Bases
de textes et enseignement du français au lycée

COSETTE
ET LE CHŒUR D'EURYANTHE
Danièle
Valentin,
Direction de la Technologie (SDTICE)
La Direction de la technologie a mis
en place, de 1998 à 2000, une expérimentation de différentes
bases textuelles numériques, sur l'internet et sur cédérom.
Des exemples d'utilisation de ces bases, développés au cours
de cette expérimentation et au-delà, consultables sur le
site Educnet, montrent tout l'intérêt d'intégrer des recherches
assistées par ordinateur à l'étude d'une œuvre intégrale.
Nous allons aborder ici l'utilisation
des bases de textes sous un angle un peu différent. Les
nouveaux programmes du collège et du lycée incitent les
enseignants à proposer à leurs élèves des lectures aussi
nombreuses que possible, notamment celles des œuvres littéraires
significatives, et à développer leur capacité de saisir
le sens et les caractéristiques d'ensemble des textes. Quel
rôle peuvent jouer les bases de textes lors de ces lectures
autonomes ?
L'exemple que nous présentons, s'il peut
paraître un peu anecdotique, a été choisi en fonction de
la variété des questions qu'il suscite et de la rapidité
avec laquelle l'interrogation de la base permet d'y répondre.
La base consultée d'abord est " Basile " qui permet
un aller-retour immédiat entre les résultats de la recherche
et le texte.
Au cours de la lecture de la quatrième
partie des Misérables : " L'idylle rue Plumet et
l'épopée rue Saint-Denis ", dont le titre même annonce qu'elle
mêle intrigue sentimentale et histoire, deux notations concernant
Weber et l'un de ses opéras Euryanthe surprennent
le lecteur par leur précison. Alors qu'il
est fréquemment répété que Victor Hugo était insensible
à la musique, il cite l'air interprété par Cosette et décrit
l'impression que suscite en elle " le sombre et prodigieux
chœur de Weber " qu'elle vient de chanter en s'accompagnant
au piano (livre V, chapitre 2 : Peurs de Cosette) de la
manière suivante :
Le soir, Cosette
était seule dans le salon. Pour se désennuyer, elle avait
ouvert son piano-orgue et elle s'était mise à chanter,
en s'accompagnant, le chœur d'Euryanthe
: Chasseurs égarés dans les bois ! qui est peut-être
ce qu'il y a de plus beau dans la musique. Quand elle
eut fini elle demeura pensive.
Tout
à coup, il lui sembla qu'elle entendait marcher dans le
jardin. […]
Cosette
pensa qu'elle s'était trompée. Elle avait cru entendre
ce bruit. C'était une hallucination produite par le sombre
et prodigieux chœur de Weber,
qui ouvre devant l'esprit des profondeurs effarées, qui
tremble au regard comme une forêt vertigineuse, et où
l'on entend le craquement des branches mortes sous le
pas inquiet des chasseurs entrevus dans le crépuscule.
Cette notation est-elle isolée dans Les
Misérables ? Y a-t-il d'autres compositeurs cités ?
Quels sont les rapports entre Cosette et la musique ?
I. LES MUSICIENS DES MISÉRABLES
1. Y a--il d'autres allusions
à Weber dans Les Misérables ?
La recherche de " Weber
"ou" Euryanthe "ou" Freischültz " dans Les Misérables
(on a ajouté le titre du plus célèbre opéra de Weber) n'apporte
qu'une citation nouvelle, liée aussi à l'idylle amoureuse
entre Marius et Cosette, et qui est un rappel de la scène
précédente :
Paris — Hetzel (J.) et Cie, Quantin (A.)
et Cie — 1881 (1ère éd. 1862) Tome VIII — L'Idylle rue
Plumet... / Quatrième partie — Les enchantements... /
Livre huitième — Marius redevient réel... / VI — p. 357
- Alors je prierai Dieu et je penserai
à toi d'ici là pour que tu réussisses. Je ne te questionne
plus, puisque tu ne veux pas. Tu es mon maître. Je passerai
ma soirée demain à chanter cette musique d'Euryanthe
que tu aimes et que tu es venu entendre un soir derrière
mon volet. Mais après-demain tu viendras de bonne heure.
Je t'attendrai à la nuit, à neuf heures précises, je t'en
préviens. Mon Dieu ! que c'est triste que les jours soient
longs ! Tu entends, à neuf heures sonnant je serai dans
le jardin.
