujours leur chanson, et l'enfant, sous la table, chantait aussi la sienne. (Deuxième partie, III, 8)

- Le chant est associé à l'innocence et au bonheur de l'enfance. Cosette est enlevée assez tôt aux Thénardier pour conserver la grâce de l'enfance (son destin en ce sens est à l'opposé de celui d'Éponine). Dès qu'elle vit avec Jean Valjean, même dans le lieu misérable qu'est la masure Gorbeau, elle accepte " tout de suite et familièrement la joie et le bonheur " :

Dès l'aube, Cosette riait, jasait, chantait. Les enfants ont leur chant du matin comme les oiseaux. […] Par moments elle devenait sérieuse et elle considérait sa petite robe noire. Cosette n'était plus en guenilles, elle était en deuil. Elle sortait de la misère et elle entrait dans la vie. (Deuxième partie, IV, 3)

Le babillage des enfants, leur chant sont souvent comparés à celui des oiseaux. Le surnom de Cosette est " l'alouette ".

Ces notations restent attachées à Cosette adolescente :

Se promener de grand matin, pour qui aime la solitude, équivaut à se promener la nuit, avec la gaîté de la nature de plus. Les rues sont désertes et les oiseaux chantent. Cosette, oiseau elle-même, s'éveillait volontiers de bonne heure. (Quatrième partie, III, 8)

Cosette avait la voix d'une fauvette qui aurait une âme, et quelquefois le soir, dans l'humble logis du blessé, elle chantait des chansons tristes qui réjouissaient Jean Valjean. (Les Misérables, Quatrième partie Livre IV, I)

De même les mots " babiller ", " jaser " sont encore employés pour qualifier le bavardage de Cosette adolescente (sans intention péjorative) :

Ils causaient entre eux d'un air paisible et indifférent. La fille jasait sans cesse, et gaîment. Le vieil homme parlait peu, et, par instants, il attachait sur elle des yeux remplis d'une ineffable paternité. (Troisième partie, VI, 1)

- Cosette chante, aime chanter et ceux qui l'aiment entendent sa voix comme une musique. Marius fait d'elle un portrait composite qui réunit tous les arts :

C'était d'admirables cheveux châtains nuancés de veines dorées, un front qui semblait fait de marbre, des joues qui semblaient faites d'une feuille de rose, un incarnat pâle, une blancheur émue, une bouche exquise d'où le sourire sortait comme une clarté et la parole comme une musique, une tête que Raphaël eût donnée à Marie, posée sur un cou que Jean Goujon eût donné à Vénus. (Troisième partie, VI, 2)

De même, à la fin des Misérables, lorsque Jean Valjean mourant revoit Cosette, il n'entend que la musique de sa voix :

Jean Valjean l'écoutait sans l'entendre. Il entendait la musique de sa voix plutôt que le sens de ses paroles… (Cinquième partie, IX, 5)

Ainsi la recherche effectuée dans la base permet de répondre positivement à la question posée précédemment : le personnage de Cosette a effectivement des affinités particulières avec le chant et la musique chantée.

2. Interprétations

La sélection de citations obtenues induit deux interprétations :

2.1 La valeur rédemptrice du chant

A travers Cosette, Hugo célèbre l'enfance dont le contact est rédempteur (Fantine), régénérateur (Jean Valjean)... La valeur rédemptrice du chant est présente dans d'autres passages des Misérables. Le chant des religieuses entendu par Jean Valjean alors que, poursuivi par Javert, il escalade le mur du couvent du Petit Picpus, lui apporte la paix de l'âme :

