Introduction : entre respect de la diversité et rationalisation de l'ensemble
La SDTICE (Sous-Direction des Technologies de l'Information et de la Communication pour l'Education) du ministère de la Jeunesse, de l'Education nationale et de la Recherche organisait les 9 et 10 octobre 2003 à Lyon un séminaire sur "Normes et standards pour les activités numériques d'enseignement".
Béatrix Desmaison, adjointe de Benoît Sillard, sous-directeur chargé de la SDTICE, rappelle, en introduction au débat, que la mission de l'administration centrale "de généralisation des usages" innovants et des technologies dans l'éducation tend à s'élargir dans un contexte de développement de la société de l'information pour parfois "dépasser le cadre de l'école". Le ministère entend ainsi promouvoir "les usages pour les apprentissages" en général selon le principe de formation tout au long de la vie et "défendre les intérêts des utilisateurs finaux". Cela implique de "naviguer entre deux écueils", remarque Béatrix Desmaison : assurer le "respect de la diversité", pour éviter l'uniformisation peu souhaitable en éducation, tout en parvenant à une "rationalisation de l'ensemble", ce qui requiert l'interopérabilité des solutions technologiques.
La normalisation de l'enseignement à distance révèle donc toute son importance avec des enjeux nationaux pour mettre en place des produits et services adaptés aux usagers. "Le ministère affirme bien un rôle essentiel à jouer en lien étroit avec tous les partenaires", comme le montrent les chantiers des ENT (Espaces Numériques de Travail) et de l'ENS (Espace Numérique des Savoirs). Les débats autour de la normalisation renvoient également à des prises de position sur l'échiquier international. Le ministère "souhaite que la France prenne toute sa place", d'autant plus qu'avec "le développement de l'industrie de la connaissance, des champs s'ouvrent", ajoute Béatrix Desmaison.
Le séminaire de Lyon et Saint-Clément-les-Places se donnait pour objectif d'apparaître comme un "lieu d'échanges et de partage" afin de contribuer à l'élaboration d'un "langage commun" entre des participants venus de l'édition, du monde associatif, de l'enseignement supérieur, d'organismes institutionnels, d'entreprises... Il s'agissait pour eux de faire le point sur l'état de l'art dans le domaine des normes et standards avec la volonté de produire des éléments de décision pour l'action ministérielle à venir, tant politique que réglementaire puisque le ministère se positionne "comme prescripteur mais aussi comme financeur".
1) De l'importance d'une normalisation aboutie
Une application informatique qui ne fonctionnerait que sur une seule machine n'intéresserait personne, remarque Yolaine Bourda, professeur à Supelec et membre de la CN 36, commission miroir au sein de l'AFNOR (Association française de normalisation) du SC36, sous-comité constitué au sein d'ISO (Organisation internationale de normalisation) sur la question de la formation à distance (http://jtc1sc36.org). La normalisation vise à rendre accessible dans des environnements technologiques différents une application particulière, condition première pour permettre la mutualisation des ressources. Yolaine BourdatBourda rappelle que la norme se définit comme un "ensemble de règles de conformité édictées par un organisme de normalisation au niveau national ou international", alors que le standard correspond à un "ensemble de recommandations émanant d'un groupe représentatif d'utilisateurs réunis autour d'un forum, comme le W3C (World Wide Web Consortium, www.w3.org) ou le Dublin Core (http://dublincore.org). Pourtant, "les Anglo-saxons ne font pas vraiment la différence entre norme et standards", alors que ce dernier terme "peut signifier une hégémonie" dictée par la seule loi du marché, fait-elle remarquer. L'enjeux des normes se situe d'abord au niveau de l'accessibilité des ressources, en permettant de les retrouver facilement, de les réutiliser, de les transposer dans des environnements divers, de les adapter à des profils différents d'utilisateurs ou encore d'en assurer la pérennité. S'il existe différentes façons de produire une ressource pédagogique numérique, "toutes s'avèrent très coûteuses dès lors qu'il s'agit de réaliser des choses de qualité", commente Yolaine Bourda. Il faut donc "impérativement pouvoir les réutiliser, via une mutualisation entre collègues ou par la vente", car leur valeur interdit de les penser comme des "produits jetables" et la normalisation permet justement de les inscrire dans la durée.