Le retour au texte permet de situer ce paragraphe
dans le déroulement de l'intrigue.
2. D'autres compositeurs
sont-ils cités dans Les Misérables ?
Une recherche portant sur une liste de compositeurs
:
Allegri,
Auber, Bach, Beethoven, Bellini, Berlioz, Chopin, Cimarosa,
Donizetti, Gluck, Haendel, Haydn, Liszt, Lulli, Mendelssohn,
Meyerbeer, Mozart, Palestrina, Pergolèse, Rossini,
Schubert, Schumann, Wagner, Weber
a trois résultats :
- Weber déjà cité,
- Haydn, joué en sourdine pendant le repas de noces
de Marius et Cosette, qui illustre l'attachement de M. Gillenormand
pour les murs du XVIIIe siècle :
Dans l'antichambre trois violons et une
flûte jouaient en sourdine des quatuors de Haydn.
(Cinquième partie, VI, 2).
- Allegri, compositeur du XVIIe siècle,
auteur d'un miserere célèbre parce que le
pape en avait interdit la copie sous peine d'excommunication
et que Mozart le transcrivit de mémoire après
une seule audition. Hugo le cite avec dérision :
Sultan son matou, qui eût pu miauler
le miserere d'Allegri à la Chapelle Sixtine, avait
rempli son cur et suffisait à la quantité
de passion qui était en elle. (Troisième
partie, V, 4)
Un dernier musicien est cité dans Les
Misérables : " Paër, auteur de l'Agnese,
bonhomme à la face carrée qui avait une verrue
sur la joue "
Weber est donc le seul musicien romantique
cité dans le roman et le seul pour une musique qui
provoque une réelle émotion chez son interprète
: Cosette, et son auditeur caché : Marius.
II. LES AFFINITÉS DE COSETTE AVEC LE CHANT
OU LA MUSIQUE
1. Recherche dans la base
Deux recherches peuvent être effectuées successivement
sur les cooccurrences de " Cosette " avec une liste de mots
évoquant le chant (chant, chanson…), puis avec une liste
de mots évoquant la musique (musique, musicien, musical,
musicaux) ou des instruments (piano, flûte, harpe, violon).
Il est possible de s'aider de l'index alphabétique des mots
de l'œuvre (index spécifique), pour déterminer cette liste.

Exemple : index alphabétique
spécifique des Misérables (" musique "
et ses dérivés)
Le résultat de la recherche est l'ensemble
des contextes, découpés au choix de l'utilisateur au niveau
de la phrase ou du paragraphe ou en mode concordance (x
mots avant et après le mot recherché), contenant à la fois
le mot " Cosette " et l'une des formes de la liste
" chant " ou " musique ". Un simple clic sur un contexte
renvoie à la page correspondante du roman. Ces allers-retours
entre contextes et texte permettent de faire les remarques
suivantes :
- Le chant exprime, de manière privilégiée,
l'amour de la mère pour son enfant. Ainsi Fantine,
mourante, se souvient de la chanson qu'elle chantait à Cosette
pour l'endormir.
Elle [Fantine] avait l'air de chercher à
se rappeler quelque chose. Tout à coup elle se mit à chanter
d'une voix faible comme un souffle. […] Cette chanson
était une vieille romance de berceuse avec laquelle autrefois
elle endormait sa petite Cosette, et qui ne s'était pas
offerte à son esprit depuis cinq ans qu'elle n'avait plus
son enfant. Elle chantait cela d'une voix si triste et
sur un air si doux que c'était à faire pleurer… (Première
partie, VII-6)
Inversement, elle est rassurée quand elle entend
chanter dans la cour une petite fille qu'elle prend pour
Cosette et écoute avec ravissement :
Il y avait un enfant qui jouait dans la cour ;
l'enfant de la portière ou d'une ouvrière quelconque.
[…]. L'enfant, c'était une petite fille, allait, venait,
courait pour se réchauffer, riait et chantait
à haute voix. Hélas ! à quoi les jeux des enfants
ne se mêlent-ils pas ! C'était cette petite fille que
Fantine entendait chanter.
(Première partie, VIII, 2)
L'amour pour sa fille est la part de lumière
qu'a conservée Fantine en dépit des vicissitudes de la vie.
