Bases
de textes et enseignement du français au lycée

L'UTILISATION
DES BASES DE DONNÉES POUR L'ÉTUDE DE VICTOR
HUGO
ET DE SON COMBAT CONTRE LA PEINE DE MORT
Danielle
Girard, Professeur associé au site
Victor Hugo de l'Éducation nationale
Le bicentenaire de Victor Hugo a donné lieu à de nombreuses
manifestations et a suscité la mise en ligne d'œuvres numérisées,
de moteurs de recherche dans les bases textuelles, de dossiers
pédagogiques, etc.
Il était donc tentant d'exploiter ces nouvelles ressources
dans le cadre des programmes d'étude littéraire au lycée.
Les exercices que nous proposons sont destinés à la classe
de seconde. Il s'agit d'élaborer une séquence sur l'argumentation
dont le thème est : le combat de Victor Hugo contre la peine
de mort.
Au départ, les élèves ne connaissent rien encore au sujet.
Concrètement, on souhaite qu'ils interrogent les bases de
données pour trouver :
1. - des notions précises sur le problème de la peine capitale
au XIXe siècle et sur l'action personnelle de Hugo dans
la lutte pour son abolition,
2. - les répercussions dans son œuvre,
3. - des textes pouvant constituer une petite anthologie
de citations sur le thème,
4. - des éléments de réponse à la question : pourquoi Victor
Hugo a-t-il été dès son enfance si concerné par la peine
capitale ?
Nous explorerons les bases de données suivantes :
-
La chronologie informatisée
et les communications mises en lignes par les chercheurs
du Groupe Hugo de l'université de Jussieu,
-
La base Hugo de l'Atilf
(Analyse et Traitement Informatique de la Langue Française),
-
La base textuelle de la
BNF (Bibliothèque Nationale de France, site Gallica),
-
La base textuelle de l'ABU
(Association des Bibliophiles Universels),
-
La BNE (Bibliothèque Nationale
Espagnole)
L'objectif est que les élèves
se familiarisent avec les grandes bases de données et sachent
poursuivre leurs recherches seuls, sur d'autres combats de
Hugo (l'éducation, la prison, la misère, l'esclavage par exemple)
ou sur tout autre auteur.
La peine capitale au XIXe
siècle et l'action personnelle de Hugo dans la lutte pour
son abolition
La base utilisée ici est la chronologie
informatisée présente sur le site du Groupe Hugo, à
l'université Paris VII . Elle comprend les 16 558 fiches
correspondant aux volumes de l'édition des Œuvres complètes
de V. Hugo procurée par J. Massin au Club Français du Livre,
et développant un fichier manuel établi par Jacques Seebacher.
Ces fiches ont été partiellement corrigées
et augmentées d'un millier d'informations nouvelles.
Quels mots chercher ?
-
Tous ceux qui évoquent les
différentes formes de l'exécution capitale, selon les
pays ou les institutions (armée, justice).
-
On réfléchit sur les troncatures
possibles et on se répartit les recherches sur les mots
suivants : peine de mort - condamnation à mort - exécution
- grâce - abolition pend* - échafaud* - guillotin* - gibet*
- décapit*
Premières constatations
Il faut affiner la recherche :
- Grâce génère beaucoup de bruits, à cause de grâce
à…, Val-de-Grâce, etc. On peut les éviter en cherchant
la grâce.
- Condamnation à mort exclut condamné/e/s à mort.
Il vaut mieux chercher simplement à mort, ce qui va
regrouper toutes les occurrences dans un même tableau de résultats.
- En revanche, pour exécution, aucune troncature ne
peut nous débarrasser des multiples références à la première
exécution de telle ou telle œuvre musicale.
Des expressions en apparence semblables
donnent des résultats très différents.
Ainsi peine de mort renvoie à la question générale
des exécutions capitales, tandis que condamnation à mort
donne le nom des hommes exécutés, qui par ailleurs sont aujourd'hui
totalement inconnus.
