LA VILLE DE TUNIS

LA CROISSANCE DE TUNIS : ses effets sur la morphologie de l’agglomération actuelle

 

L’héritage précolonial : la ville musulmane ou médina

 Fait urbain ancien dans le monde arabo - musulman :les médinas sont avantagées par rapport au monde rural à la fois pour des raisons religieuses, historiques (héritage urbain de l’antiquité gréco - romaine) et économiques (villes - carrefours commerciaux ) dans un monde qui vit de sa position stratégique commerciale entre l’orient et l’occident.

 La médina est un espace urbain aux caractéristiques qu’il faut rappeler, car au delà des apparences, il marque durablement la ville arabe moderne (cf. carte). Rappeler que la médina est le lieu d’une double ségrégation de l’espace urbain :

  • ségrégation entre l’espace public central (le souk autour de la grande Mosquée) à la fois politique, commercial et religieux, et l’espace habité, privé.
  • ségrégation dans l’espace habité entre les rues publiques (les zquaq et les souika) et les ruelles privées se terminant en impasse (les derbs) pour préserver l’intimité de la vie familiale ou clanique du regard des autres (qui se conjugue aussi avec les murs aveugles sur la rue, l’horizontalité de l’habitat etc...).

L’espace privé des derbs représente 69% de la médina de Tunis et de ses faubourgs ! Elle occupe environ 600 ha en 1902 (le protectorat français remonte à 1881...), ce qui est encore sa superficie actuelle. En 1902, le territoire urbain de Tunis coïncide avec celui de la Médina. La ville possède 100 000 habitants et semble tourner le dos au littoral.

 Naissance d’une ville duale : l’héritage colonial (1900-1956)

Sur l’espace compris entre le port et la colline qui abrite la médina, les français fondent une deuxième ville, au bâti vertical (immeubles de 6 étages, larges rues et avenues ordonnées selon un plan en damier), aux espaces publics prépondérants, nettement orientée vers les nouvelles fonctions de lien avec la métropole française. Un port en eau profonde est construit au bord de la mer, à La Goulette et un chenal d’accès à travers le lac de Tunis est creusé pour maintenir le lien avec la ville.

La ville européenne est l’exacte inverse de la médina :espace ouvert, aéré, tourné vers le littoral qui accueille aussi les infrastructures ferroviaires et routières drainant les richesses et les hommes de l’arrière pays. Des extensions de cet espace ont lieu dans 3 directions :

Vers le Nord-est, se développent des quartiers à fonction plutôt administrative et résidentielle (quartiers de Mutuelleville et du Belvédère) avec ses extensions " chics " le long du littoral (les stations balnéaires de Carthage, Sidi Bou Saïd et la Marsa). Le Nord-ouest se développe de l’autre côté de la médina, autour du nouveau quartier du Bardo, aux fonctions également administratives (prolongement de l’ancien pôle turc de la médina/ quartier du bey). Plus loin, se développent des habitats plus populaires, sur le mode du bâti horizontal identique à celui de la médina.

Vers le sud-est, autour de la gare, s’implantent des entrepôts et des activités industrielles et un habitat également populaire.

Les contraintes du site (présence du lac de Séjoumi à l’ouest de la médina et du lac de Tunis à l’est) donnent déjà à l’agglomération naissante son aspect en " trognon de pomme " et contrarient son développement en auréoles concentriques harmonieuses.

 

En conclusion, développement d’un hypercentre à l’aspect dualiste fortement marqué du fait de la colonisation et de périphéries se situant dans le prolongement géographique de cet espace fortement ségrégatif. L’agglomération occupe une superficie de 3300 ha.