L'Euro: zone monétaire optimale et critères de Maastricht
Dossier
L'auteur du dossier remercie les rédacteurs en chef d'Alternatives économiques, d'Ecoflash et du journal Le Monde de l'avoir autorisée à reproduire les textes ci-dessous
Doct 1
LA THÉORIE DES ZONES MONÉTAIRES OPTMALES
La théorie des zones monétaires optimales apparaît pour la première fois dan un article de R.A. Mundell en 1961 J4]. La principale condition d'optimalité d'une zone économique est la mobilité des facteurs de production. Sous cette condition, un système de change fixe (ou une monnaie unique) à l'intérieur de la zone et un système de chances flottants vis-à-vis des pays tiers permettent un ajustement rapide des déséquilibres. Ainsi, un choc asymétrique à l'intérieur de la zone se traduit par un mouvement de capitaux et de main d'oeuvre rétablissant l'équilibre entre l'offre et la demande. Mfilton Friedman cite fréquemment l'exemple de la récession subie il v a quelques années par la Nouvelle-Angleterre; cette récession s'étant traduite par une fuite des capitaux et des hommes vers le sud des États-Unis.
En revanche, en l'absence de mobilité des facteurs de procluction, une zone économique n'est pas optimale et un choc asymétrique nécessite un ajustement Monétaire sans quoi la région touchée subira un accroissement du chômage et un déficit de sa balance des paiements, alors que les pays partenaires auront une balance excédentaire et des tensions inflationnistes
L-'analyse de Mundell, en termes d'arbitrage changes fixes-changes fiottants à l'intérieur d'une zone économique. a fait l'objet de nombreux développements. Maic Kinnon [51 ajoute le degré d'ouverture comme factetir d'optimalité,- plus les économies sont ouvertes, plus les changes jïxes sont avantageux car ils permettent de stabiliser des économies très sensibles aux variations de changes. Suite à l'introduction des aspects financiers par Scitovskv 161 et Ingram [7], il semble aujourd’hui qu'une intégration financière forte soit également un facteur d'optimalité: celle-ci assure en effet aisément les transferts financiers nécessaires à l'ajustement des déséquilibres (notamment, les déséquilibres de balances des paiements).
Plus récemment, Kindleberger [8] souligne qu’une union monétaire suppose, outre les facteurs objectifs précédents, un consensus entre les différents pays.sur les objectifs politiques essentiels, notamment l'arbitragé infiation-chômage.
Ecoflash, avril 1997.
Doct 2
Trente ans de marche vers l'euro
- 1972 : création du serpent monétaire européen pour établir une zone de changes fixes en Europe en réaction à l'adoption de changes flexibles par les Etats-Unis.
-1973 : création du Fonds européen de coopération monétaire qui aide les banques centrales nationales à maintenir la parité de leur monnaie dans le serpent monétaire.
- 1978 : accord pour instaurer un système monétaire européen (SME) qui limite les variations de taux de change entre monnaies européennes. La solidarité entre banques centrales est renforcée. Le SME entre en vigueur en 1979.
- 1985 - adoption de l'Acte unique européen avec pour projet d'établir progressivement un marché unique prévoyant la libre circulation des marchandises, des services, des hommes et des capitaux.
- 1992 : adoption du traité de Maastricht créant l'Union européenne et prévoyant la mise en place d'une monnaie unique à la fin de la décennie. Crise du SME. a 1993 : nouvelles attaques spéculatives au sein du SME.
- 1993 :nouvelles attaques spéculatives au sein du SME. Les marges de fluctuations autorisées sont fixées à +/- 15 %.
- 1994 : création de l'institut monétaire européen qui préfigure la future Banque centrale européenne (BC a Mai 1998 . détermination des pays retenus pour participer à l'euro dès le 1" janvier 1999. Nomination du Conseil de la Banque centrale européen
- Mai-décembre 1998 : mise en place de la Banque centrale européenne.
- 1" janvier 1999 : instauration officielle de la monnaie unique. Les taux de change entre monnaies européennes deviennent irrévocables. Les monnaies nationales ne plus que des divisions de l'euro.