Tout à coup, au milieu de ce calme profond, un nouveau bruit s'éleva ; un bruit céleste, divin, ineffable, aussi ravissant que l'autre était horrible. C'était un hymne qui sortait des ténèbres, un éblouissement de prière et d'harmonie dans l'obscur et effrayant silence de la nuit; des voix de femmes, mais des voix composées à la fois de l'accent pur des vierges et de l'accent naïf des enfants, de ces voix qui ne sont pas de la terre et qui ressemblent à celles que les nouveau-nés entendent encore et que les moribonds entendent déjà. Ce chant venait du sombre édifice qui dominait le jardin. Au moment où le vacarme des démons s'éloignait, on eût dit un chœur d'anges qui s'approchait dans l'ombre.
Cosette et Jean Valjean tombèrent à genoux. […]
Pendant que ces voix chantaient, Jean Valjean ne songeait plus à rien. Il ne voyait plus la nuit, il voyait un ciel bleu. Il lui semblait sentir s'ouvrir ces ailes que nous avons tous au dedans de nous. Le chant s'éteignit. Il avait peut-être duré longtemps. Jean Valjean n'aurait pu le dire. Les heures de l'extase ne sont jamais qu'une minute. (Deuxième partie, V, 6)

C'est celui de " l'innocence qui pardonne aux hommes leurs fautes et qui les expie à leur place ".
Un autre chant, celui du gamin Gavroche, le " moineau ", sous la mitraille est aussi celui de l'innocence qui se soulève contre d'autres maux, ceux de l'oppression politique :

Il [Gavroche] se dressa tout droit, debout, les cheveux au vent, les mains sur les hanches, l'œil fixé sur les gardes nationaux qui tiraient, et il chanta :
On est laid à Nanterre
C'est la faute à Voltaire,
Et bête à Palaiseau,
C'est la faute à Rousseau. (Cinquième partie, I, 15)

2.2 La part d'autobiographie dans Les Misérables

- Cosette et Léopoldine
On peut rapprocher certains passages des Misérables de L'art d'être grand-père :

Moi qu'un petit enfant rend tout à fait stupide,
J'en ai deux ; George et Jeanne ; et je prends l'un pour guide
Et l'autre pour lumière […]
Ils jasent. Parlent-ils ? Oui, comme la fleur parle
À la source des bois ; comme leur père Charle
Enfant, parlait jadis à leur tante Dédé…
(VI Georges et Jeanne)

Un article d'Yves Gohin "  Deux raisons d'être appelée Cosette " (texte offert au groupe Hugo et en ligne sur le site), permet de prolonger cette réflexion :

" Il faudrait relire tout Hugo, pour relier son personnage enfantin à tous les enfants de son monde personnel, où elle est l'enfant par excellence ; d'avance Hugo exalte en elle la petite Jeanne de son avenir, idéale résurrection de la Léopoldine de sa jeunesse. […] Ce personnage est l'incarnation de l'enfance perpétuée, le porte-parole de la nature édénique... "

D'autres articles du site Hugo recherchent la part d'autobiographie dans Les Misérables et rapprochent également le personnage de Cosette de la fille trop tôt disparue. On peut comparer par exemple le portrait que Marius fait de Cosette et celui de Léopoldine.

- Weber et Hugo

Une recherche rapide de "Euryanthe" dans la chronologie proposée par le site Hugo permet de savoir que l'opéra de Weber a été représenté à Paris en 1831. Hugo y a-t-il assisté ? Pour répondre à cette question, il est nécessaire de consulter la récente biographie de Jean-Marc Hovasse (Fayard, 2002) ou l'article de Arnaud Laster : Victor Hugo, La musique et les musiciens (Jean Massin (dir.), Œuvres complètes de Victor Hugo, tome V, Club Français du Livre, 1967, p. X) :

