L'enlèvement ou le paradoxe du consentement
Second exemple : L' enlèvement d'Hélène
Guido Reni, L'Enlèvement d'Hélène, vers 1627-1629
Huile sur toile, 253 cm x 265 cm
© Louvre.edu - 2000, Photo Erich LessingLa légende
Hélène est la fille de Zeus et de Léda. Selon la légende, Zeus se serait uni à Léda sous la forme d'un cygne et Léda aurait pondu deux ufs d'où seraient nés Hélène et Pollux, Castor et Clytemnestre. Le père "humain" d'Hélène est Tyndare, roi de Sparte.
Très jeune, elle est enlevée par Thésée mais les Dioscures (Castor et Pollux) viennent la délivrer alors que Thésée est parti avec Pirithoos aux Enfers enlever Perséphone.
C'est Académos, le héros athénien, qui révèlera aux Dioscures la cachette d'Hélène. (Académos sera enterré dans la banlieue d'Athènes ; autour de son tombeau, se trouve un bois sacré devenu illustre grâce à Platon qui y tiendra son école de philosophie : l'Académie.)Tyndare cherche à marier Hélène ; mais devant la foule des prétendants et sur les conseils d'Ulysse, il fait promettre à tous d'accepter le choix d'Hélène et de porter assistance à celui qu'elle choisira.
C'est Ménélas qui sera choisi. Hélène lui donnera une fille : Hermione.
C'est à ce moment que se situe l'enlèvement d'Hélène : Aphrodite, au moment où le troyen Pâris lui avait attribué la pomme d'or qui récompensait la plus belle des déesses, avait promis au jeune homme de lui accorder l'amour de la plus belle des mortelles, c'est à dire d'Hélène.Sur les conseils de la déesse, Pâris s'embarque pour Sparte et est reçu par Ménélas, mais ce dernier part en Crète pour les funérailles de Catrée, le fils de Minos. C'est alors qu'Hélène rencontre Pâris qui, bientôt l'enlève sans trop de résistance tant elle est séduite par la beauté et les richesses du Troyen.
Hélène vivra à Troie pendant les dix ans de la guerre. Détestée par les Troyens qui voient en elle la responsable de leurs malheurs, elle est innocentée par Hector et Priam qui savent qu'elle est seulement l'instrument de la volonté des dieux. Son rôle est trouble durant la guerre, elle est à la fois du côté des Troyens mais éprouve toujours de la sympathie pour les guerriers grecs.
Selon la tradition, elle aurait été la femme de cinq maris : Thésée, Ménélas, Pâris, Achille, Déïphobe.
Elle s'entendit avec Ulysse entré dans Troie pour voler le Palladion et agita, lors de la nuit fatale aux Troyens, le flambeau du haut des remparts, pour prévenir les Grecs d'entrer dans la ville, après l'introduction du cheval de Troie.
Ménélas, quand il eut tué Déïphobe, voulut faire subir à Hélène le même sort, mais Hélène se présenta à lui à demi nue ce qui suffit à faire tomber sa colère.
Hélène et Ménélas mirent huit ans à regagner Sparte après la guerre de Troie.La littérature , source d'inspiration de la peinture
Homère : l'Iliade chant III vers 164-165
Du haut des remparts de Troie , le vieux Priam disculpe Hélène de toutes responsabilités dans la guerre :
Pour moi , tu n'es responsable de rien, les dieux, pour moi, sont les seuls responsables, eux qui ont déchaîné cette guerre, cause de larmes abondantes pour les Achéens. Homère : l' Iliade chant III vers 156-158
Il ne faut pas s'indigner si les Troyens et les Achéens aux belles jambières endurent de si longues souffrances pour une telle femme ; elle ressemble si fort, quand on la regarde, aux déesses immortelles. Isocrate, Éloge d'Hélène, X §17
Isocrate, comme Homère atteste de l'exceptionnelle beauté d'Hélène :
[Zeus] la pourvut d'une beauté propre à attirer tous les regards et à susciter toutes les rivalités.
Mais surtout, Isocrate, dans son éloge, - l'éloge est un jeu littéraire ( to_ pai&gnion) qui consiste à présenter la défense inattendue et paradoxale d'une personne - avance un argument en faveur d'Hélène qui par- delà les siècles, se colore d'une étrange modernité :
Nous pouvons penser à juste titre qu'Hélène est responsable du fait que nous ne soyons pas devenus les esclaves des barbares.
En effet, après réflexion, nous pouvons reconnaître que, grâce à Hélène, les Grecs unis dans un même objectif ont levé une armée commune contre les barbares et que l'Europe a érigé alors, pour la première fois, un trophée de victoire sur l'Asie.Regards sur le tableau : L'enlèvement d'Hélène
Composition sur deux plans
Au pemier plan, les personnages principaux : Hélène et Pâris escortés chacun de leurs suites respectives
Au second plan, la mer et le ciel, instruments du destin en marche.Jeu des couleurs
Deux couleurs éclatantes :
- le blanc-crème de la robe d'Hélène aussi éblouissant que sa beauté,
- le rouge du manteau de Pâris aussi royal que son propriétaire.
Ces deux couleurs focalisent l'attention et se détachent des autres vêtements de couleur plus pastel.Conclusion
Ce tableau décrit un événement exceptionnel qui va bouleverser la marche de l'histoire.
Ce qui frappe, c'est la solennité du moment : on pourrait assister au départ d'une princesse royale conduite avec pompe vers des noces officielles ; le décor est en place : les suivantes portant les cadeaux précieux, le petit esclave noir, les animaux familiers, les soldats à la fière allure, même le petit Cupidon qui joue avec son arc.
Aucun signe de violence, Pâris regarde amoureusement Hélène et cette dernière, à la manière très grand siècle, donne avec noblesse sa main au prince troyen. L'un et l'autre ne peuvent que consentir au destin qui leur est promis.
Un petit amour porte déjà dans les cieux, le flambeau allumé de l'hyménée tandis que, le doigt levé, un petit Cupidon nous invite à suivre le cortège et à perdre notre regard dans l'infini des vagues, lourdes des tragédies futures.