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Mise à jour : Août 2003

 

 

  

Le Projet PROXIMA
Pour une appropriation de l'Internet
à l'École et dans les Familles

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- Lettres de mission 
- Avant-propos
- Première partie : la formation des citoyens de la Société de l'Information
- Deuxième partie : le projet PROXIMA  
- Recommandations  
-Annexes 

1. Première partie : la formation des citoyens de la société de l'information

-1.1 Les origines de la fracture numérique
-1.2 Pour une appropriation de l'Internet dans les familles
-1.3 Accompagner les mutations de l'Internet
-1.4 Internet et communautés en ligne
-1.5 Vers un débat citoyen sur les enjeux de l'Internet

1.1 Les origines de la fracture numérique

La fracture numérique fait l'objet de nombreux débats sur son étendue, ses conséquences mais aussi sur les moyens de la combattre pour éviter que ne se crée une Société de l'Information inégalitaire. Pour Manuel Castells la fracture numérique « ne sépare pas tant ceux qui ont un accès à l'internet de ceux qui n'en ont pas, mais ceux qui savent quoi en faire culturellement de ceux pour qui ce n'est qu'un écran d'annonces accompagné de passe-temps ludiques. »

Contrairement à la thèse défendue par Benjamin Compaine , pour qui l'Internet devrait connaître une montée en puissance similaire à celles de la radio et de la télévision, l'extension de l'Internet vers l'ensemble des foyers se heurte à des obstacles (notamment technologiques et culturels) que les autres médias n'ont pas rencontrés. A la relative stabilité technique des médias traditionnels s'oppose aujourd'hui l'évolution rapide des technologies de l'Internet et des ordinateurs personnels. Là où la télévision et la radio ont pu pendant plusieurs décennies, habituer leurs utilisateurs à une interface simplifiée, l'Internet « réinvente » ses technologies à chaque évolution des logiciels et doit donc faire l'objet d'un apprentissage quasi-permanent. La progression de l'Internet dans les foyers ne pourra donc pas égaler celles des autres médias tant que subsisteront d'importantes difficultés à maîtriser les outils techniques qui sont nécessaires à la consultation des informations. De plus, à la différence des autres médias, la maîtrise de ces technologies n'est pas seulement utile dans le domaine de la culture ou des loisirs mais bien dans l'ensemble des activités quotidiennes des citoyens et en particulier dans leur travail.


Schéma 1 : lieux de consultation de l'Internet en Europe (Source : Eurobaromètre 135)

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1.1.1 Internautes : un profil encore « marqué »

La définition même du terme « internaute » soulève encore de nombreuses controverses. Si un tiers des Français se déclarent familiarisés avec l'Internet , il convient de distinguer ceux qui en ont une pratique régulière de ceux, beaucoup plus nombreux, qui n'en ont qu'une fréquentation épisodique. Si de nombreuses études qualifient d'internautes les usagers occasionnels du web, seule la mesure de l'usage régulier du courrier électronique constitue l'indicateur le plus fiable de l'intégration de l'Internet dans les foyers. Dans une perspective d'appropriation active de l'Internet, la mesure du nombre de sites et de pages web créés constituera un autre indicateur important.
Quant au profil sociologique des internautes, s'il a évolué ces dernières années, certaines caractéristiques demeurent. Les internautes français restent encore majoritairement jeunes, urbains, masculins, à haut niveau d'éducation et de revenus. D'autres caractéristiques montrent qu'une « techno-réticence » s'est installée dans la population française en particulier chez les personnes âgées. Même si 20 % des « seniors » européens utilisent l'Internet, la France reste (avec l'Espagne) le pays où les personnes âgées se connectent le moins à l'Internet . Au-delà d'une réaction de rejet face à la complexité des technologies, plusieurs raisons pourraient expliquer les difficultés qu'éprouvent certains utilisateurs. Ainsi, la nature des contenus et des services disponibles sur Internet pourrait constituer la nouvelle “frontière” de la fracture numérique.