Cosette répète le geste de sa mère lorsqu'elle
berce la poupée de fortune qu'elle s'est fabriquée
avec un sabre. Sa chanson lui permet d'exprimer ce qu'elle
ressent face à son absence qu'elle ne peut expliquer que
par la mort :
Cosette, sous la table, regardait le feu
qui se réverbérait dans son oeil fixe; elle s'était remise
à bercer l'espèce de maillot qu'elle avait fait, et, tout
en le berçant, elle chantait
à voix basse : " Ma mère est morte ! ma mère est morte
! ma mère est morte ! " ((Deuxième partie, III, 8)
Cette chanson n'est atteinte ni par les méchancetés
des Thénardier, ni par l'atmosphère de l'auberge :
Les ivrognes chantaient toujours leur chanson,
et l'enfant, sous la table, chantait
aussi la sienne. (Deuxième partie, III, 8)
- Le chant est associé à l'innocence et
au bonheur de l'enfance. Cosette est enlevée assez tôt
aux Thénardier pour conserver la grâce de l'enfance (son
destin en ce sens est à l'opposé de celui d'Éponine). Dès
qu'elle vit avec Jean Valjean, même dans le lieu misérable
qu'est la masure Gorbeau, elle accepte " tout de suite et
familièrement la joie et le bonheur " :
Dès l'aube, Cosette riait, jasait, chantait.
Les enfants ont leur chant
du matin comme les oiseaux. […] Par moments elle devenait
sérieuse et elle considérait sa petite robe noire. Cosette
n'était plus en guenilles, elle était en deuil. Elle sortait
de la misère et elle entrait dans la vie. (Deuxième partie,
IV, 3)
Le babillage des enfants, leur chant sont
souvent comparés à celui des oiseaux. Le surnom de Cosette
est " l'alouette ".
Ces notations restent attachées à
Cosette adolescente :
Se promener de
grand matin, pour qui aime la solitude, équivaut à se
promener la nuit, avec la gaîté de la nature de plus.
Les rues sont désertes et les oiseaux chantent.
Cosette, oiseau elle-même, s'éveillait volontiers de bonne
heure. (Quatrième partie, III, 8)
Cosette avait la voix d'une fauvette
qui aurait une âme, et quelquefois le soir, dans l'humble
logis du blessé, elle chantait
des chansons tristes qui réjouissaient Jean Valjean. (Les
Misérables, Quatrième partie Livre IV, I)
De même les mots " babiller ",
" jaser " sont encore employés
pour qualifier le bavardage de Cosette adolescente (sans
intention péjorative) :
Ils causaient entre eux d'un air paisible
et indifférent. La fille jasait
sans cesse, et gaîment. Le vieil homme parlait peu, et,
par instants, il attachait sur elle des yeux remplis d'une
ineffable paternité. (Troisième partie, VI, 1)
- Cosette chante, aime chanter et ceux qui
l'aiment entendent sa voix comme une musique. Marius fait
d'elle un portrait composite qui réunit tous les
arts :
C'était d'admirables cheveux châtains nuancés
de veines dorées, un front qui semblait fait de marbre,
des joues qui semblaient faites d'une feuille de rose,
un incarnat pâle, une blancheur émue, une bouche exquise
d'où le sourire sortait comme une clarté et la parole
comme une musique, une tête
que Raphaël eût donnée à Marie, posée sur un cou que Jean
Goujon eût donné à Vénus. (Troisième partie, VI, 2)
De même, à la fin des Misérables, lorsque
Jean Valjean mourant revoit Cosette, il n'entend que la
musique de sa voix :
Jean Valjean l'écoutait sans l'entendre.
Il entendait la musique de
sa voix plutôt que le sens de ses paroles… (Cinquième
partie, IX, 5)
Ainsi la recherche effectuée dans la
base permet de répondre positivement à la
question posée précédemment : le personnage
de Cosette a effectivement des affinités particulières
avec le chant et la musique chantée.