En 1824 ou plutôt 1825, Hugo va applaudir " la grande musique de Weber ", première manifestation importante en France du romantisme musical. C'est le Freischütz, le Freischütz avec ses spectres ", avec ce mélange de nature et de fantastique si bien fait pour séduire le poète comme toute la jeune génération des artistes. [...]
En 1831, c'est à une des répétitions d'Euryanthe créé à l'Opéra (Hugo assistait donc à des répéttitons) qu'il rencontre pour la première fois Paganini ; le
merveilleux " violoniste lui fait une impression extraordinaire dont il se souviendra encore vingt ans après : " c'est par lui que la musique m'a été révélée ; jusqu'alors je n'en avais qu'une idée confuse ", confiera-t-il à ses intimes de l'exil : " Le premier son qu'il découpa sur son violon fut inouï. tous les autres violons, violoncelles, altos, flûtes, qui étaient tous de grands talents, restèrent stupéfaits d'admiration, et ayant à peine la force de dire : c'est prodigieux ! Malgré l'enthousiasme général, Paganini, mécontent de lui-même, dit avec son accent italien "ce n'est point cela ". Puis il recommença à faire des miracles tout en répétant longtemps : "ce n'est point cela". Alors je compris la musique que je n'avais fait qu'entrevoir jusqu'alors. " (Propos recueillis par sa fille Adèle et cités par Octave Uzanne : Le poète en exil, p. 26).

III. LES MUSICIENS DANS L'ŒUVRE DE VICTOR HUGO

On présente souvent Hugo comme "insensible à la musique". Arnaud Laster s'est attaché, dans l'étude précédemment citée, à dénoncer la fausseté de ce lieu commun :

Il importe de rétablir la vérité en dégageant les goûts musicaux de Hugo, tels qu'ils se manifestent à travers son œuvre et les témoignages les plus dignes de foi, sans perdre de vue le fait qu'il connaissait beaucoup plus de musique que ne le révèle même une étude attentive de ce qui a été publié jusqu'ici, et avec la certitude que nous n'avons pas fini d'en apprendre sur sa fréquentation de l'Opéra et des concerts, avant l'exil en particulier. N'oublions pas surtout que les compositeurs préférés du poète s'appelaient Beethoven, Gluck et Mozart, auxquels s'ajoutaient à l'occasion Palestrina, Pergolèse ou Weber… (Jean Massin (dir.), Œuvres complètes de Victor Hugo, Club français du Livre, 1967, tome V, p.I-II)

Quels sont les musiciens cités par Victor Hugo dans son œuvre ? Ses choix sont-ils différents de ceux des écrivains contemporains ?

Une telle recherche ne peut être effectuée dans " BASILE " qui, actuellement, ne comprend que des œuvres narratives. Elle a été faite dans la base " FRANTEXT ", sur deux corpus :
- l'ensemble des œuvres enregistrées dans " FRANTEXT " appartenant au théâtre, à la poésie et au roman, comprises entre 1802 et 1885,
- les œuvres littéraires de Hugo (poésie, théâtre, roman) enregistrées dans " FRANTEXT ".

La recherche porte sur une liste de musiciens :

Allegri, Auber, Bach, Beethoven, Bellini, Berlioz, Chopin, Cimarosa, Donizetti, Gluck, Haendel, Haydn, Liszt, Lulli, Mendelssohn, Meyerbeer, Mozart, Palestrina, Pergolèse, Rossini, Schubert, Schumann, Wagner, Weber.

Un tableau permet de comparer les résultats de ces deux recherches (en ne retenant que le nombre d'occurrences du nom de chaque musicien) :

Base "FrANTEXT - de 1802 à 1885
Hugo
Haydn (1732-1809) 123*
1
Rossini (1792-1868) 101
1
Beethoven (1770-1827) 88
13
Mozart (1756-1791) 66
7
Wagner (1813-1883) 30*
0
Meyerbeer (1791-1864) 23
0
Haendel (1685-1759) 21
1
Weber (1786-1826) 18
2
Bach (1685-1750) 18
0
Gluck (1714-1787) 17
5
Pergolèse (1710-1736) 15
1
Liszt (1811-1886) 13
0
Chopin (1810-1849) 12
0
Palestrina (1525-1594) 11
3
Cimarosa (1749-1801) 10
0
Lulli (1632-1687) 9
4
Auber (1782-1871) 8
0
Schubert (1797-1828) 8
2
Schumann (1810-1856) 7
0
Allegri (1582-1652) 6
2
Berlioz (1803-1869) 6
0
Bellini (1801-1835) 4
0
Donizetti (1797-1848) 2
0
Mendelssohn (1809-1847) 1
0

* Deux résultats qui doivent être expliqués : Haydn est cité 102 fois dans Consuelo de George Sand ; Wagner, 16 fois dans Le crépuscule des dieux d'Élémir Bourges.
* La recherche ne prend pas en compte les essais donc William Shakespeare.