L'initiative ministérielle des ENT (www.educnet.education.fr/ent) fournit un bon exemple d'illustration de la problématique des normes dans l'éducation, fait valoir Nicolas Chung, chef de projet ENT à la SDTICE. Cet "outil de démarche vers la généralisation des TIC (Technologies de l'Information et de la Communication)" se définit comme un "portail Web orchestrant l'offre de services numériques aux communautés éducatives avec des outils de communication, de collaboration, d'information, d'accès aux contenus, de gestion de la vie scolaire...". Les ENT se composent de "services synchrones ou non, structurés ou non, transactionnels ou non, ce qui demande de faire appel à un ensemble assez vaste de standards", précise Nicolas Chung. Le schéma directeur de ces espaces (www.educnet.education.fr/chrgt/SDET.pdf) fixe pour objectif une "cohérence fonctionnelle" et une interopérabilité technique au niveau national régie par les principes de "minimalité" des conditions de développement "pour laisser un maximum de choix aux projets territoriaux", de "progressivité" pour définir par étapes les services constitutifs des ENT, de "modularité" pour garantir l'ouverture sur les développements futurs liés à l'émergence des usages. Ces trois principes, plaide enfin Nicolas Chung, devraient s'appliquer au processus d'élaboration des normes dans le domaine des TIC pour l'éducation. En plus de ce schéma, le ministère travaille aujourd'hui à l'élaboration du SCHENE, le schéma directeur pour les contenus.
L'INSA (Institut national des sciences appliquées) de Lyon, partenaire de ce colloque qui se déroulait en partie dans ses locaux, représente également un bon exemple de l'intérêt de l'interopérabilité technologique pour une institution. La problématique des normes et standards prend en effet une dimension toute particulière pour cet établissement constitué de 11 départements devant communiquer entre eux, inscrit au sein du réseau des cinq INSA (avec Rennes, Rouen, Strasbourg et Toulouse), membre de divers réseaux dont celui de la CURA (Conférence universitaire Rhône-Alpes) et des grandes écoles de Rhône-Alpes et qui compte de nombreux partenariats avec des universités étrangères. L'institut a ainsi développé un ENT à partir du logiciel SIGAL de la société Technomédia, choisi notamment car il respecte les spécifications AICC (Aviation industry CBT -computer-based training- committee) et le standard SCORM (Sharable content object reference model), deux références de la formation à distance qui garantissent l'interopérabilité avec d'autres solutions technologiques "tout en respectant la variété des choix pédagogiques".
2) La situation actuelle : spécifications AICC et standard SCORM
Pierre-Henry Amalric, directeur technique de la société X-Perteam, analyse "les points de convergence et de divergence" des standards du e-learning AICC (www.aicc.org) et SCORM (www.adlnet.org). Son entreprise accompagne les grands comptes dans la mise en place de formations à distance et des éditeurs de contenus pour assurer la conformité de leurs productions à ces standards. Les responsables formation qui souhaitent faire du e-learning se voient souvent proposer des contenus "avec chaque fois des LMS (learning management systems, les plates-formes e-learning) spécifiques", remarque-t-il. Pourtant, ils préfèrent évidemment travailler avec un LMS unique et s’assurer de la pérennité du contenu produit : chez Leroy Merlin par exemple, "sur un budget total de 800 000 euros consacrés au développement de la formation à distance, 750 000 ont été consacrés aux contenus ; la question de la pérennité de ces ressources devient véritablement névralgique". AICC et SCORM interviennent alors pour "garantir au client que ses contenus seront transposables sur d'autres LMS" que celui dont il dispose à un moment précis.