Deuxième lecture
On fait la liste de tous les éléments qu'on a
pu glaner à la première lecture et chaque groupe est invité
à relire les résultats de ses recherches en se posant des
questions suivantes :
- Y a-t-il eu beaucoup d'exécutions capitales
au XIXe siècle ?
- Pour quel motif peut-on être condamné
?
- Quels régimes, quels hommes sont favorables
à l'abolition ?
- Quand on examine les dates, voit-on
une progression régulière vers l'abolition ? ou des retours
à la répression ?
- Quels sont les pays concernés : s'agit-il
d'un problème français ? européen ? mondial ?
- Hugo a-t-il pris part de manière significative
à l'abolition de la peine de mort ?
- À quel moment de sa vie ?
Problèmes de compréhension
et d'interprétation
Que faire de tous les noms qu'on ne connaît
pas ?
Il n'est pas nécessaire de connaître l'identité des condamnés
pour décider de la fréquence des exécutions capitales. On
peut donc les ignorer. S'ils paraissent incontournables
pour comprendre un fait important il suffit, dans la plupart
des cas, d'interroger à nouveau la chronologie Hugo pour
avoir l'historique des faits qui ont amenés la condamnation.
Il ne faut pas se laisser abuser par les nombreuses
références à l'abolition : si l'on en parle, c'est précisément
parce qu'elles sont un événement au milieu de la répression
générale. La plupart des tentatives d'ailleurs n'aboutiront
pas.
Résultats de la recherche
Il est évident que Victor Hugo a œuvré toute
sa vie et de toutes les manières possibles pour l'abolition
de la peine de mort. Il a prononcé des discours à l'assemblée
législative, à l'assemblée nationale, devant les tribunaux.
Pendant son exil, il n'a cessé d'écrire dans de nombreux pays
d'Amérique et d'Europe pour obtenir la grâce des condamnés,
pour fournir des arguments aux comités abolitionnistes. Après
la Commune, il est intervenu pour obtenir la grâce des insurgés.
Date Fait 29. 11. 1862 Seconde lettre de V. H.
à Bost sur Genève et la peine de mort (Actes et Paroles 2).
26. 2. 1863 Lettre de V. H. au président du meeting de Liège
pour la suppression de la peine de mort 10. 3. 1863 Lettre
de V. H. au rédacteur en chef de la Gazette de Mons pour la
suppression de la peine de mort. 1. 2. 1865 Les membres milanais
du Comité central italien pour l'abolition de la peine de
mort demandent à V. H. un message. 4. 2. 1865 Lettre aux membres
du Comité central italien pour l'abolition de la peine de
mort (Actes et Paroles 2). 20. 6. 1867 Lisbonne : la peine
de mort est abolie au Portugal 27. 6. 1867 Pedro de Brito
Aranha écrit à V. H. pour lui annoncer la suppression de la
peine de mort au Portugal et le remercier de la part que ses
écrits ont prise dans cette décision.
|
Date
|
Fait
|
| 29.
11. 1862
|
Seconde
lettre de V. H. à Bost sur Genève et la peine de
mort (Actes et Paroles 2) |
| 26. 02. 1863
|
Lettre
de V. H. au président du meeting de Liège pour la
suppression de la peine de mort. |
| 10. 03. 1863 |
Lettre
de V. H. au rédacteur en chef de la Gazette de Mons
pour la suppression de la peine de mort. |
| 01. 02. 1865
|
Les
membres milanais du Comité central italien pour l'abolition
de la peine de mort demandent à V. H. un message. |
| 04. 02. 1865 |
Lettre
aux membres du Comité central italien pour l'abolition
de la peine de mort (Actes et Paroles 2). |
| 20. 06. 1867 |
Lisbonne
: la peine de mort est abolie au Portugal |
| 27. 06. 1867 |
Pedro de Brito Aranha
écrit à V. H. pour lui annoncer la suppression de
la peine de mort au Portugal et le remercier de la part
que ses écrits ont prise dans cette décision. |
Extrait de la chronologie informatisée
de Hugo
L'apport de la chronologie
informatisée de Hugo
La base est très facile à consulter.
Elle donne des résultats précis, nombreux, simples à interpréter.