Schéma2 : évolution sur une année de l'équipement des familles en Europe
(Source Eurobaromètre 103/Commission Européenne)



En effet, l'Internet reste encore massivement orienté vers les populations les plus aisées. Les familles aux plus faibles revenus éprouvent souvent des difficultés à trouver des contenus et des services qui leur soient destinés. L'étude menée par l'association familiale Children Partnership a montré que les familles aux plus faibles revenus, alors même que certaines d'entre elles pourraient se connecter à l'Internet, ne le font pas, en particulier parce que la nature des services ainsi que le langage utilisé sur les sites ne leur sont pas accessibles. Cette difficulté provient aussi du fait que les services sont encore majoritairement élaborés par des cadres technophiles pour des cadres technophiles. Les commerçants qui ont le plus développé leurs activités en ligne s'adressent encore en priorité aux cadres (voir sur ce point l'étude de l'Acsel ) et cela en raison d'un profil des internautes encore largement inégalitaire. Le risque de la pérennisation de cette tendance serait que les contenus et services disponibles sur Internet deviennent de plus en plus difficiles d'accès pour les personnes ne bénéficiant pas d'un bagage culturel ou technique suffisant pour les maîtriser.

Les technologies semblent évoluer en vase clos et leur diffusion vers l'ensemble de la société semble s'éloigner à mesure que celles-ci évoluent. Cette évolution pourrait aussi démontrer les limites actuelles de l'attractivité de l'Internet, cet « effet réseau » qui voulait que l'attractivité du réseau soit directement liée au nombre de personnes connectées semble se heurter à de nouveaux obstacles. Ainsi, à l'opposé des utilisateurs du réseau, un autre « noyau dur » de personnes réfractaires à l'usage de ces technologies s'est créé. C'est ce double phénomène qui apparaît en filigrane des études sur le développement de l'Internet réalisées par le SESSI et l'institut CSA .

Pour une analyse détaillée des origines culturelles des réticences françaises dans le domaine des technologies, lire le rapport Des pyramides du pouvoir aux réseaux de savoirs (tome I et tome II) par le Sénateur René Trégouët, http://www.senat.fr/rap/r97-331-t1/r97-331-t1.html


Les mesures à adopter pour élargir le cercle des utilisateurs devront donc prendre en compte les particularités culturelles et technologiques qui sont à l'origine des réticences observées .




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1.1.2 Les héritières d'Ada Lovelace : les femmes et la fracture numérique

Comme l'ont montré des études françaises et européennes, les femmes continuent d'être nettement moins connectées à l'Internet que les hommes. En Europe, même si le profil des internautes à évolué ces dernières années, la situation est encore très variable suivant les pays. La population des internautes français est parmi les plus « masculines » avec plus de 60 % d'hommes . Au rythme actuel la parité ne devrait être atteinte en France qu'en 2010 . Si aux Etats-Unis les femmes représentent la majorité des internautes « à domicile », elles sont encore nettement minoritaires lorsqu'il est question de la connexion sur le lieu de travail . Plusieurs raisons sont évoquées pour expliquer ce décalage ; d'une part la participation encore minoritaire des femmes à l'ensemble des métiers des technologies de l'information et d'autre part, le centrage excessif des services disponibles vers les populations technophiles et masculines. Les études sur la consultation des sites montrent que les femmes ont une attitude plus pragmatique (ou moins « techno-ludique ») lors de leur navigation sur Internet. Comme l'ont remarqué plusieurs études , la nature et le type de navigation sont différents lorsqu'ils correspondent à un projet et pas uniquement à une curiosité ludique vis-à-vis des informations consultées. Il existe en effet d'importantes différences entre le fait de flâner sur le web et celui de chercher des informations dans le cadre d'une démarche de création. Ainsi pour Barbara Fillip, les hommes sont en général plus intéressés par les performances techniques des systèmes informatiques qui permettent de « projeter » le savoir à distance, là où les femmes se déclarent plus intéressées par la possibilité de créer des communautés d'apprenants

http://www.worldbank.org/gender/digitaldivide/020912fillip.ppt communication du Dr Barbara Fillip, Présidente de Knowledge for Development lors du séminaire de la Banque Mondiale « Les Femmes et la Fracture Numérique » (12 septembre 2002) http://www.worldbank.org/gender/digitaldivide/index.htm

. C'est précisément ce pragmatisme qui est nécessaire pour concevoir et développer des ressources plus conviviales sur Internet (en particulier dans le domaine de l'éducation ou du travail collaboratif).

Ainsi, les services de proximité mis en place avec les collectivités locales dans le cadre des Cartes de Vie Quotidienne devront être élaborés en tenant compte des besoins des femmes internautes. Les concepteurs devront intégrer davantage les remarques des utilisatrices dans l'élaboration des nouveaux services. Dans le cas contraire, là encore, les risques de fragmentation de la population connectée pourraient avoir des conséquences sur le développement social de l'Internet. Plus qu'une forme de « cyber-sexisme » , c'est la participation même des femmes au processus d'élaboration des contenus, des services et des idées sur Internet qui pourrait ainsi être remise en cause.