Ces spécifications techniques permettent de travailler sur la description des cours et sur l’échange de données entre le contenu et la plate-forme, ce qui touche notamment au parcours de l’apprenant, à son score enregistré, au temps passé sur la formation, etc. "Prenons garde à ne pas considérer ces spécifications comme antinomiques", prévient Pierre-Henry Amalric : AICC part de l’observation des acteurs du monde aéronautique (Boeing et Airbus) pour des besoins propres d'échanges entre les contenus et la plate-forme, SCORM, conçu à l'origine pour l'armée américaine, "a fait un travail de synthèse". Aujourd'hui, "AICC a abandonné la partie consacrée à la description de contenu, bien prise en charge par SCORM". L'AICC utilise des fichiers textes pour ses descriptions, organisées à partir d’un système de niveaux : le niveau "1" décrit le module, le niveau "2" donne des informations sur les pré-requis nécessaires pour l’apprenant, etc. SCORM, qui recourt à un unique fichier au format XML, "est assez souvent considéré comme plus technologique et plus simple à implémenter qu'AICC, un peu plus ancien. En revanche, AICC semble davantage passe-partout, notamment avec les fire-wall qui posent parfois problème avec SCORM". Les producteurs de contenu reconnaissant l'importance de ces deux standards ou spécifications qui les autorisent à "travailler sur n’importe quelle plate-forme" et à retrouver "la même description des contenus sans aucun coût de réécriture, facteur majeur d’interopérabilité et donc de pérennité des ressources !" Pierre-Henry Amalric insiste enfin pour dire que ni AICC ni SCORM "n'influent sur la façon d'écrire les contenus au niveau pédagogique mais seulement au niveau technologique, simplement comme une description".
Les normes ne s'inscrivent pas forcément dans une dimension d'uniformisation, plaide Nicolas Chung. Ainsi, dans le domaine des techniques collaboratives, "il s'agit de construire des modèles suffisamment complexes pour qu'un français comprenne le modèle développé au Japon". "Les normes permettent de respecter les usages des demandeurs", poursuit Jean-Michel Saillant, de l'université du Maine et chercheur associé à Paris-X. "Aujourd'hui, pour l'entreprise, la norme représente un élément de gestion pour le développement d'un marché" mais la normalisation concerne aussi les "pratiques d'utilisation" : face à l'offre d'un industriel, l'acquéreur peut disposer de "guides d'appréciation de l'ensemble des produits de formation" fournis par les instances de normalisation. Les enseignants "ont pour véritable fonction non pas de d’être des diffuseurs de savoirs mais des canaliseurs et des passeurs de savoirs".
Donaat de Boot, expert chez Microsoft sur les solutions éducatives pour la zone Europe, Afrique et Moyen-Orient, envisage les standards comme un moyen de "protéger les investissements des clients en contenu et en technologie" car ils garantissent la pérennité des créations. Les standards servent également à "développer le marché des logiciels pour l'éducation" et à "fournir des solutions e-learning plus riches pour les clients via les services web, les outils et les partenaires associés". Selon Donaat de Boot, AICC, utilisé par Air France, représente "un bel exemple de standard américain qui a contribué au succès" d'une grande entreprise française.
La stratégie de Microsoft autour des standards consiste aujourd'hui à "fournir un support public aux principaux organismes de définition et de normalisation des standards XML pour les contenus de formation" et à "encourager ces organismes à travailler ensemble pour accélérer l’adoption des standards". Pour Donaat de Boot, Microsoft entend "apporter des outils et solutions au marché pour permettre aux développeurs de logiciels et aux fournisseurs de contenu de construire des solutions standards en mode services web". Ainsi, à partir de spécifications développées par l'IMS global learning consortium (www.imsglobal.org), organisation à but non lucratif spécialisée dans la mise en œuvre de spécifications ouvertes pour l'interopérabilité des technologies d'enseignement à distance, Microsoft a développé le LRN (Learning Resource Interchange, www.microsoft.com/elearn), des outils gratuits qui permettent de séparer "structure, présentation, contenu et métadonnées". Des entreprises comme Blackboard, Centra, Click2learn, Smartforce, NETg ou Macromedia "soutiennent" l'initiative LRN.