L'accès au site de Jussieu est rapide, ce qui n'est pas
négligeable quand il s'agit d'une exploration menée pendant
les heures de cours.
On peut l'utiliser pour regrouper
tous les éléments qui entourent la création d'une œuvre
littéraire : ses sources, les étapes de l'écriture, les
éditions, les critiques. Voici l'exemple de Claude Gueux
:
|
Date
|
Claude Gueux
|
| 18.
05. 1804
|
Bonaparte
est proclamé empereur des Français sous le nom de Napoléon
Ier. Naissance de Claude Gueux. |
| 30. 11 1829 |
Claude
Gueux est condamné à huit ans de réclusion pour vol (quatrième
condamnation) ; il purgera sa peine à Clairvaux où il
a déjà été prisonnier cinq ans de 1823 à 1828. |
| 05. 05. 1831 |
Dixième anniversaire
de la mort de Napoléon ; manifestation bonapartiste place
Vendôme ; Mouton-Lobau fait disperser les manifestants
avec des pompes à incendie (à rapprocher du passage de
Claude Gueux contre Mouton ?). |
| 07. 11. 1831 |
(date
fausse dans Claude Gueux !) A Clairvaux, Claude Gueux
tue à coups de hache le gardien-chef Delacelle. |
| 16. 03. 1832 |
Claude Gueux
comparaît devant la cour d'assises de Troyes ; il est
condamné à mort. |
| 19. 03. 1832 |
Article sur
l'affaire Claude Gueux dans la Gazette des tribunaux. |
| 01. 06. 1832 |
Claude Gueux est guillotiné
à Troyes (date fausse du 8 juin dans Claude Gueux !). |
| sept. 1832 |
Rédaction
d'une première version de Claude Gueux, qui fournira l'essentiel
de la conclusion du livre en 1834. |
| 20. 06. 1834 |
V. H. commence à écrire Claude
Gueux. |
| 23. 06. 1834 |
V. H. achève
Claude Gueux. |
| 06. 07 1834 |
La Revue de Paris publie Claude
Gueux. |
| 30. 07. 1834 |
Le négociant
Carlier écrit à la Revue de Paris et demande qu'on envoie
à ses frais des tirés à part de Claude Gueux à tous les
députés. |
| 06. 09. 1834 |
Publication de Claude
Gueux en plaquette. |
On a vu qu'elle pouvait renseigner sur les noms
propres, les "affaires", les événements du XIXe siècle. Le
formulaire d'interrogation propose par ailleurs un dictionnaire
qui permet de trouver les références précises de tous les
titres de Victor Hugo.

Écran d'interrogation de la chronologie
informatisée
Une petite suggestion toutefois : modifier la
formule d'interrogation "Mot ou nom (ou partie de mot ou
de nom) recherché" puisqu'on peut chercher une expression
entière.
Bien heureusement, les élèves n'ont pas pour
habitude de suivre rigoureusement les consignes… et trouvent
d'eux-mêmes une utilisation plus extensive du questionnaire.
Le thème de la peine
de mort dans l'uvre de Victor Hugo
Certains auteurs séparent nettement leur action
politique et citoyenne de leur création littéraire. Qu'en
est-il de Hugo ? Trouve-t-on dans son œuvre des échos des
combats qu'il a menés ?
Pour le savoir, on utilisera la base
Hugo de l'Atilf (Analyse et traitement informatique de
la langue française - CNRS - Université de Nancy 2).
Il s'agit d'une instance de la base textuelle FRANTEXT réduite
à un sous-ensemble de trente textes, en accès libre pendant
l'année du bicentenaire.
On va chercher les occurrences des mots concernant
la peine capitale - les mêmes que dans la recherche précédente
- pour voir dans quelles œuvres le sujet est évoqué, et, si
possible, pour rapporter de cette exploration des textes courts
mais significatifs qui constitueront une courte anthologie.
Définir le corpus de travail
L'écran propose une sélection par date, par titre,
par genre.
