LA TERRE PLANETE OCEANE   

4 – LA CIRCULATION OCEANIQUE DE SURFACE

4.3- De l’énormité des transports d’eau

A une latitude donnée, le flux d'eau transporté par les courants ne dépend pas de la pente de la topographie dynamique mais de la différence de niveau de la surface de la mer de part et d'autre du courant. En effet, un courant intense d'une centaine de kilomètres de large ne transporte pas plus d'eau qu'un courant faible réparti sur plusieurs milliers de kilomètres. Par exemple, le transport d'eau vers le nord effectue par le courant de Floride est proche de celui qui retourne vers le sud dans le reste du bassin.
Les quantités d'eau ainsi transportées sont considérables. Pour mesurer leur flux, on utilise comme unité le Sverdrup (Sv), qui vaut un million de m3/s. Pour fixer les ordres de grandeur : l'ensemble des rivières du monde forme un flux de 1 Sv et les précipitations au-dessus des océans sont de l'ordre de 10 Sv.
Le courant de Floride transporte 30 Sv. Au sud des bancs de Terre-Neuve, le Gulf Stream atteint 130 Sv. Le courant antarctique circumpolaire transporte par endroit jusqu'à 135 à 180 Sv. Ce volume est d'autant plus impressionnant que la quantité d'eau déplacée directement par le vent est assez faible. Ainsi, dans l'océan Atlantique Nord, la quantité d'eau poussée vers le sud par les vents tempérés et empilée au centre du bassin n'est que de 5 Sv. L'océan amplifie ce petit transport de surface sous forme de circulation géostrophique interne et par entraînement. L'énergie des grands courants est au moins cinq fois supérieure à celle fournie par les vents.