L'European schoolnet, réseau européen constitué de plus de 25 ministères européens de l'Eéducation et soutenu par la commission européenne, s'engage également en faveur de la promotion de l'interopérabilité des solutions technologiques éducatives et propose plusieurs outils numériques pour le monde scolaire, dont un portail multilingue (www.eun.org). Riina Vuorikari indique que ce réseau déjà représenté à la vice-présidence de l'atelier du CEN (Comité européen de normalisation) sur les technologies d'apprentissage, l'ISSS (information society standardization system, www.cenorm.be/isss), est membre de l'IMS depuis cet été. Elle annonce qu'une nouvelle initiative, intitulée LIFE (eLearning Interoperability Framework for Europe), devrait voir le jour en janvier prochain pour fixer un cadre de travail sur l'interopérabilité, regrouper les acteurs de ce domaine ainsi que, plus généralement, ceux du champ de la formation initiale et continue. European schoolnet compte déjà trois projets en cours sur les normes et standards au niveau des architectures des systèmes et de l'interopérabilité : European Treasury Browser, rebaptisé "European Learning Resources" (http://etb.eun.org), CELEBRATE (http://celebrate.eun.org) et OASIS (Open Architecture and Schools In Society, http://oasis.cnice.mecd.es), ce dernier portant sur l'architecture ouverte pour les TIC dans les écoles. L'idée est de créer un "profil d'application pour les métadonnées administratives" à partir de la spécification américaine SIF (Schools Interoperability Framework, www.sifinfo.org), pour savoir si une transposition est envisageable en Europe.
3) Des négociations internationales menées à l'ISO
La normalisation de l'enseignement à distance fait l'objet de négociations au sein de l'ISO, qui a constitué il y a trois ans, à la suite d'une demande déposée par les Américains, un sous-comité chargé de cette question, indique Sylvie Arbouy, de l'AFNOR. Le "SC36" (http://jtclsc36.org) ne s'occupe pas de normaliser "les aspects culturels" de la formation à distance, ne s'intéresse pas aux "standards d'éducation, conventions culturelles, objectifs de formation ou contenus des cours" mais seulement aux aspects technologiques pour "développer un langage commun et s'accorder sur la définition des termes employés". Ainsi, les experts de l'ISO étudient les architectures, les systèmes de gestion et les métadonnées qui permettent de recueillir des informations sur les contenus (pour le catalogage, les formats de contenus, les structures, le contrôle des programmes, la présentation…). Le SC36 s'intéresse aussi aux indications sur l'apprenant, ce qui a suscité de nombreuses remarques de la France, très attachée au respect des données numériques personnelles par sa législation nationale "informatique et liberté", d'ailleurs portée au niveau européen. Une norme "doit sortir d'ici la fin de l'année sur les identifiants d'apprenants", les autres chantiers "ne sont pas encore finalisés".
Les enjeux de la normalisation apparaissent aussi bien technologiques qu'économiques et pédagogiques, souligne Sylvie Arbouy, car une norme "permet de valider des concepts, des méthodes, des bonnes pratiques". Actuellement, la commission "CN36", constituée à l'AFNOR comme pendant national aux négociations internationales du SC36, compte 80 membres dont des pouvoirs publics (le ministère de la Jeunesse, de l'Education nationale et de la Recherche, principal financeur, et le ministère des Affaires sociales), des constructeurs informatiques, des éditeurs, des grandes écoles, des universités, des entreprises... Il s'agit d'une "instance de coordination, d'un pôle d'expertise qui se rencontre quatre fois par an pour défendre une vision politique à l'international". Elle se donne comme "sujets prioritaires" les questions de "vocabulaire", de "terminologies et métadonnées", de "technologies collaboratives", de "modèles pédagogiques et stratégies d'apprentissage", de "compétences et qualifications", de considérations "environnementales", de knowledge management…
Au niveau européen, le débat reste circonscrit à quelques spécialistes, "peut-être parce que le but de l'Europe n'est pas de développer des normes en tant que telles", reprend Sylvie Arbouy. Le comité européen de normalisation réunit des acteurs aussi bien européens qu'américains ou japonais afin de publier des résultats rapidement, car les procédures de normalisation sont généralement longues à ISO, sur plusieurs années. Le plan d'action "eEurope" comprend une partie spécifique aux technologies d'apprentissage, l'initiative "e-learning: penser l'éducation de demain" (http://europa.eu.int/information_society/eeurope), dont la première phase de recommandation a débuté en 2000. La deuxième phase, démarrée en janvier 2001, doit s'achever fin 2003 ou début 2004 sur l'internationalisation du LOM (Learning Object Metadata), standard de l'IEEE (Institute for Electrical and Electronic Engineers, http://ltsc.ieee.org/wg12) sur les métadonnées, via une traduction en plusieurs langues (il existe déjà en anglais, français et espagnol). Cet axe de réflexion européen porte aussi sur le copyright et la propriété intellectuelle en éducation ou encore sur les procédures d'assurance qualité.