- 1" janvier 1999-31 décembre 2001 . période transitoire.
- 1" janvier 2002 : mise en circulation des billets et des pièces en euro, et retrait progressif des monnaies nationales.
- l- juillet 2002 au plus tard . suppression du cours légal des billets et des pièces libellés en monnaies nationales.
Alternatives Economiques, n°159, mai 1998.
Doct 3
…l'intégration économique e la zone euro est forte et la mise en oeuvre du marché unique et de l'euro la renforce, créant ainsi les conditions d'évolutions parallèles de l'ensemble des prix. Dans le même temps, l'écart des niveaux de vie ou les différences entre systèmes sociaux, fiscaux ou de négociation salariale demeurent considérable-
Alternatives Economiques, Hors-série n°38, 4ème trimestre 1998.
Doct 4
Les critères de Maastricht
Trois critères impératifs
- Inflation : ne pas excéder de plus de 1,5 % le taux d'inflation des trois Etats membres présentant le taux le plus bas.
Taux d'intérêts à long terme : ne pas excéder de plus de 2 % les taux d'intérêt à long terme des trois Etats membres présentant les meilleurs résultats en terme d'inflation.
- Taux de change : participation au système monétaire européen et stabilité du cours pivot depuis deux ans.
Deux critères laissés à l'appréciation du Conseil des ministres
- Déficit budgétaire 3 % du PIB, s'en rapprocher ou ne s'en éloigner que temporairement de façon limitée.
- Dette publique 60 % du PIB ou en diminution suffisante.
Alternatives Economiques, n° 134, février 1996.
Doct 5
Pour être qualifié pour l'euro, les pays candidats ont dû satisfaire à cinq critères de convergence. Les trois premiers concernent la convergence des prix, des taux d'intérêt à long terme et l'appartenance au mécanisme de change du système monétaire européen (SME). Ils mesuraient la capacité du candidat à supporter la discipline de la monnaie unique. L’exigence d'une convergence des taux d'inflation est de bon sens : une fois l'euro en place, les pays participants ne pourront plus modifier leur taux de change vis-à-vis du reste de la zone euro. il importait donc que le taux d'inflation de chaque pays soit dans la moyenne de la zone, faute de quoi sa compétitivité serait rapidement mise en cause et, avec elle, son niveau d'activité et d'emploi.
…Les taux d'intérêt à long terme traduisent l'appréciation portée par les investisseurs sur le risque futur de dévalorisation de la monnaie, qu'il résulte de l'inflation ou d'une modification des taux de change. Exiger leur convergence revenait à n'admettre dans l'euro que des pays pour lesquels les investisseurs anticipaient un risque identique à celui de l'ensemble de la zone.
…Les deux derniers critères concernaient l'endettement des Etats : le déficit public et la dette publique en pourcentage du produit intérieur brut (PIB). Le premier indique l'évolution du flux d'endettement et le second le niveau du stock. Ces critères avaient surtout pour but de s'assurer de la vertu budgétaire des candidats à l'euro : un pays endetté ou qui s'endette est suspect de vouloir dévaloriser son stock de dettes en laissant filer l'inflation et donc d'être favorable à une politique monétaire trop expansive
Alternatives Economiques, Hors-série n°38, 4ème trimestre 1998.
Doct 6
… les critères retenus sont fort discutables et les efforts faits par tous les pays pour les respecter plongent aujourd'hui l'Europe dans une stagnation peu favorable à la popularité de l'idée européenne. Cette convergence récessive est d'autant plus absurde qu'il sera bien plus facile de réduire les déficits après, en monnaie unique, du fait de la baisse des taux qui devrait en résulter. Notons, en outre, que la barrière des 3 % est contestable.