Rappelons que les élèves abordent pour la première fois une
étude transversale de l'œuvre de Hugo : ils ne connaissent
encore ni titres, ni dates. La sélection par genre s'impose
donc ; elle permet en outre de répartir le travail, et d'apprendre
du même coup ce qui est poésie, ce qui est théâtre, etc.
Nous sommes invités à cocher une ou plusieurs
cases parmi les genres suivants :
- correspondance
- éloquence
- mémoires
- pamphlet
- poésie
|
- récit de voyage
- roman
- théâtre
- traité
- essai
|
Première surprise : les rubriques éloquence,
mémoires, pamphlet, récit de voyage,
traité ou essai, affichent invariablement le message
: "nombre de textes sélectionnés : 0".
C'est un réel problème car on ne peut savoir si l'absence
de réponse est due aux choix de textes dans la base ou au
fait que Hugo n'a abordé aucun de ces six genres. Pour la
question de la peine de mort, c'est particulièrement fâcheux,
car on est privé par exemple de tous les discours, de tous
les textes qui ont été publiés dans Actes et paroles
ou dans Choses vues.
Peut-être aurait-il fallu changer l'écran d'interrogation,
qui est celui de FRANTEXT, en enlevant les cases qui donnent
une réponse erronée et en mentionnant clairement, sur cette
page, les œuvres manquantes.
Voici les textes proposés dans la base
Hugo.
- Textes sous droits :
Poésie : Les Feuilles d'automne, Châtiments,
Les Rayons et les ombres, Chanson des rues et
des bois, L'Année terrible, L'Art d'être grand-père,
La Fin de Satan
Roman : Le Dernier jour d'un condamné, Notre-Dame
de Paris, Claude Gueux, Les Misérables,
Quatrevingt-treize,
Critique : William Shakespeare
- Textes du domaine public :
Correspondance : Lettres à la fiancée - Trois tomes
de correspondance - Le Rhin
Poésie : Les Contemplations, La Légende des siècles,
Les Quatre vents de l'esprit
Théâtre : Hernani, Marie Tudor, Lucrèce
Borgia, Ruy Blas
Roman : Les Travailleurs de la mer
La lecture des résultats
Deuxième surprise : le problème des droits limite
considérablement les contextes. Voici, reproduit fidèlement
et dans sa totalité, le premier résultat de la recherche d'occurrence
du mot échafaud en poésie :
Résultat 1 (Texte sous droits)
M753/ HUGO Victor / LES RAYONS ET LES OMBRES / 1840
page 1041 / 4 REGARD JETé DANS UNE MANSARDE
Table d' un long festin qu' un échafaud termine !
On y trouve l'auteur, le nom et la date de l'œuvre.
Pour la poésie, les références sont assez précises puisqu'elles
donnent le titre du poème. Il n'en est pas de même pour le
roman :
Résultat 38 (Texte sous droits)
M788/ HUGO Victor / LES MISERABLES / 1862
page 643 / 2E PARTIE COSETTE T 1
D' autres blasphèment jusqu' à rapprocher l' échafaud
de
*Louis *Xvi de la croix de *Jésus-*Christ.
Les extraits sont peu lisibles, parfois même
rebutants à cause des coupes et des codes de FRANTEXT ; les
numéros de page ne renvoient pas à une édition papier où l'on
pourrait se reporter. Dans les textes sous droits, les citations
sont trop brèves pour avoir du sens, même quand elles sont
développées par le zoom :
Résultat 38
M788/ HUGO Victor / LES MISERABLES / 1862
saint *Bernard et le *Bernard dit des pauvres
catholiques, certain bon ecclésiastique qui
vivait dans le treizième siècle. D' autres
blasphèment jusqu' à rapprocher l' échafaud de
*Louis *Xvi de la croix de *Jésus-*Christ. *Louis
*Xvi n' était qu' un roi. Prenons donc garde à *Dieu !
Il n' y a plus ni juste ni injuste. On sait le nom
de *Voltaire et l' on
L'apport de la base Hugo de l'Atilf
Si l'on se contente d'une réponse générale, l'apport
de l'Atilf est décisif :
- Oui, Hugo a évoqué la peine de mort dans l'ensemble
de son œuvre, que ce soit dans sa correspondance, son théâtre,
sa poésie ou dans ses romans.
