L'enlèvement ou le paradoxe du consentement
Premier exemple : L' enlèvement de Psyché
Pierre-Paul Prud’hon, L'Enlèvement de Psyché, 1808
Huile sur toile, 195 cm x 157 cm
© Louvre.edu - 2000, Photo Erich LessingLa légende
Psyché désigne l'âme souvent symbolisée dans la statuaire par le papillon.
Psyché est aussi l'héroïne d'un conte. Fille de roi, elle a deux surs mais Psyché a reçu, à sa naissance, une" beauté plus qu'humaine".Alors que ses surs ont toutes deux trouvé un époux, Psyché, elle, reste célibataire, sa trop grande beauté faisant fuir les prétendants. Son père consulte alors l'oracle qui lui répond de parer sa fille comme pour un mariage, de l'exposer sur un rocher où un monstre horrible viendra en prendre possession.
Désespérés, les parents de Psyché consentent, cependant, à écouter les recommandations de l'oracle et exécutent ses ordres, puis ils se retirent dans leur palais.
La jeune fille , seule sur son rocher , se désole quand tout à coup, elle se sent doucement soulever dans les airs. Elle est conduite dans une vallée profonde et déposée sans heurts, sur un tendre gazon. Là, épuisée par tant d'émotions, elle s'endort. A son réveil, elle se trouve dans un magnifique palais, des voix la guident et disent être des esclaves à son service.
Le soir, Psyché sent auprès d'elle une présence : c'est son mari, le monstre qu'on lui a prédit, mais il lui est interdit de porter les yeux sur lui, sous peine de le voir disparaître à jamais.Psyché passe une existence heureuse : le jour , elle règne seule sur son palais, la nuit, elle est rejointe par son mari invisible.
Désirant revoir sa famille, Psyché demande à son mari la permission de le quitter quelque temps. Après bien des hésitations, son mari accepte ; de nouveau, le Vent la transporte jusqu'au rocher où elle a été exposée, puis de là, elle gagne la demeure familiale. Elle retrouve ses surs jalouses de son bonheur et par d'habiles questions, ces dernières finissent par apprendre son secret : l'impossibilité pour Psyché de connaître son époux.Elles conseillent à Psyché de dissimuler une lampe et pendant que son mari dormira, de l'allumer pour connaître l'aspect de celui qu'elle aime.
Psyché revient chez elle, et brûlante de curiosité, suit le conseil de ses surs ; elle allume la lampe et découvre un bel adolescent.
Émue par sa découverte, elle laisse, dans son trouble, tomber une goutte d'huile bouillante sur le corps de son mari, tant sa main était animée de tremblements. Brûlé, l'Amour se réveille - car c'était le mari monstrueux prédit par l'oracle - et disparaît pour ne plus revenir.Psyché erre alors par le monde, poursuivie par la colère d'Aphrodite, jalouse de sa beauté. Après de multiples aventures, elle doit descendre aux Enfers où Perséphone lui remet un flacon d'eau de Jouvence. Psyché, en proie à la curiosité, ouvre le flacon, malgré l'interdiction de la déesse, et tombe dans un profond sommeil .
L'Amour, désespéré, n'a pu oublier Psyché. La voyant endormie d'un sommeil magique, il l'éveille d'une piqûre de ses flèches ; Eros obtient de Zeus que Psyché séjourne sur l'Olympe et il pourra enfin l'épouser.
La littérature , source d'inspiration de la peinture
Les Métamorphoses d'Apulée : livreIV § 34
Psychen autem paventem ac trepidam in ipso scopuli vertice deflentem mitis aura molliter spirantis Zephyri vibratis hinc inde laciniis et reflato sinu sensim levatam suo tranquillo spiritu vehens paulatim per devexa rupis excelsae vallis subditae florentis cespitis gremio leniter delapsam reclinat. Or pendant que Psyché est en proie à la peur et aux tremblements et pleure au sommet de son rocher, la douce brise du Zéphyr aux molles caresses fait frissonner les bords de sa robe, enfle son vêtement, la soulève sans heurts et la transporte le long de l'abrupte paroi rocheuse ; après une douce descente, le vent la dépose au coeur d'un vallon, sur un gazon en fleurs. La signification symbolique du monstre
Apulée présente ainsi le "monstre" :
(C'est l'oracle qui s'adresse au père de Psyché venu le consulter.)
Nec speres generum mortali stirpe creatum sed saevum atque ferum vipereumque malum, quod pinnis volitans super aethera cuncta fatigat flammaque et ferro singula debilitat , quod tremit ipse Jovis quo numina terrificantur , fluminaque horrescunt et Stygiae tenebrae. Et n'espère pas un gendre issu de la race des mortels mais un monstre cruel, féroce et vipérin qui , volant par les airs, harcèle tout le monde et blesse chacun de sa flamme et de son fer, fait trembler Jupiter, terrifie les puissances divines et est redouté par les fleuves des Enfers et les ténèbres du Styx. Le portrait du mari de Psyché se présente sous la forme d'une énigme mettant en valeur la force invincible du personnage, son côté terrifiant et surhumain. C'est le portrait-charge d'Eros, portrait plein d'emphase et d'hyperboles poétiques.
Regards sur le tableau : L'enlèvement de Psyché
Composition
La diagonale est occupée par le corps de Psyché.
Les trois personnages qui soulèvent Psyché (Zéphyr aidé de deux petits amours) forment un triangle.
Jeu de contrastes des couleurs
La scène est dominée par l'éclat nacré de la chair de Psyché se détachant fortement de la végétation très sombre. Le voile couleur d'or pare Psyché d'une magnificence royale.
La trouée lumineuse du ciel et des nuages est terne comparée à l'éclat de la chair de la jeune fille.Conclusion
Le tableau décrit l'enlèvement de Psyché par Zéphyr. Ce qui frappe dans cette représentation, c'est l'abandon de la jeune femme, sa candide confiance dans un destin qu'elle ignore. A l'image de ses parents qui avaient consenti à l'ordre de l'oracle, la jeune femme s'abandonne à la volonté divine comme en témoigne la pose alanguie de son corps. Zéphyr jette un regard émerveillé sur Psyché et les petits amours soulèvent sans efforts cette "beauté plus qu'humaine".