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 B A S E S   T E X T U E L L E S 

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apprendre avec les bases textuelles

 Bases de textes et enseignement du français au collège

SENSIBILISATION DES ÉLÈVES AU MONDE MÉDIÉVAL ET À L'UNIVERS ROMANESQUE
DE CHRÉTIEN DE TROYES, AUTOUR DU ROMAN : YVAIN OU LE CHEVALIER AU LION

Sylvie Royo, professeur au collège Pierre Corneille, Tours


L'utilisation de l'ordinateur en salle de classe ouvre de nouvelles possibilités pédagogiques dans lesquelles bases de textes et travaux universitaires en ligne trouvent leur place. Les activités présentées ici à titre d'exemple sont destinées à des élèves de cinquième - ils ont douze ou treize ans - qui lisent une œuvre médiévale correspondant à leur programme : Yvain ou le Chevalier au lion, de Chrétien de Troyes. Ces élèves découvrent, en parallèle, le monde médiéval en cours d'histoire. Certes, ils se souviennent encore de leur fascination enfantine pour le château fort et le chevalier qui fait lancer de l'huile bouillante du haut de son donjon. Mais cela ne facilite pas pour autant l'entrée dans le roman : celui-ci constitue un texte long, dont ils saisissent mal l'économie globale ; le lexique employé pose problème ; les références culturelles sont souvent pour eux obscures. Je tenterai de montrer comment des ressources numériques peuvent aider l'élève dans son approche du texte et contribuer à le faire progresser - tout en l'habituant par ailleurs à utiliser un environnement informatique dans sa pratique scolaire.

ABORDER UN RÉCIT LONG EN UTILISANT UNE BASE DE TEXTES

Il est difficile pour l'élève d'aborder un récit long, qu'il lit souvent passage après passage - la lecture de trente pages de livre de poche est souvent considérée comme une rude tâche qui provoque bien des gémissements ! Pour éviter que l'œuvre lue ne se réduise à des passages morcelés, on peut essayer de faciliter l'accès à sa globalité en employant les outils de recherche d'une base de textes. En fonction du niveau des élèves et de leur motivation, on pratiquera la démarche suivante comme approfondissement d'une lecture préalable ou avant la lecture du livre - cette démarche conduit alors à susciter l'intérêt de l'élève, ainsi qu'à lui donner des points d'appui: il entre alors dans l'œuvre avec des acquis qui en facilitent la lecture.

Fournir un cadre à la lecture

Sur le site de l'Académie d'Orléans - Tours, l'hypertexte " Sur les traces d'Yvain, le chevalier au lion ", propose aux élèves des tabeaux à compléter qui leur permettent d'effectuer les premiers repérages, de visualiser une progression, de rapprocher plusieurs épisodes qui offrent une structure similaire. Ces tableaux donnent plusieurs entrées dans le roman, et en particulier une approche par la localisation de l'action, grâce à des vignettes qui illustrent les lieux essentiels : la cour du roi Arthur, le château, la fontaine, la forêt. C'est par ce biais que l'on va se proposer d'entrer dans le roman.

Utiliser une base de textes pour approfondir cette approche

L'objectif est d'inciter l'élève à réfléchir, pour chaque lieu, à sa spécificité et à son rôle dans le roman. J'ai utilisé ici la base de textes BASILE, sur cédérom, publiée par les éditions Champion et le CNED. Cette base offre, en effet, l'avantage de mettre à disposition, en ancien français et, ce qui nous intéresse au premier chef, en traduction, un important corpus de textes médiévaux - dont Yvain ou le Chevalier au lion. La démarche consiste simplement à proposer aux élèves une recherche et à leur demander d'en exploiter le résultat en répondant à un questionnaire, plusieurs groupes pouvant mener des recherches différentes. Les manipulations doivent rester simples, et font l'objet, si besoin est, de fiches de procédures distribuées aux élèves : un bon moyen d'apprendre à respecter des consignes… À titre d'exemple, on propose à un groupe d'effectuer les deux recherches suivantes, choisies à l'avance par le professeur : forêt* "sans" fontaine, et essart* ( l'opérateur "sans" restreint le résultat de la recherche et permet d'éviter tous les épisodes qui se déroulent auprès de la fontaine, elle-même située à proximité d'une forêt ; l'astérisque, remplaçant un ensemble de caractères contigus, intègre à la recherche le mot au pluriel).


À gauche de l'écran, les résultats de la recherche, le contexte (paramétrable) choisi est le paragraphe
En cliquant sur une occurrence du mot recherché, on affiche la page correspondante du texte.