- C'est le seul outil dont on dispose pour faire une recherche
transversale et pour initier les élèves à FRANTEXT.
- C'est un outil précieux et il serait bien dommage qu'il
disparaisse à la fin de l'année Hugo.
Mais l'intervention du professeur est nécessaire
pour corriger et compléter les résultats. Comment savoir sinon
que le premier roman de Hugo, Bug-Jargal (1820) se
termine par le mot guillotine, que Han d'Islande
(1823) évoque déjà les exécutions capitales ? Comment surtout
connaître les textes dans lesquels inlassablement Hugo milite
pour leur abolition ? Comment donc connaître ses arguments
?
Composer une petite anthologie
de citations sur la peine de mort
Le but est que les élèves rapportent quelque
chose de leurs explorations. Cela suppose des connaissances
techniques simples et surtout un exercice intellectuel : il
faut lire les extraits, sélectionner et copier les passages
où l'on voit clairement ce que Hugo pense de la peine de mort
ou ce qu'il fait pour son abolition.
Trois bases proposent certains textes libres
de droits :
- L'Atilf et le site Gallica de la BNF donnent les mêmes
textes, issus de la base FRANTEXT.
- L'ABU offre un accès libre à 288 œuvres de 101 auteurs du
domaine public francophone. Les copies à des fins privées,
à des fins d'illustration de l'enseignement ou de recherche
scientifique sont autorisées. Le format HTML permet une exploration
très simple du texte intégral de seize œuvres de Hugo.
On utilise la fonction "Rechercher dans cette page"
dans le menu Édition, puis un simple Copier-Coller
pour sélectionner et isoler les extraits significatifs.
Le problème des textes en mode image
La BNF propose l'édition en ligne des Œuvres
complètes publiées en 1985, sous la direction de Jacques Seebacher
et de Guy Rosa, par le Groupe Hugo, par ailleurs rééditée
dans la collection "Bouquins" aux éditions Robert Laffont.
C'est une initiative qu'il faut saluer.
Malheureusement, pour l'instant, la plupart des textes sur
la peine de mort sont en mode image. Il en est ainsi de Claude
Gueux, Le dernier jour d'un condamné, Actes
et Paroles. Certains, comme Choses vues, ne figurent
pas au catalogue des œuvres en ligne. Ils s'affichent page
par page, comme si on feuilletait le livre. On ne peut pas
interroger le texte dans sa totalité avec la fonction "Rechercher
dans cette page". Quand on sait où se situe le passage
dans l'œuvre, on peut explorer la table des matières en espérant
qu'elle sera suffisamment explicite.
Ainsi Actes et Paroles donne le titre de chaque lettre,
de chaque discours de Hugo. Certains sont évidents : Pour
Charles Hugo : La peine de mort. Pour les autres, il faut
avoir fait tout le travail préparatoire avec la Chronologie
Hugo pour penser à lire l'affaire Tapner ou John
Brown. Il ne reste plus ensuite qu'à copier les passages
significatifs… manuellement.
Le dossier pédagogique Hugo
et la peine de mort
proposé par la BNF n'a pas résolu ce problème : quand
on clique sur le lien "Consultation sur Gallica" on arrive
au début de l'œuvre et non à la page d'où est extraite la
citation. Que faire ensuite quand l'œuvre comprend 300 pages
?
Bilan de l'exercice
Pour diverses raisons - les éditeurs qui limitent
à l'extrême les citations des textes sous droits, les moteurs
de recherche portant sur des bases incomplètes, la mise en
ligne des œuvres en mode image - il est impossible pour le
moment de composer un dossier groupant les passages les plus
significatifs et donc de travailler sur l'argumentation de
Hugo. C'est pourquoi nous nous sommes tournés vers une recherche
plus simple.
Pourquoi Victor Hugo a-t-il
été dès son enfance si concerné par la peine capitale ?