Ce type de tableau doit être interprété avec nuance (Lulli est cité souvent par Hugo car il est pour lui l'incarnation du classicisme en musique, etc.). Cependant, il montre le choix que fait Hugo de la musique allemande alors que ses contemporains établissent souvent une comparaison entre musique allemande et italienne.

- On pourrait poursuivre en examinant les contextes pour comparer, par exemple, les différentes façons d'introduire des musiciens, dans une œuvre romanesque :

Les musiciens cités font souvent partie d'énumérations et permettent de révéler le caractère d'un personnage :

Il aimait, lui, le beau idéal en tout; il aimait la poésie de Byron, la peinture de Géricault, la musique de Rossini, les romans de Walter Scott. (Honoré de Balzac, La Rabouilleuse)

ou d'opposer implicitement deux personnages par leurs goûts :

Mme Du Joncquoy n'aimait que Weber, Mme Chantereau tenait pour les italiens. [...] Fauchery, resté seul, se décidait à s' approcher de la cheminée, au moment où Madame Du Joncquoy déclarait qu' elle ne pouvait entendre jouer du Weber sans voir aussitôt des lacs, des forêts, des levers de soleil sur des campagnes trempées de rosée... (Émile Zola, Nana).

Les citations sont parfois peu intégrées à l'intrigue romanesque : c'est le cas de L'Œuvre d'Émile Zola où elles sont réunies dans quelques pages et émanent toutes du même personnage, peintre raté mais amateur passionné de musique :

Il prit sa chope, la reposa sans avoir bu, finit par murmurer, avec un sourire d' extase :
- Haydn, c' est la grâce rhétoricienne, une petite musique chevrotante de vieille aïeule poudrée... Mozart, c' est le génie précurseur, le premier qui ait donné à l'orchestre une voix individuelle... et ils existent surtout ces deux-là, parce qu'ils ont fait Beethoven... ah ! Beethoven, la puissance, la force dans la douleur sereine ! Michel-Ange au tombeau des Médicis ! (Émile Zola, L'Œuvre).

La recherche sur " FRANTEXT " permet d'aborder la forme des références musicales en poésie. L'élève découvre ou redécouvre Les Phares de Baudelaire :

Delacroix, lac de sang hanté des mauvais anges,
Ombragé par un bois de sapins toujours vert,
Où, sous un ciel chagrin, des fanfares étranges
Passent, comme un soupir étouffé de Weber ;

et le poème Fantaisie de Gérard de Nerval :

Il est un air pour qui je donnerais
Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber,
Un air très-vieux, languissant et funèbre,
Qui pour moi seul a des charmes secrets !

SITES COMPLÉMENTAIRES

1. Weber : Vie et œuvre
- Biographie sur le site resmusica , en anglais sur le site composers.net
- Présentation de son œuvre sur le site Ballets Russes du CNDP : Le ballet " Le spectre de la rose " est sur une musique de Weber " Invitation à la valse ".
2. Victor Hugo et la musique
- Propositions pour une illustration musicale de Victor Hugo par Pascal Bergerault, professeur d'Histoire des arts à l'Université de Tours
- France-Musiques : Papier à musique (archives), du 3 au 7 juin 2002
Victor Hugo et ses musiciens : I - Les Orientales, II - Après les Orientales, III - Le théâtre, IV - Du théâtre à l'Opéra, V - Aujourd'hui, le film et la comédie musicale.
- France Culture : Les Chemins de la musique (archives), du 1 au 4 janvier 2002.

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