On obtient ainsi un certain nombre d'occurrences, situées à l'écran dans leur contexte, à partir desquelles l'élève va travailler, en répondant, directement sur un cahier ou sur un traitement de texte, à des questions qui guident l'analyse ; en voici quelques-unes :

      • Les rencontres dans la forêt
        Dites qui (humain ou animal) les chevaliers rencontrent dans la forêt. Trouvez les adjectifs qui qualifient les personnages ou les animaux rencontrés.
      • Le héros dans la forêt
        Quelle nourriture mange-t-il ? Quelles sont ses activités ? Comment est-il habillé ? Que pense de lui un des seuls habitants de la forêt : le " saint homme " ? À partir de vos réponses, dites dans quel état est Yvain quand il vit dans la forêt.

Le résultat de la recherche fournit à l'élève un corpus dont voici un extrait :

Je n'étais guère éloigné du logis quand je trouvai, dispersés dans un essart, d'affreux taureaux sauvages qui se livraient bataille et menaient un si grand vacarme, comme des bêtes farouches et indomptables, que, pour vous en dire la vérité, j'eus un bref mouvement de recul ; car aucun animal n'est plus farouche ni plus indomptable qu'un taureau. Un vilain qui ressemblait à un Maure, laid et hideux à démesure, si laide créature qu'on ne saurait le dire en paroles, était assis sur une souche, une grande massue à la main.
Mon seigneur Yvain chemine, pensif, à travers une forêt profonde ; soudain il entend, au cœur des fourrés, un grand cri de douleur. Il se dirige alors de ce côté et quand il y parvient, il voit dans un essart, un lion qu'un serpent tenait par la queue en lui brûlant l'échine d'une flamme ardente. Mon seigneur Yvain ne s'attarde guère à contempler ce prodige, mais il délibère en lui-même : auquel des deux va-t-il porter secours ? C'est dit, il se rangera du côté du lion, car aux êtres venimeux et félons, on ne doit faire que du mal : or le serpent est venimeux, du feu lui jaillit de la gueule tant il est plein de félonie.
(Chrétien de Troyes, Le chevalier au lion, roman traduit par Cl. Buridant et J. Trotin, Paris, Honoré Champion, 1997)

Le questionnaire va permettre de mettre en relief plusieurs points : la forêt et l'essart, qui est son prolongement, sont le lieu de rencontres clés. Ces rencontres ne sont guère plaisantes : les élèves, auxquels on a demandé un relevé d'adjectifs qualificatifs, reviennent avec une belle provision de mots - farouche, laid, hideux, monstrueux, félon, perfide… La forêt est aussi le lieu de la folie d'Yvain. Mais cette première analyse débouche sur des questions : que se passe-t-il après les courts extraits qui ont été lus ? Les choses ne sont d'autre part pas aussi tranchées que l'on croit et l'élève va être conduit à nuancer son jugement : d'autres rencontres, plus positives, se déroulent aussi dans la forêt. De même, l'aspect effrayant du vilain ne plaide guère en sa faveur, et pourtant c'est lui qui connaît le chemin de la merveille - la fontaine. La forêt est un lieu transitoire qui permet à la quête d'Yvain de prendre de nouvelles orientations. On procède à une démarche similaire pour les autres lieux ; ainsi, en proposant un questionnaire basé sur la recherche : cour "et" Arthur, on va repérer que la cour du roi Arthur est, entre autres, un lieu où l'on rend la justice. Les élèves, qui partagent leurs découvertes, créent un réseau de repères dans le livre.

À partir des mots recueillis précédemment, il est envisageable de prévoir des activités sur le lexique. Un prolongement possible serait une recherche, dans Le Conte du Graal (Perceval), des adjectifs qui qualifient la forêt, ou des activités qui s'y déroulent. Se dégage alors un aperçu de la vision médiévale de la forêt. Et pourquoi ne pas proposer aux élèves d'actualiser leur enquête par une brève analyse de la manière dont la littérature contemporaine utilise des thèmes médiévaux : la forêt qui borde l'école des sorciers où vit Harry Potter offre des caractéristiques bien intéressantes…

L'utilisation de la base de textes aura donc permis d'aborder l'économie globale du roman, mais aura aussi fourni matière à une approche intégrée de la langue : le travail sur la grammaire (ici l'adjectif qualificatif) trouve sa raison d'être puisqu'il est porteur de sens. Toutes ces connaissances - en particulier les connaissances grammaticales et lexicales - peuvent aboutir à un exercice d'écriture qui soit aussi un exercice d'appropriation des acquis - en utilisant par exemple des données que les élèves auront enregistrées dans un fichier avec un logiciel de traitement de texte.

Ce type de démarche favorise l'autonomie de l'élève ; grâce à un dépouillement rapide - manuellement, celui-ci aurait été trop long pour être motivant - l'élève se trouve face à un corpus précis sur lequel il agit immédiatement.