2. Interprétations
La sélection de citations obtenues induit
deux interprétations :
2.1 La valeur rédemptrice du
chant
A travers Cosette, Hugo célèbre
l'enfance dont le contact est rédempteur (Fantine),
régénérateur (Jean Valjean)... La valeur
rédemptrice du chant est présente dans d'autres
passages des Misérables. Le chant des religieuses
entendu par Jean Valjean alors que, poursuivi par Javert,
il escalade le mur du couvent du Petit Picpus, lui apporte
la paix de l'âme :
Tout à coup, au milieu de ce calme
profond, un nouveau bruit s'éleva ; un bruit céleste,
divin, ineffable, aussi ravissant que l'autre était
horrible. C'était un hymne qui sortait des ténèbres,
un éblouissement de prière et d'harmonie
dans l'obscur et effrayant silence de la nuit; des voix
de femmes, mais des voix composées à la
fois de l'accent pur des vierges et de l'accent naïf
des enfants, de ces voix qui ne sont pas de la terre et
qui ressemblent à celles que les nouveau-nés
entendent encore et que les moribonds entendent déjà.
Ce chant venait du sombre édifice qui dominait
le jardin. Au moment où le vacarme des démons
s'éloignait, on eût dit un chur d'anges
qui s'approchait dans l'ombre.
Cosette et Jean Valjean tombèrent à genoux.
[
]
Pendant que ces voix chantaient, Jean Valjean ne songeait
plus à rien. Il ne voyait plus la nuit, il voyait
un ciel bleu. Il lui semblait sentir s'ouvrir ces ailes
que nous avons tous au dedans de nous. Le chant s'éteignit.
Il avait peut-être duré longtemps. Jean Valjean
n'aurait pu le dire. Les heures de l'extase ne sont jamais
qu'une minute. (Deuxième partie, V, 6)
C'est celui de " l'innocence qui pardonne
aux hommes leurs fautes et qui les expie à leur place ".
Un autre chant, celui du gamin Gavroche, le " moineau
", sous la mitraille est aussi celui de l'innocence
qui se soulève contre d'autres maux, ceux de l'oppression
politique :
Il [Gavroche] se dressa tout droit, debout,
les cheveux au vent, les mains sur les hanches, l'il
fixé sur les gardes nationaux qui tiraient, et
il chanta :
On est laid à Nanterre
C'est la faute à Voltaire,
Et bête à Palaiseau,
C'est la faute à Rousseau. (Cinquième partie,
I, 15)
2.2 La part d'autobiographie
dans Les Misérables
-
Cosette
et Léopoldine
On peut rapprocher certains
passages des Misérables de L'art d'être
grand-père :
Moi qu'un petit enfant rend tout à
fait stupide,
J'en ai deux ; George et Jeanne ; et je prends l'un pour
guide
Et l'autre pour lumière [
]
Ils jasent. Parlent-ils ? Oui, comme la fleur parle
À la source des bois ; comme leur père Charle
Enfant, parlait jadis à leur tante Dédé
(VI Georges et Jeanne)
Un article d'Yves Gohin " Deux
raisons d'être appelée Cosette "
(texte offert au groupe Hugo et en ligne sur le site), permet
de prolonger cette réflexion :
" Il faudrait relire tout Hugo, pour
relier son personnage enfantin à tous les enfants
de son monde personnel, où elle est l'enfant par
excellence ; d'avance Hugo exalte en elle la petite Jeanne
de son avenir, idéale résurrection de la
Léopoldine de sa jeunesse. [
] Ce personnage
est l'incarnation de l'enfance perpétuée,
le porte-parole de la nature édénique... "
D'autres articles du site Hugo recherchent
la part d'autobiographie dans Les Misérables
et rapprochent également le personnage de Cosette
de la fille trop tôt disparue. On peut comparer par
exemple le portrait que Marius fait de Cosette et celui
de Léopoldine.
-
Weber et Hugo
Une recherche rapide de "Euryanthe"
dans la chronologie proposée par le site Hugo permet
de savoir que l'opéra de Weber a été
représenté à Paris en 1831. Hugo y
a-t-il assisté ? Pour répondre à cette
question, il est nécessaire de consulter la récente
biographie de Jean-Marc Hovasse (Fayard, 2002) ou l'article
de Arnaud Laster : Victor Hugo, La musique et les musiciens
(Jean Massin (dir.), Œuvres complètes de Victor
Hugo, tome V, Club Français du Livre, 1967, p. X)
:
En
1824 ou plutôt 1825, Hugo va applaudir " la
grande musique de Weber ", première
manifestation importante en France du romantisme musical.
C'est le Freischütz, " le
Freischütz avec ses spectres ",
avec ce mélange de nature et
de fantastique si bien fait pour séduire le poète
comme toute la jeune génération des artistes.
[...]
