L'iconographie de Dionysos à l'époque moderne
XVIe siècle XVIIe siècle XVIIIe siècle Bartolomeo di Giovanni : Les Noces de Thétis et de Pélée
© Louvre.edu Le panneau est occupé dans sa partie droite par une bacchanale de ménades et de satyres, délimitée par un Silène à la barbe grise et au ventre de Bouddha dont le corps abandonné est livré aux facéties de chèvrepieds nains. Un de leurs congénéres abreuve du jus d'une grappe un Dionysos cornu au ventre distendu, aux joues creuses et au regard éteint, sorte d'image dantesque de l'absence de volonté et de joie. La nébride (peau de faon), qu'il a nouée incongrument comme un baudrier, est le seul signe clair qui permette de l'identifier.
Mantegna, Lorenzo Costa : Le Règne de Comus (1507)
© Louvre.edu Ce tableau, commandé par Isabelle d'Este à Mantegna, devait être la quatrième allégorie décorant son studiolo. Il fut réalisé par Lorenzo Costa, après la mort de Mantegna, en respectant la composition prévue par celui-ci. Le tableau met en scène Comus, dieu des fêtes joyeuses issu des Imagines de Philostrate : du côté gauche du tableau, les plaisirs permis, séparés des plaisirs interdits, au fond à droite par un arc de triomphe placé de biais. Le premier plan représenterait un épisode de la vie amoureuse de Dionysos raconté par Nonnos dans ses Dionysiaca (livres 15 et 16) : l'amour de Dionysos et de la naïade phrygienne Nikaia. Dionysos y apparaît comme un amant tendre, le même qui a recueilli Ariane à Naxos. Nikaia est d'ailleurs présentée comme endormie, ce qui est un lieu commun pour les représentations de Dionysos recueillant Ariane.
Léonard de Vinci (atelier) : Bacchus
© Louvre.edu Le Bacchus de l'école de Léonard de Vinci est un jeune homme musclé, maître de lui, ayant à ses pieds ses feuilles de vigne et tenant au bras gauche le traditionnel thyrse. Son regard dirigé vers le spectateur en fait une image de la séduction, l'obliquité de la direction du doigt semblant désigner la montagne plus que le ciel, lieu de la folle oribasie ? Bacchus ne serait-il pas, avec son bâton et sa colline folle, l'inverse de Moïse, dont le bâton guide le peuple élu et la montagne est siège de la Loi ?
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Polidoro Caldara (dit da Caravaggio) : Psyché reçue dans l'Olympe (1524)
© Louvre.edu Au centre du tableau, Psyché est conduite par Hermès auprès de Jupiter et de Junon. A droite du tableau, en retrait par rapport aux autres Olympiens, Bacchus est représenté comme un jeune garçon couronné de lierre, debout et versant du vin d'une oinochoè dans une coupe.
Rosso Fiorentino : Le Défi des Piérides
© Louvre.edu Ce tableau est l'un des rares qui met en scène l'affrontement entre deux formes d'art en même temps que les dieux opposés par Nietzsche, Apollon et Dionysos. Rosso Fiorentino s'inspire d'un passage du Livre V des Métamorphoses d'Ovide : les neuf Piérides, filles de Pirus, défièrent les neuf Muses sur l’Hélicon en un concours de chant qu’elles perdirent. Au centre du tableau, Apollon, avec à sa gauche Athéna, ordonne la métamorphose des Piérides en oiseaux. A droite d'Apollon, Dionysos, vaincu, est représenté de dos.
Hendrik van Balen (vers 1575-1632) : Le Festin des dieux
© Louvre.edu Dans ce Festin des dieux, Bacchus ne figure pas à la table des Olympiens : il est assis sur une sorte de pierre sculptée, couronné de lierre et vêtu d'un drapé bleu roi, se laissant verser du vin par un satyre dans une coupe que lui présente un putto dont la peau est grisâtre face à la couleur chaude de la carnation dionysienne.
Pierre Paul Rubens : Le Conseil des dieux pour le mariage de la France et de l'Espagne (1621-1625)
© Louvre.edu Dans ce Conseil, la raison ne règne guère : tandis que Mars semble occupé avec Apollon et sans doute Vulcain à chasser quelques Géants hors de la salle du Conseil, Dionysos susurre à l'oreille d'une déesse un argument dont on peut penser qu'il relève de la persuasion si l'on regarde le dieu, ou plutôt de la séduction si on regarde le visage de la déesse.
Nicolas Poussin : La Naissance de Bacchus (vers 1630)
© Louvre.edu Face à cet affadissement du mythe, on voit la valeur de la peinture de Poussin, qui dans La Naissance de Bacchus (vers 1630), retrace habilement, en une narrativité qui se lit de la droite à la gauche du tableau : l'enfant blond couronné de lierre couché sur le corps illuminé d'une autre mère que celle qui le fut de foudroyante façon, puis l'enfant chevreau soustrait à la colère investigatrice d'Héra, puis l'enfant plus grand initié au vin par les satyres, sous le regard protecteur d'une fileuse (la Parque qui l'arrache à la mort ?) avant de récompenser l'autre fileuse abandonnée par Thésée. Ce destin écrit de droite à gauche se lit émotionnellement dans l'autre sens, comme si on allait d'une image évidente qui étiquette le dieu (le buveur intempérant) à une image qui lui rend son humanité (la victime de l'hybris soufflée à Sémélè par Héra : voir son divin amant au risque de perdre son enfant et sa vie).
Nicolas Poussin : Bacchanale à la joueuse de guitare dit aussi La Grande Bacchanale (vers 1627-28)
© Louvre.edu Ce deuxième tableau est étonnant par l'interprétation qu'il donne de l'ivresse bacchique : l'abandon au vin est comme l'abandon de l'enfant repu de lait ; un enfant est d'ailleurs représenté au premier plan, aux pieds de celui qu'on croit être Bacchus, tandis que deux compagnons de boisson semblent veiller avec délicatesse au sommeil du dieu.
En fait, là aussi, la mythologie est ramenée à l'humain : cinq jeunes gens, trois enfants et deux femmes fêtent les vendanges en une scène innocente qui anticipe tous les déjeuners sur l'herbe.Johan Georg Platzer (1704-1761) : Bacchus et Ariane
© Louvre.edu L’argument mythologique apparaît dans ce tableau " comme le prétexte à un exercice de virtuosité d’accumulation d’objets et de figures, rendus avec la facture miniaturiste d’un artiste très marqué par la peinture de genre du XVIIe siècle hollandais, et par ailleurs l’auteur de scènes galantes situées dans la société viennoise contemporaine." (Louvre.edu, Claire Barbillon).