Il est nécessaire de consulter une biographie.
Le moteur de recherche Google
(recherche : biographie "Victor Hugo"), dans sa
première page de résultats, propose dans l'ordre :
- une courte biographie sur le site académique de Strasbourg,
qui ne consacre que dix lignes à la jeunesse de Hugo,
- un survol rapide avec quelques dates sur le site alalettre
- une biographie de cent pages (format .doc), rigoureuse et
facilement compréhensible par des élèves du secondaire : Victor
Hugo, l'éclat d'un siècle, par Annette Rosa, du groupe
Hugo. C'est celle que nous choisissons.
La consigne donnée aux élèves est de lire le
premier chapitre : Le père ou le parrain (1802-1812)
en cherchant si Hugo a été témoin d'exécutions capitales,
de mutilations en public ou s'il y a eu dans son entourage
des personnes condamnées à mort.
On peut y lire par exemple :
1. " Ô guerres, épopées…"
Voyage sinistre, froid, rayé de pluie dont Victor qui a
cinq ans gardera des souvenirs rares mais profondément inscrits
dans sa mémoire : l'alliance du cocasse et du grand - on
mange de l'aigle -, la découverte que le même signe, inconnu,
de la croix dessine le gibet et la superstition.
Annette Rosa : Victor Hugo, l'éclat d'un siècle p. 6
2. Voyage en Espagne : 1811
Victor regarde et enregistre : images traumatisantes de
violence. C'est la " terrible apparition " d'un corps dépecé
et crucifié par morceaux aux quatre extrémités d'une immense
croix, à l'entrée de Vitoria - œuvre sinistre des Français.
ibidem p. 8
3. " … je me vautrais à même les bibliothèques
".
Pendant que Victor jouait et lisait, Lahorie, pour avoir
imprudemment participé à une conspiration contre l'Empereur,
était condamné et fusillé, en octobre 1812. […] De cette
période particulièrement violente, il a vécu, subi ou observé
toutes les violences : violence exaltée et victorieuse des
conquêtes et des voyages, violence injuste et horrible des
supplices - l'exécution de Lahorie lue sur le visage de
sa mère -, violence et souffrance surtout des conflits familiaux
et des séparations.
ibidem p. 9
Chacun de ces exemples est assorti d'une note
renvoyant à Victor Hugo raconté par Adèle Hugo. Un
ouvrage voisin (le même mais corrigé et surtout censuré par
les rewriteurs de Guernesey, Charles Hugo et Auguste Vacquerie
et publié en 1863) se trouve sur le site Gallica de la BNF
dans les Œuvres diverses sous le nom de Victor Hugo raconté
par un témoin de sa vie. Malgré les retouches, ce texte
est particulièrement intéressant, car il a été écrit à Guernesey,
en collaboration étroite avec Hugo lui-même.
Malheureusement, Annette Rosa qui se réfère aux manuscrits
d'Adèle Hugo n'a pas pu donner le numéro des pages concernées,
et on est à nouveau confronté au problème des textes de la
BNF en format image.
- Que va-t-on chercher ? Des passages
évoquant des voyages pendant les dix premières années de
Hugo, et l'arrestation de Lahorie.
- Où chercher ? Dans les toutes dernières
pages de chaque tome, les tables des matières indiquent
: Le voyage en Italie (ch.
VI), L'arrestation de Lahorie (ch. VIII), Le voyage (ch.
XVIII ), Le Retour (ch. XXI)
Pour le tome II : L'échafaud (ch. L)
Pour ceux qui n'auraient pas la patience de feuilleter les
pages une à une, voici les références :
- Les tronçons humains des bandits
qu'on a pendus : Voyage en Italie, I - p. 37
- Les suppliciés de Burgos : Le retour, I -
pp. 157-158
- L'importance de Lahorie dans les premières années
- L'arrestation de Lahorie, I - pp. 48 à 50
L'arrestation de Lahorie chez madame Hugo, ibidem,
p. 55
- L'affiche de l'exécution de Lahorie : "Lahorie,
c'est ton parrain" : I - p. 166
- L'exécution de Louvel en 1820 : L'échafaud,
II - pp. 244 à 251
Voici ce qu'on y lit dans l'épisode de Burgos,
pendant le retour d'Espagne :
Chapitre XXI LE RETOUR
Ces spectres avaient au milieu d'eux un
homme lié sur un âne, le dos tourné vers la tête de l'animal.