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1.1.3 Des technologies encore trop complexes
L'informatique personnelle est encore marquée par une complexité sans équivalent dans le reste du monde industriel. Dans ce domaine, une différence considérable persiste entre les ordinateurs et l'ensemble des accessoires électroniques présents dans les foyers. Si la plupart des accessoires électroniques « grand public » tendent à se doter de microprocesseurs, ils ne sont pas pour autant perçus comme des « ordinateurs domestiques » par leurs usagers. En effet, lorsqu'ils sont intégrés dans les appareils électroménagers ou de loisirs, ces systèmes ne nécessitent pas un apprentissage lourd. L'une des caractéristiques des technologies « grand public » est qu'elles doivent pouvoir être utilisées sans notice explicative (comme c'est déjà le cas des logiciels de loisirs). Les ordinateurs, les systèmes d'exploitation ainsi que les logiciels usuels sont encore très loin de répondre à ce critère.

Le paradoxe de la micro-informatique est lié à la « convergence » de l'ensemble des fonctions vers un terminal unique. Loin de simplifier l'usage de ces technologies, cette « unification » s'est accompagnée d'une complexité toujours plus grande. En effet, depuis la création des premiers microprocesseurs, la puissance des machines a cru de manière régulière ce qui leur a permis d'intégrer à chaque génération de nouvelles fonctions.
La loi qui explique cette évolution a été formulée par le co-fondateur d'Intel l'un des principaux fabricants de microprocesseurs : selon la « Loi de Moore » le nombre de transistors présents sur les microprocesseurs double tous les dix-huit mois et avec lui, la puissance des microprocesseurs. Ainsi, à chaque génération de machines, des nouveaux systèmes d'exploitations voient le jour, plus exigeants, plus riches en fonctionnalités mais aussi plus complexes et pas nécessairement plus rapides pour les utilisateurs finaux.
Le bien-fondé de la course à la puissance de l'informatique personnelle est de plus en plus remis en cause. Le magazine Red Herring parlait même de la « tyrannie de la Loi de Moore » et de sa nécessaire remise en question. Cette obsession de la puissance pourrait entraîner l'ensemble de l'industrie des technologies dans une quête contraire aux intérêts des usagers eux-mêmes. De la même manière, les logiciels usuels (comme les traitements de texte) ont vu leurs fonctionnalités s'enrichir à mesure que les machines développaient une plus grande puissance de traitement, ce qui les a rendus plus difficiles à maîtriser pour les utilisateurs néophytes. Cette complexité est aussi en train de gagner les autres accessoires électroniques lorsque leurs concepteurs souhaitent les rapprocher du fonctionnement des ordinateurs .

Plus généralement l'interface des ordinateurs personnels est aussi à l'origine de nombreuses difficultés d'appropriation. Si les interfaces basées sur les menus, fenêtres et icônes ont révolutionné la micro-informatique lors de leur introduction dans le milieu des années quatre-vingt, elles n'ont pour l'essentiel pas évolué depuis. Les différents éléments de ces interfaces constituent pourtant un environnement symbolique trop abstrait pour une part importante des utilisateurs potentiels de ces ordinateurs.
Pour Neil Gershenfeld , l'une des erreurs de la micro-informatique est d'avoir restreint les échanges avec l'utilisateur à l'espace symbolique du « bureau virtuel ». Le niveau d'abstraction que requièrent ces interfaces et leur variabilité (suivant les situations rencontrées ou suivant les logiciels utilisés) réclament une attention soutenue et constituent une « barrière » invisible mais très présente pour de nombreux utilisateurs. Pour se développer pleinement, l'informatique personnelle devra atteindre la simplicité d'usage des autres objets du quotidien. Ce développement reposera plus sur la création d'objets dédiés à une fonction, que sur la sophistication des interfaces d'une machine unique.


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1.1.4 Des obstacles économiques toujours présents
-La stabilité du prix des ordinateurs

Le coût du matériel nécessaire à la connexion constitue le premier frein économique à la diffusion de l'Internet. L'ordinateur personnel reste pour l'instant le vecteur dominant (à plus de 95 %) de l'accès à l'Internet. Malgré une diffusion importante, ces machines constituent encore une dépense importante pour les foyers ainsi que pour l'ensemble des établissements scolaires qui s'équipent en ordinateurs personnels.
Le prix moyen des micro-ordinateurs a connu une remarquable stabilité jusqu'au milieu des années quatre-vingt-dix, date à laquelle l'Internet a commencé à séduire un plus large public. Ainsi, de 1981 à 1995, le prix d'un PC est resté dans une fourchette comprise entre 1500 et 2500 dollars (cf. schéma 3), ce qui situait ces machines bien au-delà des prix des accessoires électroniques « grand public ».