4) Normalisation des métadonnées, un chantier porté par la France
Actuellement, certains outils technologiques montrent leurs limites dans le cadre d'une utilisation pédagogique et la normalisation peut contribuer à apporter davantage de pertinence. Ainsi, la recherche "plein texte" comme ce que proposent les moteurs de recherche Internet se révèle insuffisante pour retrouver rapidement des ressources, souligne Yolaine Bourda : les mots-clés "Notre-Dame de Paris" et "Victor Hugo" donnent plus de 4 000 réponses avec notamment pour résultats des plans de Paris, car il existe dans la capitale une avenue Victor-Hugo en plus de la cathédrale Notre-Dame... Les métadonnées, qui sont des "données relatives à des données" ou encore des "données décrivant des ressources", peuvent apporter une solution à ce problème. Pour Tim Berners-Lee, considéré comme le "père du Web" et directeur du W3C au sein duquel il mène de nombreux travaux sur le Web sémantique, les métadonnées représentent des données "compréhensibles par les humains mais traitées par des machines". Cela signifie que l'utilisateur final n'a pas à s'y confronter puisqu'elles restent le plus souvent circonscrites aux logiciels qui traitent les demandes, reprend Yolaine Bourda. A contrario, l'absence de métadonnées peut se comprendre comme "une bibliothèque sans catalogue, un livre sans couverture, une boite de conserve sans étiquette"...
Claude Seyrat, directeur technique de la société Expway, illustre l'intérêt des métadonnées par l'exemple de l'audiovisuel. Avec la production de plus en plus importante de contenus dans ce domaine ("environ 250 mégaoctets de données digitales par personne et par an"), il devient "impossible de retrouver, filtrer et gérer ces documents sans outils adaptés" pour des usages nombreux et des profils très divers. Deux standards de transport des métadonnées, qui reposent sur une infrastructure utilisant XML, ont été développés pour "agir sur le contenu et le refaçonner" pour des usages propres et ainsi répondre aux différentes attentes :
- MPEG-7 (www.cselt.it/mpeg), issu d'un groupe de travail de l'ISO en août 2001, entend standardiser les métadonnées audiovisuelles. Celles-ci vont reconnaître "une zone bleue et sombre sur une image", ce qui permet d'identifier une situation de nuit, ou encore "un mouvement, du flou, des informations plus structurelles comme un ensemble de scènes ou de plans". Ce standard permet une approche du média par "indexation", utile pour retrouver un reportage particulier, filtrer des émissions, détecter des mouvements suspects, par "navigation" afin de passer de plan en plan, d'isoler des moments importants, certaines séquences... Le MPEG-7 offre également la possibilité d'obtenir des "résumés personnalisés" sur un quart d'heure ou une demi-heure, de sélectionner les scènes où un individu particulier apparaît…
- TV-Anytime (www.tv-anytime.org), issu d'un consortium international de plus de 150 sociétés fondé en 1999, vise à "produire des standards pour les décodeurs avec stockage", "offrir une solution pour leur déploiement" (notamment comme "alternative aux solutions propriétaires") et constituer un standard pour les guides multimédia.
Le souci de parvenir à une interopérabilité des technologies fait parfois apparaître des "évolutions communes" des positions d'organismes de normalisation techniques (comme le W3C), politiques (lorsqu'ils s'intéressent aux usages) ou géographiques (lorsqu'ils agissent sur une zone donnée), fait valoir Claude Seyrat. Ainsi, une technologie comme BinXML, utilisée pour la compression des flux XML, a été proposée au groupe MPEG-7 d'ISO, qui l'a adoptée, puis TV anytime a fait de même, suivie par ARIB, un organisme japonais de télévision numérique, DVB en Europe et ATSC aux États-Unis.
