
L'éphémère
beauté face à l'éternité céleste.
Georges
de La Tour peignit plusieurs fois la figure de Marie Madeleine et celle-ci
est une de ses uvres les plus achevées. La jeune femme,
autrefois courtisane, convertie par sa rencontre avec le Christ, est
absorbée dans sa rêverie religieuse. Elle regarde, sans
fixer son regard ailleurs qu'en elle-même, la lampe qui brûle
devant des livres entassés, et appuie sa main sur un crâne,
symbole de la vanité des choses terrestres. L'uvre apparaît
comme une réflexion simple et directe d'une jeune femme sur sa
beauté éphémère et l'éternité
des choses célestes. La Tour a volontairement dépouillé
la jeune femme de tout accessoire afin de concentrer l'action sur l'aspect
religieux de son message.
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[Louvre.edu]
Photo Erich Lessing, Texte : Vincent Pomarède
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René
Char a découvert l'uvre de Georges de La Tour à
l'exposition " Les Peintres de la Réalité en
France au XVIIe siècle ", organisée au musée
de l'Orangerie de novembre 1934 à février 1935. C'est
la première fois que le public voit réunis treize des
quinze tableaux alors attribués à l'artiste et c'est une
révélation.
Le poème Madeleine à la veilleuse est intégré
dans le recueil FUREUR ET MYSTÈRE (La Fontaine narrative),
édité par Gallimard en 1948.
MADELEINE
À LA VEILLEUSE
par Georges de La Tour
Je
voudrais aujourd'hui que l'herbe fût blanche pour fouler l'évidence
de vous voir souffrir : je ne regarderais pas sous votre main
si jeune la
forme dure, sans crépi de la mort. Un jour discrétionnaire,
d'autres pourtant moins avides que moi, retireront votre chemise de
toile, occuperont vôtre alcôve. Mais ils oublieront en
partant de noyer la
veilleuse et un peu d'huile se répandra par le poignard
de la flamme sur l'impossible solution.
Dans
Partage formel, publié dans le même recueil (FUREUR
ET MYSTÈRE, Seuls demeurent, 1938/1944), René Char
associe, dans une réflexion sur le rôle du poète
et la poésie, Georges de La Tour et Héraclite, qui l'accompagnent
dans la Résistance.
PARTAGE FORMEL
IX
À
DEUX MÉRITES
Héraclite, Georges de La Tour, je vous
sais gré d'avoir de longs moments poussé dehors de chaque
pli de mon corps singulier ce leurre : la condition humaine incohérente,
d'avoir tourné l'anneau dévêtu de la femme d'après
le regard du visage de l'homme, d'avoir rendu agile et recevable ma
dislocation, d'avoir dépensé vos forces à la
couronne de cette conséquence sans mesure de la lumière
absolument impérative : l'action contre le réel,
par tradition signifiée, simulacre et miniature.
Un
autre tableau de Georges de La Tour va, pour René Char et ses compagnons,
symboliser la lutte contre l'hitlérisme : " Le Prisonnier ".
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Documents
complémentaires
L'admiration
de René Char pour Georges de La Tour perdure au-delà de
la période de la guerre de 1940 et de l'interprétation
qu'il a pu donner de son uvre pendant son engagement dans la Résistance.
Le recueil : LE NU PERDU, Dans la pluie giboyeuse) comprend un
texte de 1966 qui rend hommage à la " justesse "
de ce peintre.
JUSTESSE
DE GEORGES DE LA TOUR
26 janvier 1966
L'unique condition pour ne pas battre en
interminable retraite était d'entrer dans le cercle de la
bougie, de s'y tenir, en ne cédant pas à la tentation
de remplacer les ténèbres par le jour et leur éclair
nourri par un terme inconstant.
Il ouvre les yeux. C'est le jour, dit-on.