Schéma 3 : Dataquest/J. Carrey


Comme l'a démontré la croissance du nombre d'utilisateurs de l'Internet en Europe et aux Etats-Unis, la baisse du prix du matériel et de la connexion constitue l'un des leviers essentiels pour la diffusion de ces technologies vers le grand public. Si aux Etats-Unis il est désormais possible de trouver dans les grandes chaînes de distribution des ordinateurs individuels équipés du système d'exploitation Linux à moins de 200 dollars, en Europe, l'ordinateur personnel est encore situé bien au-delà de la fourchette de prix des accessoires électroniques. La « massification » de ces technologies ne pourra devenir une réalité que lorsque les ordinateurs seront accessibles à des prix voisins de ceux pratiqués pour les accessoires comme les magnétoscopes ou les lecteurs DVD

-Des coûts de connexion encore élevés

En plus du matériel, les coûts de connexions ont aussi un impact considérable sur le développement de l'Internet dans les familles. Ainsi, en 1999, le nombre d'internautes italiens a fait un bond de 165 % grâce à l'apparition de fournisseurs d'accès gratuit à l'Internet.

Une autre évolution importante des connexions concerne la montée en puissance des accès rapides. Les raisons du succès des solutions d'accès à haut débit font pourtant l'objet d'analyses contradictoires. En effet, les connexions à haut débit possèdent deux avantages cruciaux en dehors de la rapidité de transmission. D'une part, la connexion permanente supprime le temps nécessaire à l'établissement de la connexion. D'autre part la tarification forfaitaire illimitée évite aux utilisateurs de s'inquiéter du prix de leurs connexions.

Si les internautes connectés via des liaisons rapides utilisent davantage les systèmes d'échanges de fichiers de pair à pair, on note aussi qu'ils sont nettement plus utilisateurs de messageries instantanées (40 % contre 15 %) alors même que ces applications n'exigent pas une liaison rapide. De la même manière, les utilisateurs de connexions à haut débit échangent davantage de courriers électroniques. L'analyse des usages de l'Internet montre que les liaisons à haut débit ne sont pas toujours utilisées pour la rapidité de transmission mais plutôt pour leurs bénéfices « annexes » : leur caractère permanent et leur tarification forfaitaire. Ce qui faisait dire à Patrick Leleu le PDG du câblo-opérateur Noos, que plus que l'accès au haut débit, « L'Internet pour tous... passe par le bas débit illimité ».

L'accès forfaitaire illimité reste donc un élément stratégique dans l'appropriation de l'Internet. Malgré de nombreuses initiatives publiques et privées , la France reste, à la différence de ses voisins britanniques ou hollandais, l'un des pays où l'accès sur le téléphone classique ne bénéficie pas de tarification forfaitaire illimitée. Or, la connexion téléphonique constituera le moyen d'accès dominant à l'Internet pour de nombreuses années encore .

L'immense majorité des utilisateurs actuels de solutions d'accès à haut débit ont d'abord été des usagers des fournisseurs d'accès Internet sur le téléphone. C'est à la fois le cas pour les internautes néophytes mais aussi pour les internautes situés en dehors des zones câblées ou équipées de liaisons ADSL.

L'argument le plus souvent invoqué pour refuser la mise en place de forfaits téléphoniques illimités repose sur le risque de « capture » de la bande passante par une fraction limitée des usagers. Il convient, cependant, de noter que lors de la phase d'appropriation, tous les internautes sont amenés à consacrer un temps important à la découverte de l'Internet ainsi qu'à la maîtrise de leur système informatique. Si un nombre limité d'internautes sollicite de manière intensive leurs liaisons (en particulier à des fins d'échanges de fichiers), c'est aussi dans cette population que se recrutent les utilisateurs « pionniers » qui exploreront les nouveaux usages avant qu'ils ne se généralisent. L'absence de forfait sur le téléphone classique risque donc d'être un frein à l'émergence de nouveaux usages pour l'ensemble des internautes. La nécessité d'établir un forfait illimité sur le téléphone classique reste donc d'actualité.