Il existe de nombreux ensembles de métadonnées dans le domaine de la pédagogie et deux standards reconnus internationalement : le "DC education", extension du Dublin Core, et le LOM de l'IEEE depuis le 12 juin 2002. Selon Yolaine Bourda, "le LOM est plein d'imperfections, pas très bien défini, des besoins ne sont pas pris en compte, et surtout IEEE représente une position nord-américaine très marquée", pas forcément compatible avec les aspirations européennes et notamment françaises sur la normalisation des technologies de l'enseignement à distance. L'ISO a constitué en 2002 un groupe de réflexion au sein du SC36 pour élaborer une norme sur cette question, dont la France et la Chine sont co-éditrices. "Le LOM a été proposé à l'été 2002 à ISO pour une procédure rapide de normalisation", explique Yolaine Bourda, et malgré des commentaires émis par la France notamment, "l'IEEE n'a pas voulu prendre en compte les remarques". Les experts de l'ISO ont finalement décidé de définir un ensemble de métadonnées pour les ressources pédagogiques à partir des LOM existants avec pour défi de "parvenir à un consensus à partir de vues parfois très divergentes".
Ainsi, la future norme sur laquelle travaillent notamment la France et la Chine au sein d'ISO "doit être compatible avec le LOM, en raison d'une forte pression industrielle américaine", mais plus souple, précise Yolaine Bourda. L'approche retenue passe par un "niveau abstrait" pour définir les métadonnées "en termes de concepts avec les critères de recherche ou d'archivage" pour ensuite autoriser une "implémentation sous forme de LOM ou dans un cadre culturel plus spécifiquement français par exemple". Le groupe chargé de ce chantier entre dans une "phase cruciale" car la solution de l'étape conceptuelle "n'est pas encore formellement approuvée ni rejetée par l'ISO", l'accord formel devrait se faire lors de la prochaine réunion prévue au mois de mars 2004. Une discussion est en cours sur "l'architecture de cette norme et ce qu'il y a à mettre dans chaque partie", poursuit Yolaine Bourda. "Le groupe a envie d'avancer rapidement et une norme pourrait voir le jour dans les deux ans."
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5) Un enjeu géopolitique et économique majeur
Les négociations internationales conduites à l'ISO renvoient à la "menace d'une prédominance du modèle anglo-saxon et particulièrement américain si aucune norme n'est établie", prévient Yolaine Bourda. Toutefois, les travaux menés ne s'inscrivent pas dans une optique "anti-américaine", souligne Jacques Perriault, professeur à l'université Paris-X Nanterre et président du CN36 de l'AFNOR, puisque le débat existe également "au sein même des Etats-Unis entre ceux qui soutiennent la position d'IEEE, "datée et qui rappelle les choix pédagogiques de l'EAO (enseignement assisté par ordinateur)", et d'autres comme le département américain de la Défense qui souhaitent "une vision évolutive". La France n'est donc pas seule à affirmer une volonté de "pouvoir faire évoluer les LOM en fonction des prochaines avancées en pédagogie et des particularismes culturels". L'arrivée d'un pays comme la Chine dans ces négociations "montre l'importance d'avoir suffisamment de souplesse pour accepter des modèles nouveaux tout en garantissant l'interopérabilité". Il souligne que "la Commission européenne a demandé récemment aux experts français d'organiser des séminaires de sensibilisation à l'intention de ses fonctionnaires" pour remédier au "manque de prise de conscience" général sur ces questions. Les Allemands et les Suisses s'y intéressent mais seuls les bBritanniques semblent "très au fait des questions de normes et standards" avec qui un "rapprochement" est actuellement en train de s'opérer.
Yves Neuville
(bientôt en ligne)Au niveau international, les concepts de normes et standards paraissent "très proches, voire signifient la même chose", constate Jean-Pierre Henninot, chargé de mission à la stratégiesur la de normalisation dans le cadre pour la société de l'information au ministère de l'Industrie : en anglais, l'organisation de normalisation ISO se décline d'ailleurs "International organization for standardization". Au niveau européen, le CEN-ISSS, qui travaille à la généralisation du LOM, "n'est qu'une émulation de forums sur la signature électronique au sein d'un organisme : la valeur juridique n'est pas intrinsèque aux normes", soutient Jean-Pierre Henninot. Ainsi, selon lui, ISO se voit "concurrencée par d'autres organismes de normalisation et des standardisation qui se posent comme des normes de fait". En outre, la normalisation vise à "répondre à un marché", mais quel est exactement ce marché, questionne-t-il ?