En 1831, c'est à une des répétitions
d'Euryanthe créé à l'Opéra
(Hugo assistait donc à des répéttitons)
qu'il rencontre pour la première fois Paganini ;
le " merveilleux " violoniste
lui fait une impression extraordinaire dont il se souviendra
encore vingt ans après : " c'est
par lui que la musique m'a été révélée ;
jusqu'alors je n'en avais qu'une idée confuse ",
confiera-t-il à ses intimes de
l'exil : " Le premier son qu'il
découpa sur son violon fut inouï. tous les
autres violons, violoncelles, altos, flûtes, qui
étaient tous de grands talents, restèrent
stupéfaits d'admiration, et ayant à peine
la force de dire : c'est prodigieux ! Malgré
l'enthousiasme général, Paganini, mécontent
de lui-même, dit avec son accent italien "ce
n'est point cela ". Puis il recommença
à faire des miracles tout en répétant
longtemps : "ce n'est point cela". Alors je
compris la musique que je n'avais fait qu'entrevoir jusqu'alors. "
(Propos recueillis par sa fille Adèle et cités
par Octave Uzanne : Le poète en exil, p. 26).
III. LES MUSICIENS DANS L'ŒUVRE DE VICTOR HUGO
On présente souvent Hugo comme "insensible
à la musique". Arnaud Laster s'est attaché,
dans l'étude précédemment citée,
à dénoncer la fausseté de ce lieu commun
:
Il importe de rétablir la vérité
en dégageant les goûts musicaux de Hugo, tels qu'ils
se manifestent à travers son œuvre et les témoignages
les plus dignes de foi, sans perdre de vue le fait qu'il
connaissait beaucoup plus de musique que ne le révèle
même une étude attentive de ce qui a été publié jusqu'ici,
et avec la certitude que nous n'avons pas fini d'en apprendre
sur sa fréquentation de l'Opéra et des concerts, avant
l'exil en particulier. N'oublions pas surtout que les
compositeurs préférés du poète s'appelaient Beethoven,
Gluck et Mozart, auxquels s'ajoutaient à l'occasion Palestrina,
Pergolèse ou Weber… (Jean Massin (dir.), Œuvres complètes
de Victor Hugo, Club français du Livre, 1967, tome V,
p.I-II)
Quels sont les musiciens cités par Victor Hugo dans
son uvre ? Ses choix sont-ils différents
de ceux des écrivains contemporains ?
Une telle recherche ne peut être effectuée
dans " BASILE " qui, actuellement, ne
comprend que des uvres narratives. Elle a été
faite dans la base " FRANTEXT ", sur
deux corpus :
- l'ensemble des uvres enregistrées dans " FRANTEXT "
appartenant au théâtre, à la poésie
et au roman, comprises entre 1802 et 1885,
- les uvres littéraires de Hugo (poésie,
théâtre, roman) enregistrées dans " FRANTEXT ".
La recherche porte sur une liste de musiciens :
Allegri,
Auber, Bach, Beethoven, Bellini, Berlioz, Chopin, Cimarosa,
Donizetti, Gluck, Haendel, Haydn, Liszt, Lulli, Mendelssohn,
Meyerbeer, Mozart, Palestrina, Pergolèse, Rossini,
Schubert, Schumann, Wagner, Weber.
Un tableau permet de comparer les résultats de
ces deux recherches (en ne retenant que le nombre d'occurrences
du nom de chaque musicien) :
|
Base "FrANTEXT - de
1802 à 1885
|
Hugo
|
| Haydn
(1732-1809) |
123* |
1
|
| Rossini
(1792-1868) |
101 |
1
|
| Beethoven
(1770-1827) |
88 |
13
|
| Mozart (1756-1791) |
66 |
7
|
| Wagner
(1813-1883) |
30* |
0
|
| Meyerbeer (1791-1864) |
23 |
0
|
| Haendel (1685-1759) |
21 |
1
|
| Weber
(1786-1826) |
18 |
2
|
| Bach (1685-1750) |
18 |
0
|
| Gluck (1714-1787) |
17 |
5
|
| Pergolèse (1710-1736)
|
15 |
1
|
| Liszt
(1811-1886) |
13 |
0
|
| Chopin
(1810-1849) |
12 |
0
|
| Palestrina (1525-1594)
|
11 |
3
|
| Cimarosa (1749-1801) |
10 |
0
|
| Lulli (1632-1687) |
9 |
4
|
| Auber
(1782-1871) |
8 |
0
|
| Schubert
(1797-1828) |
8 |
2
|
| Schumann
(1810-1856) |
7 |
0
|
| Allegri (1582-1652) |
6 |
2
|
| Berlioz
(1803-1869) |
6 |
0
|
| Bellini
(1801-1835) |
4 |
0
|
| Donizetti
(1797-1848) |
2 |
0
|
| Mendelssohn
(1809-1847) |
1 |
0
|
* Deux résultats qui doivent être expliqués
: Haydn est cité 102 fois dans Consuelo
de George Sand ; Wagner, 16 fois dans Le crépuscule
des dieux d'Élémir Bourges.