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1.1.5 Vitesse d'adoption et profil des usagers

Dans les prochaines années, la vitesse d'adoption de l'Internet dans les foyers aura aussi des conséquences sur le profil général des utilisateurs. C'est en particulier ce que décrit le sociologue Josep Burcet (cf. schéma 4). Plus la diffusion de ces technologies sera rapide, plus le nombre d'internautes actifs qui conçoivent des ressources nouvelles sera important. A l'inverse, une adoption lente de ces technologies pourrait accroître la proportion d'utilisateurs passifs. Pour des raisons économiques et sociologiques, l'usage des technologies se stabiliserait alors autour des seuls utilisateurs actuels.
Cette perspective comporte de nombreux risques économiques et politiques, c'est ce que note Manuel Castells en déclarant « Plus la démocratisation d'Internet sera retardée, plus le Web se développera autour de valeurs qui ne sont pas celles de l'ensemble de la société... » .
A terme, les mesures prises pour combler la fracture numérique, pourraient en particulier modifier la part relative des internautes actifs et celle des utilisateurs passifs (ou des « non-utilisateurs »). Les effectifs des différentes catégories d'utilisateurs pourraient varier considérablement suivant que l'on privilégie les usages liés à la production d'information et de service ou au contraire si l'on reste dans une logique de services « prêts à consommer ».

Schéma 4 : scénario d'évolution du profil des internautes


Si nous ne réussissons pas à rendre les contenus de l'Internet plus attractifs et plus utiles pour les populations qui ne les ont pas encore adoptées, celles-ci risquent d'être durablement exclues de la « République Numérique ».


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1.1.6 Éviter la « balkanisation numérique »

La perspective d'une population d'internautes, essentiellement consommateurs et faiblement émetteurs d'informations pourrait ralentir la mise en place des innovations sociales et économiques des réseaux. Au-delà de la fracture numérique, le risque auquel nous devons faire face est celui d'une fragmentation de l'Internet, ce que certains auteurs nomment parfois la « balkanisation numérique ». Plus généralement, cette évolution de l'Internet, constituerait un obstacle important à la réalisation des objectifs démocratiques affichés par l'ensemble des pays développés. Un Internet « censitaire » pourrait en effet avoir des conséquences sur le fonctionnement démocratique de nos sociétés.

Lorsque l'Internet a commencé à se diffuser en dehors des cercles scientifiques, l'analyse qui prévalait était que l'appropriation technique pourrait à elle seule combler la fracture numérique. Cette analyse est désormais clairement insuffisante pour inciter les segments de population qui n'y ont pas accès à utiliser ces technologies. Plus qu'une formation technique, c'est la compréhension des apports concrets de l'Internet qu'il faut développer. Ce n'est qu'en démontrant leur utilité et en associant plus largement les citoyens, que ces technologies pourront gagner de nouveaux usagers. Le développement de nouveaux services vers les citoyens impliquera qu'ils en deviennent les acteurs en terme de conception et d'évolution.

Pour développer l'Internet en dehors des seules populations techno-instruites, il convient de développer des actions vers trois cibles prioritaires : les familles aux plus faibles revenus, les personnes âgées et les femmes. Cette sensibilisation ne sera efficace que si elle s'effectue au travers de services qui concerneront directement les citoyens, dans leurs activités professionnelles, dans leurs relations avec les acteurs éducatifs ainsi que dans leurs démarches auprès des acteurs publics. C'est aussi en modifiant l'utilité réelle du réseau pour les populations les moins connectées (en agissant sur la nature et la qualité des services disponibles) qu'il sera possible d'influer durablement sur le niveau d'équipement des familles.

Si nous souhaitons que l'Internet devienne un espace de création et de dialogue pour tous les citoyens, il convient de s'interroger à la fois sur la nature des services et sur l'architecture des systèmes. A mesure que se développeront les services publics sur Internet, nous devons veiller à ce que cette « Hyper-République »

L’Hyper-République - Bâtir l’administration en réseau autour du citoyen rapport remis à Henri Plagnol, secrétaire d'Etat à la Réforme de l’Etat par Pierre de La Coste, le 10 janvier 2003
http://www.internet.gouv.fr/francais/textesref/rapdelacoste/sommaire.htm

(comme Pierre de La Coste la désignait de façon imagée ) ne reste pas seulement l'apanage d'une « hyperclasse » mobile, techno-instruite et cultivée.

 

 

 

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