6) La normalisation, une préoccupation importante aux yeux des éditeurs
La normalisation intéresse particulièrement les éditeurs puisqu'elle doit permettre un meilleur accès aux bases documentaires et à l'élaboration de modes standards d'interface utilisateurs "pour que chacun s'y retrouve dans les recherches", estime Dominique Cavet, directeur adjoint des ressources et de l’ingénierie documentaires au SCEREN-CNDP. Les bases de données, notamment dans le cadre des ENT, doivent maintenant se prêter à une réutilisation par de multiples serveurs web, ce qui demande de garantir l'interopérabilité. De même, des modalités d’échanges entre les fournisseurs de contenu et les supports des ENT semblent indispensables pour pouvoir échanger les métadonnées. Dans le monde documentaire, les exemples de normes et standards existent depuis longtemps, comme la "Z 39-50" dont "on peut s'inspirer même si elle est complexe à mettre en oeuvre, chère et pas forcément adaptée", ou l'OAI-PMH (Open Archive Initiative-Protocol for Metadata Harvesting, www.openarchives.org) dont la mise en oeuvre est plus simple, indique Dominique Cavet.
Le SCEREN se sent concerné par les standards et normes et "fait parfois ou souhaite faire" des propositions sur la description des ressources, l'accès aux ressources numériques et leur diffusion ou encore sur la production des contenus numériques, indique Dominique Cavet. La standardisation doit permettre d'organiser le repérage et la description des ressources sur tous supports et le SCEREN "propose, pour la partie spécifique au système éducatif français, des nomenclatures sous forme d'une série d'outils pour élaborer un langage commun sur les niveaux d'enseignement, les domaines disciplinaires, la nature des ressources..." Il fournit également le "thésaurus MOTBIS pour l'indexation des ressources, destiné essentiellement aux enseignants documentalistes et aux centres de documentation". Une "description de deux schémas de métadonnées" (www.sceren.fr/standards/metadonnees) afin de fournir à la fois "des outils pour que chacun puisse écrire les ressources qu'il produit" et "des outils adaptés aux exigences des professionnels de la documentation", est par ailleurs disponible sur Internet (www.sceren.fr/standards/metadonnees).
Certaines questions restent en suspens, note Dominique Cavet : produire des métadonnées standards est possible mais à partir d'un schéma "relativement simple" comme Dublin Core ou à partir des LOM, "qui ne suffisent pas". La forme des métadonnées, qui repose pour l'instant "essentiellement sur des balises méta en HTML", ne devrait-elle pas recourir à XML ou au RDF (Resource Description Framework), qui s'avère particulièrement approprié aux traitement de catalogues de bibliothèques numériques, ou aux ontologies OWL (Web Ontology Language, www.w3.org/2001/sw/WebOnt) pour standardiser la description de vocabulaires et "permettre davantage d'ouverture ?"
Mathieu Poumeyrol, de la société IDM, évoque le développement de l'ENS (Espace Numérique des Savoirs, www.educnet.education.fr/ENS), portail unique qui permet à tout élève d’accéder directement à des ressources comme Universalis, Hachette ou à des parutions de la presse quotidienne sans avoir besoin de s’identifier. La solution part d'une modification du navigateur internet open source Mozilla, que Mathieu Poumeyrol considère comme "robuste, simple d’installation, qui n’installe rien sur la base de registre et qui tourne de façon très cohérente sur Mac OSos 9 ou 10, Windows et Linux etec". Le choix de l'open source permet notamment de garantir une grande compatibilité des technologies entre-elles, fait-il valoir.