* La recherche ne prend pas en compte les essais donc
William Shakespeare.
Ce type de tableau doit être interprété
avec nuance (Lulli est cité souvent par Hugo car
il est pour lui l'incarnation du classicisme en musique,
etc.). Cependant, il montre le choix que fait Hugo de la
musique allemande alors que ses contemporains établissent
souvent une comparaison entre musique allemande et italienne.
- On pourrait poursuivre en examinant les contextes pour
comparer, par exemple, les différentes façons
d'introduire des musiciens, dans une uvre romanesque
:
Les musiciens cités font souvent partie d'énumérations
et permettent de révéler le caractère
d'un personnage :
Il aimait, lui, le beau idéal en tout; il
aimait la poésie de Byron, la peinture de Géricault, la
musique de Rossini, les romans de Walter Scott. (Honoré
de Balzac, La Rabouilleuse)
ou d'opposer implicitement deux personnages par leurs goûts
:
Mme Du Joncquoy n'aimait que Weber, Mme Chantereau
tenait pour les italiens. [...] Fauchery, resté seul,
se décidait à s' approcher de la cheminée, au moment où
Madame Du Joncquoy déclarait qu' elle ne pouvait entendre
jouer du Weber sans voir aussitôt des lacs, des forêts,
des levers de soleil sur des campagnes trempées de rosée...
(Émile Zola, Nana).
Les citations sont parfois peu intégrées
à l'intrigue romanesque : c'est le cas de L'Œuvre
d'Émile Zola où elles sont réunies
dans quelques pages et émanent toutes du même
personnage, peintre raté mais amateur passionné
de musique :
Il prit sa chope, la reposa sans avoir bu,
finit par murmurer, avec un sourire d' extase :
- Haydn, c' est la grâce rhétoricienne, une petite musique
chevrotante de vieille aïeule poudrée... Mozart, c' est
le génie précurseur, le premier qui ait donné à l'orchestre
une voix individuelle... et ils existent surtout ces deux-là,
parce qu'ils ont fait Beethoven... ah ! Beethoven, la
puissance, la force dans la douleur sereine ! Michel-Ange
au tombeau des Médicis ! (Émile Zola, L'Œuvre).
- La recherche sur
" FRANTEXT " permet d'aborder la forme des références
musicales en poésie. L'élève découvre
ou redécouvre Les Phares de Baudelaire :
Delacroix, lac de sang hanté des
mauvais anges,
Ombragé par un bois de sapins toujours vert,
Où, sous un ciel chagrin, des fanfares étranges
Passent, comme un soupir étouffé de Weber
;
et le poème Fantaisie de Gérard
de Nerval :
Il est un air pour qui
je donnerais
Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber,
Un air très-vieux, languissant et funèbre,
Qui pour moi seul a des charmes secrets !
SITES COMPLÉMENTAIRES
1. Weber : Vie et uvre
- Biographie sur le site resmusica
, en anglais sur le site composers.net
- Présentation de son uvre sur le site Ballets
Russes du CNDP : Le ballet " Le spectre de la rose
" est sur une musique de Weber " Invitation à
la valse ".
2. Victor Hugo et la musique
- Propositions
pour une illustration musicale de Victor Hugo par Pascal
Bergerault, professeur d'Histoire des arts à l'Université
de Tours
- France-Musiques : Papier
à musique (archives), du 3 au 7 juin 2002
Victor Hugo et ses musiciens : I - Les Orientales, II -
Après les Orientales, III - Le théâtre,
IV - Du théâtre à l'Opéra, V
- Aujourd'hui, le film et la comédie musicale.
- France Culture : Les
Chemins de la musique (archives), du 1 au 4 janvier
2002.
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