Georges de La Tour sait que la brouette des maudits est partout
en chemin avec son rusé contenu. Le véhicule s'est
renversé. Le peintre en établit l'inventaire. Rien
de ce qui infiniment appartient à la nuit et au suif brillant
qui en exalte le lignage ne s'y trouve mélangé. Le
tricheur, entre l'astuce et la candeur, la
main au dos, tire un as de carreau de sa ceinture ; des
mendiants musiciens luttent, l'enjeu ne vaut guère plus
que le couteau qui va frapper ; la
bonne aventure n'est pas le premier larcin d'une jeune bohémienne
détournée ; le
joueur de vielle, syphillitique, aveugle, le cou flaqué
d'écrouelles, chante un purgatoire inaudible. C'est le jour,
l'exemplaire fontainier de nos maux. Georges de La Tour ne s'y est
pas trompé.
Georges
de La Tour est l'un des peintres que René Char nomme dans
Contre
une maison sèche, publié dans le même recueil :
"S'il te faut repartir, prends appui contre une maison sèche."
CONTRE
UNE MAISON SÈCHE
...
N'émonde pas la flamme, n'écourte
pas la braise en son printemps. Les migrations, par les nuits froides,
ne s'arrêteraient pas à ta vue.
Nous
éprouvons les insomnies du Niagara et cherchons des terres
émues, des terres propres à émouvoir une nature
à nouveau enragée.
Le
peintre de Lascaux, Giotto, Van Eyck, Uccello, Fouquet, Mantegna,
Cranach, Carpaccio, Le Tintoret, Georges de La Tour, Poussin, Rembrandt,
laines de mon nid rocheux.
...
Le
dialogue entre l'écriture et la peinture est permanent dans l'uvre
de Char. En effet, il avait
des relations d'amitié
avec de nombreux peintres et sculpteurs de son temps qui ont peint et
dessiné à partir de ses textes ou les ont illustrés.
Certains
poèmes, notamment de
Recherche de la base et du sommet (1947/1971),
ont été inspirés par les uvres d'artistes
contemporains :
Georges Braque, Victor Brauner, Pierre Charbonnier, Louis Fernandez,
Alberto Giacometti, Jean Hugo, Paul Klee, Wilfredo Lam, Mirò, Picabia,
Nicolas de Staël, Viera Da Silva, Jean Villeri, Max Ernst (Alliés
substantiels)...
Sélection de sites
Georges de La Tour
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L'exposition Georges de La Tour, au Grand Palais en 1998.
Compte rendu avec une biographie succincte sur le site du Ministère
des Affaires étrangères.
Le dossier
de Paris-Match avec des reproductions (de qualité médiocre)
des 42 uvres exposées, une présentation du peintre
et l'histoire de sa redécouverte.
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Une présentation de Georges de La Tour en anglais par le professeur
Susan
Koslow, spécialiste du XVIIe siècle, Brooklyn College.
- - Une
présentation de Georges de La Tour par les élèves
du collège
"La Passepierre" Rue du Général de Gaulle, 57170 CHATEAU-SALINS
(académie de Nancy-Metz) : biographie, art de Georges de La Tour,
étude de l'Adoration des Bergers et des jeux très bien
faits qui conduisent à observer les tableaux, les différentes
versions d'un même tableau, à en apprécier la matière,
la composition, etc., : jeu des 7 erreurs, l'intrus, les tricheurs,
regards, tissus.
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- René
Char : Souvenirs désordonnés de José Corti
L'éditeur José Corti
a publié : Le Marteau sans maître et Ralentir
travaux (Breton, Char, Éluard). Dans ses souvenirs, José
Corti
" Char ne croit probablement
pas beaucoup à l'inspiration ; mais, au hasard d'une rencontre, à
l'aimantation des êtres et des choses. Il sait que le poète est un
médium qui perçoit, sait le lieu et la prise. Quand il laboure, il
pèse sur la terre ; il va toujours plus loin ; il revient sur le sillon
autant de fois qu'il faut. Un manuscrit de Char est toujours la recherche
de la dernière perfection. Quand on en est à l'impression, le repentir
intervient : un mot, une inversion et le livre n'est pas plutôt achevé
que se révèle ce qui aurait pu le parfaire. Tel poème de quelques
vers n'a pas eu moins de sept ou huit états dont chacun a été définitif
pendant quelques heures ou quelques jours. "
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