Le "bon " niveau de déficit dépend du taux d'intérêt, du niveau de la dette publique et du taux d'épargne intérieur: il n'y a pas de mal pour un Etat à s'endetter si les taux sont bas et si les bénéfices tirés du surcroît de dépenses publiques permettent demain de rembourser la dette. Il n'y pas non plus de mal à s'endetter si les entreprises et les ménages ont un fort taux d'épargne. Les dépenses publiques peuvent venir alors compenser le faible niveau de la demande privée. De même, le bon niveau de la dette dépend de multiples facteurs comme le niveau de croissance et l'état démographique. Un pays en forte croissance peut supporter un niveau de dette élevé. Un pays stagnant doit au contraire gérer ses comptes avec rigueur. Il était donc logique de prévoir, comme le fait le traité, une appréciation politique de ses critères.
Alternatives Economiques, Hors-série n°32, 2ème trimestre 1997.
Doct 7
Depuis trois ans que le traité de Maastricht est entré en vigueur, sa partie économique a été oubliée au profit d'une interprétation monétariste, contrairement à ce qui avait été négocié. Il faut donc mettre les points sur les i et affirmer que l'emploi et la croissance doivent être la priorité des politiques économiques européennes.
Le traité prévoit que les orientations à donner aux politiques économiques sont définies par les chefs d'Etat et de gouvernement. Mais, en pratique, ce sont les ministres des Finances qui se sont emparés de cette question et ceci dans le sens que vous savez. Il faudrait que les ministres des Affaires sociales soient impliqués dans la définition des orientations des politiques économiques, au même titre que les ministres des Finances, afin que l'avis présenté au Conseil des chefs d'Etat et de gouvernement résulte d'une confrontation politique entre ceux qui sont chargés de l'emploi et ceux qui sont chargés des équilibres financiers
Alternatives Economiques, n° 149, juin 1997.
Doct 9
BRUXELLES
(Union européenne)
de notre correspondant
En conclusion du rapport sur la " convergence " qu'elle soumet ce mercredi 25 mars aux Etats membres, la commission européenne " recommande " que onze des quinze pays de l'Union soient considérés comme remplissant les conditions nécessaires pour adopter la monnaie unique au 1,,janvier 1999. il s'agit des pays suivants . Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Finlande, France, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas et Portugal. La Grèce et la Suède ne remplissent pas encore les critères prévus par le traité. Quant au Danemark et au Royaume-Uni, ils ont exercé le droit inscrit dans ce même traité de ne pas participer pour l'instant à l'Union économique et monétaire (UEM).
Le 2 mai, sur la base de ce rapport, ainsi que de celui de l'Institut monétaire européen (IME), également publié ce mercredi, les chefs d'Etat et de gouvernement, qui disposeront alors de l'avis des ministres des finances, ainsi que du Parlement européen, confirmeront la liste des pays fondateurs de l'UEM. Le I,, janvier 1999 sera créée une zone euro de près de 300 millions d'habitants, qui représentera 19,4 % du PIB mondial et 18,6 % des échanges internationaux.
P. Lemaître, Le Monde, 26 mars 1998.
Questions
D’après le document 1, quelles seraient les conditions d’un zone monétaire optimale?
Dans quelle mesure les décisions prises par l’Europe de 1972 à 1994, ont-elles concouru à faire de l’Europe une zone monétaire optimale ? (Document 2).
Quelles sont les réalités qui pourraient limiter la mobilité du facteur travail en Europe ? (Document 3).
Définissez : taux d’intérêt et taux de change. Déduisez de vos définitions l’objectif des 3 critères de Maastricht. (Documents 4-5).
De quoi dépend la valeur interne d’une monnaie ? Pour quelle raison faut-il stabiliser et faire converger les prix des pays participant à la zone euro ?.(Documents 4-5).
Quelle peut être la conséquence d’un déficit budgétaire et donc d’une dette publique important, sur les taux d’intérêt ? (Documents 4-5).
Les 5 critères de Maastricht vous semblent-ils du point de vue économique, justifiés ? (Documents 4-5).
Quelles critiques, au plan économique, peut-on leur adresser? (Document 6).
Expliquez la phrase soulignée, dans le document 7.
Suffit-il de remplir les " critères " pour entrer automatiquement dans la zone euro ? (Document 9).