Le nom des Amazones, nous l'avons vu, apparaît depuis Homère
sous la forme h ( )Amazw/n, o/noj ;
on trouve également, notamment chez Pindare ai(
)Amazoni/dej.
On trouve également les adjectifs )Amazoniko/j
comme épithète d'Artémis , et ' )Amazo/nioj
comme épithète d'Apollon.
Le nom semble être fixé, et ne subit pas de variations.
Le suffixe en -i/dej est formé l'aide
de la finale -id- sentie comme caractéristique du féminin.
On trouve notamment toute une série de patronymes, )Atlanti/j,"fille
d'Atlas" , et de noms de peuples )Axaii/dej
"Achéennes ", (Ellhni/j,
"Grecque" ...
Le doublet semble donc motivé, mais secondaire.
1. Les femmes
aux seins coupés
Cette étymologie est la plus commune ; elle apparaît pour
le première fois chez Hippocrate et on la retrouve chez Diodore
: elle a donc connu une grande destinée. En réalité,
on peut se demander si cette étymologie "analytique"
n' a pas été la cause de cet aspect de la légende
; puisque leur nom semblait vouloir signifier "sans seins c'est
qu'elles n'en avaient plus ! Aux poètes et historiens d'en trouver
la raison et la manière. Sur ce point les développements
peuvent montrer que la tradition est récente : une tradition
ancienne aurait peut-être permis une interprétation unique.
Le premier élément du mot serait le préfixe privatif
)a)-; le second appartiendrait à
la famille de mazo/j , le sein. M.
Chantraine souligne que cette forme est celle d'Homère, Hérodote
et Eschyle ; mais qu'apparaît ensuite la forme masto/j,
enfin masqo/j. Le terme est appliqué
parfois aux hommes, mais bien plus souvent aux femmes pour désigner
le sein, la poitrine ; au "sens figuré" il désigne
le mamelon, ou bien une coupe dont la forme fait penser à un
sein. Les deux formes s' expliqueraient par *mad-toj
et *mad-y
oj.
On rattache parfois le terme à la famille de mada/w,
terme dont le
sens premier est "être gâté par l'humidité".
M. Boisacq retenait cette étymologie et relevait une série
de rapprochements mais M. Chantraine ne saurait affirmer ce point.
D'une manière
générale les commentateurs modernes ont repoussé
cette interprétation, productrice au niveau de la légende
mais ne reposant pas sur une base scientifique.
2. Les femmes
à la ceinture.
L'étymologie populaire décomposait aussi le nom des Amazones
en (/Ama (avec)
et zw/nh (ceinture) . Cette étymologie
trouvait sa justification dans l'un des attributs essentiels des Amazones,
la ceinture, don d'Arès ou symbole militaire. On notera que Zwsth/r
apparaît dans l'Iliade comme le nom du ceinturon
de cuir recouvert de métal qui protège le bas ventre.
Zw/nh est plutôt le nom de la ceinture
de la femme.
3. Les tueuses
d'hommes.
C'est
Hérodote qui nous livre cette interprétation avec l'analyse
d'Oiorpata , nom scythe des Amazones "parce que oior-
signifie en scythe "homme" et pata, "tuer".
" A. Barguet, l'éditeur de l'édition de la Bibliothèque
de la Pléiade note que cette interprétation est fantaisiste.
Il ajoute " Le sens pourrait être "maître des
hommes" (cf. How-Wells o.c.) ou "chef de dix-mille" (selon
Benvéniste dans Ph.E.Legrand, Hérodote IV, 110).
On rapprochera de ces étymologies la série d'adjectifs
qui les désignent comme " les égales ! les opposées
" des hommes : a)ntia/neirai. La légende
ici aussi brode sur le mot car cette épithète est également
celle d'Athéna , et rejoint l'idée de virginité
des Amazones. On a vu quels développements les poètes
pouvaient en tirer.
4. Autres origines.
M. Chantraine
signale une autre interprétation. "D'après Lagercrantz,
Xenia Lideniana 270 sq. , le mot serait tiré d'une tribu
iranienne *ha-mazan , proprement "guerriers", hypothèse
en l'air malgré les combinaisons de Pokorny, 697."
On peut signaler encore deux autres lectures du nom des Amazones:
- celle de Thévet (mentionnée par A.Moreau, Eschyle,
la violence et
le chaos, p. 199 note 107) : a)-maza
: sans pain; cette étymologie insiste sur la sauvagerie
de cette peuplade.
- celle de G. Hacquart, dans le Précis de mythologie a
- augmentatif = la mamelue ; cette étymologie insiste sur le
rapport entre les Amazones et l'Artémis d'Ephèse. On en
trouve encore quelques autres sans grand intérêt.
Chantraine,
Dictionnaire étymologique de la langue grecque, Klincksieck,
1968
Boisacq, Dictionnaire étymologique
Grammatici graeci, G. Olms, Hildeshein