DÉCOUVRIR LE MONDE MÉDIÉVAL GRÂCE AU RÉSEAU INTERNET

De nombreuses ressources en ligne peuvent être utilisées avec des élèves pour élargir leurs connaissances du monde médiéval, en complément de ce qui a été proposé ci-dessus. Je tenterai d'en donner un exemple simple. Pour initier les élèves à la découverte du livre de l'époque médiévale, il est intéressant de se connecter au site du laboratoire de français ancien de l'université d'Ottawa. En effet, on y trouve à la fois des images des manuscrits médiévaux du Chevalier au lion, et une transcription synoptique des manuscrits et fragments du même ouvrage.

Projet Chevalier au lion (Université d'Ottawa)
extrait d'une page du manuscrit et de sa transcription : le mariage d'Yvain

Ces pages permettent de prendre contact, en lien étroit avec l'œuvre étudiée, avec des aspects très différents : sur quel support écrit-on ? Avec quelle écriture ? Quelles images ? Observer la première page de la transcription synoptique pousse à s'interroger sur la langue employée, sur les problèmes de la transmission de l'écrit…

Ce n'est là bien sûr qu'une piste de travail, mais qui montre, je pense, que des ressources universitaires élaborées à destination d'un tout autre public constituent un enrichissement pour de jeunes élèves, et s'insèrent dans une démarche pédagogique construite.

APPROFONDIR L'ÉTUDE DU TEXTE EN UTILISANT BASES DE TEXTES ET DICTIONNAIRES

On peut aussi développer une autre modalité d'utilisation des bases de textes. Il est en effet intéressant d'associer les élèves à une démarche de création d'un produit multimédia. Sur un texte numérisé, les élèves vont placer les éléments nécessaires à sa compréhension : définitions, apports d'éléments culturels, analyses… Deux hypertextes de ce type sont consultables en ligne : un premier que j'ai élaboré, en tant qu'enseignante, pour des élèves de cinquième, sur Le Chevalier au lion, et un second réalisé par des élèves de quatrième et de troisième sur La Vénus d'Ille, de Mérimée.

La démarche est la suivante : les élèves choisissent, en classe entière ou en groupes, un thème d'étude. Ils déterminent ensuite le ou les mots clés qui vont être opérationnels pour leur recherche dans la base de textes, pour une œuvre donnée - c'est là une tâche difficile, mais formatrice à l'heure des moteurs de recherche, que d'apprendre à cibler sa recherche. L'objectif est, dans cette première phase, de constituer un petit corpus d'extraits.

On passe alors à la deuxième phase de l'activité : la création d'un hypertexte (plus ou moins sophistiqué techniquement en fonction des connaissances des élèves ; les liens hypertextes sont appropriés, car ils permettent l'utilisation de l'image, mais la fonction simple qu'offre un traitement de texte : insérer du commentaire, fait aussi très bien l'affaire). Les collégiens ont pour consigne de rechercher dans des dictionnaires, en alternant ouvrages traditionnels et dictionnaires numériques, les mots dont le sens leur est inconnu, et de reformuler les définitions si celles-ci leur paraissent trop compliquées. Les élèves complètent enfin leur travail par une enquête sur les différents éléments culturels contenus dans le texte. Certains élèves m'ont étonnée, à ce stade, trouvant parfois des renseignements assez pointus ! Une fois l'activité terminée, on fait ensemble la synthèse des savoir-faire et des savoirs acquis.

La Vénus d'Ille de Mérimée - extrait : La Vénus, un personnage créé par Mérimée ? (Collège Pierre Corneille, Tours). Les élèves répondent successivement aux questions suivantes : Pourquoi une statue antique ? Est-ce la Vénus de Milo ? Ils confrontent des extraits du texte de Mérimée à la statue, puis étudient des détails du visage, du bras. Y a-t-il d'autres influences ?

Pour avoir pratiqué cette démarche, j'ai pu constater que les élèves se prennent au jeu. La motivation est forte, et ce d'autant mieux qu'ils savent que leur travail ne restera pas lettre morte, mais trouvera une diffusion, sur l'intranet de l'établissement - ou mieux, sur internet, pour peu que l'on arrive à résoudre les difficiles problèmes de droit. C'est dire l'importance de bases de données auxquelles les élèves puissent avoir accès et qu'ils puissent s'approprier. L'expérience de Louvre.edu peut, en ce qui concerne l'image, servir de référence : les élèves y téléchargent des images et des notices, travaillent sur ces documents, et les incluent dans leurs productions. La base est, de surcroît, gratuite pour les établissements scolaires.

CONCLUSION

À travers ces ébauches de démarches pédagogiques, je souhaitais montrer que de nouveaux outils conduisent à de nouvelles pratiques. Mais pour que ces nouvelles pratiques puissent s'établir, il est nécessaire qu'enseignants et élèves aient accès aux bases de textes et à leurs outils de recherche, de la manière la plus large possible.
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