Cet homme avait l'air hébété de terreur. Des moines lui
présentaient le crucifix qu'il baisait sans le voir. Les
enfants s'enfuirent avec horreur.
Ce fut la première rencontre de M. Victor Hugo avec l'échafaud.
En entrant à Vittoria, la voiture passa au pied d'une croix
sur laquelle étaient cloués les membres d'un jeune homme
coupé en morceaux ; on avait eu l'horrible attention de
rajuster les morceaux et de refaire de ces lambeaux un cadavre.
[…] La voiture passa tout contre, et les enfants se rejetèrent
en arrière pour ne pas recevoir les gouttes de sang. "
Victor Hugo raconté par Adèle Hugo, pp. 157-158
Ces scènes horribles se trouvent dans Les
Désastres de la guerre que Goya dessinait au même
moment. On peut voir les 82 estampes sur le site de la BNE,
bibliothèque nationale espagnole. Elles donnent une idée du
traumatisme que peut produire la vue d'une mort par mutilation
dans la conscience d'un enfant de dix ans.

Extrait d'un écran de L'exposition
virtuelle de Goya sur le site de la BNE
En guise de conclusion
On le voit, le travail avec les bases de données
textuelles ou iconographiques est possible dès le lycée.
Outre l'apport culturel qui en est le but, ce type d'investigation
développe un esprit de recherche et un savoir-faire à réinvestir
dans d'autres études : on a appris à utiliser les moteurs
de recherche, à affiner les questions pour obtenir des réponses
pertinentes, à interpréter les résultats, à saisir les informations
qu'ils contiennent pour trouver d'autres pistes à explorer.
Certes, les élèves ont besoin d'être orientés et encadrés,
mais, à tout prendre, n'est-il pas plutôt réconfortant pour
un professeur de savoir qu'il conserve un rôle irremplaçable
malgré le développement des technologies ?
Peu à peu les élèves acquerront une autonomie, des techniques
et de l'audace pour s'aventurer dans des domaines qui leur
sont encore inconnus. Ce n'est peut-être pas inutile pour
entrer à l'Université…
Toutefois, la partie n'est pas gagnée. Tous les
éléments dont on a besoin sont là, à portée de regard, mais
parfois inaccessibles et on se sent un peu frustré. Ainsi
la liberté de recherche est bien souvent bridée : par le temps
d'accès aux sites, par les éditeurs qui limitent les droits
de citations, par les textes en mode image qu'on ne peut ni
explorer ni copier, par la nécessité de s'abonner pour utiliser
les grandes bases de données…
En cette année de bicentenaire, n'est-il pas déconcertant
qu'une œuvre aussi populaire que Les Misérables ne
soit pas libre de droits ?
Tout cela est sans doute provisoire. Il faut
du temps pour numériser les œuvres complètes en mode texte.
En ce qui concerne Hugo, les auteurs des bases de données
n'avaient peut-être pas prévu que l'engouement des jeunes
allait se porter aussi sur le personnage moderne, précurseur
des États-Unis d'Europe, défenseur des causes humanitaires,
engagé politiquement et socialement. Cela explique sous doute
que des œuvres comme Actes et paroles ou Choses
vues n'aient pas déjà été mises en ligne.
Mais s'il nous est arrivé de déplorer l'absence
de tel ou tel texte, c'était plus un regret qu'une critique
et nous adressons les plus vifs remerciements au groupe Hugo,
à Gallica, à l'ABU et à l'Atilf qui nous ont permis cette
étude.

[Nous avons depuis édité
l'ensemble des textes de Hugo contre la peine de mort sur
le site de l'académie de Rouen, dans le cadre d'un
dossier global : Victor
Hugo contre la peine de mort.]
|