Manuel Jaffrin, de Sun Mmicrosystems, rappelle que sa société a été créée en 1982 par 4 étudiants californiens pour développer une plate-forme en réseau fonctionnant sur système Unix. L’idée partait du principe d’utiliser "les standards naissant pour les adapter sur des produits commerciaux" et aujourd'hui les ingénieurs de Sun affirment une présence dans 80 instances de normalisation. Le système d’exploitation Solaris de Sun repose sur Unix, avec un code source ouvert aux universités. Manuel Jaffrin considère que sa société se positionne pour "collaborer à l’émergence de standards et, en tant qu’entreprise commerciale, propose des infrastructures qui utilisent ces standards". Ainsi, "la communauté constituée autour de java est une des plus importantes dans le monde de l'informatique avec la communauté .Net", technologie Microsoft. Sun travaille avec le School Interoperability Framework (www.sifinfo.org), standard d’interopérabilité entre les applications de gestion.
Neil Minkley, qui dirige le département produit d'Hachette multimédia, parle du "coût démesuré des normes pour leur prise en compte au stade du développement", surtout pour des projets d'envergure européenne comme CELEBRATE, conçu "sur un format gratuit" et qui reprend les LOM alors que les éditeurs ont déjà défini des métadonnées propriétaires. "L'éditeur a envie d'apporter des contenus aux utilisateurs, mais pas pour les voir démembrer, assembler et réutiliser dans d'autres contextes" que ceux fixés au départ, plaide Henri Verdier, directeur général d'Odile Jacob multimédia. Il suffit de remplacer le mot "contenu" par "œuvre" pour comprendre les problèmes que posent une telle attitude, argue-t-il : "prendre des bouts de Spinoza, de Descartes et de Kant ne fait pas un bon ouvrage de philosophie, le plus important ne se joue pas sur le contenu mais sur les interactions qu'il suscite entre les enseignants, les élèves, les parents". Même si les éditeurs restent "demandeurs de normalisation", pour mettre un terme aux "situations démentes" provoquées par les incompatibilités technologiques, des interrogations subsistent : "Peut-on penser séparément indexation des contenus par les métadonnées et structuration des pédagogies ?", "le vrai problème n'est-il pas plutôt celui de l'autonomie des élèves, du statut de l'enseignant" que celui de la technique ?
Les normes et l'interopérabilité touchent aussi à la question du "recueil de données" et au besoin qu'ont les éditeurs "de s'interfacer avec les informations" dont disposent l'école : "sans pour autant mettre directement à disposition l'annuaire LDAP d'un établissement", qui réunit des données personnelles, les éditeurs voudraient avoir accès à certaines informations pour opérer un suivi des formations et ainsi mieux adapter leurs produits aux exigences des utilisateurs. D'ailleurs, ajoute Henri Verdier, le profilage informatique peut se faire de plus en plus finement, et la normalisation contribue à cette tendance, ce qui requiert "peut-être de commencer à se poser la question de savoir jusqu'où il convient d'aller" pour ne pas porter atteinte aux personnes. Loïk Amis responsable du développement Multimédia chez Larousse évoque en exemple la difficulté du besoin d’accès à certaines de ces données personnelles : « Pour notre plate-forme de bibliothèque électronique Akène, intégrée dans les ENT, nous devons gérer la question de la distribution. Au préalable, elle peut reposer sur un annuaire LDAP pour permettre un partage d’information entre les ENT et nos ressources reposant via simple identification. » Mais Loïk Amis évoque aussi l’intérêt d’un enrichissement de ces informations par des informations complémentaires comme l’établissement d’origine de l’élève afin de connaître par exemple les règles commerciales établies entre l ‘éditeur et l’établissement.
L'attitude des éditeurs qui refusent de partager leurs métadonnées relève d'un "protectionnisme suicidaire" car ils s'isolent, relève Michel Arnaud, de l'université Paris-X Nanterre et expert français auprès du SC36. C'est qu'un éditeur comme Odile Jacob préfère être aujourd'hui "extrêmement prudent" car rien n'indique encore "où se trouve la véritable valeur ajoutée" dans les produits développés, répond Henri Verdier. Les recherches de sa société portent en effet autant sur les scénarios pédagogiques que sur les contenus eux-mêmes, et on lui suggère, en somme, de transformer ses efforts de recherche en logiciel libre. "Comment alors trouver les conditions de possibilité d'un marché pour les industriels ?", demande Stéphane Gaultier, directeur général d'Editronics. Par ailleurs, "les problématiques scolaires et universitaires ne sont pas les mêmes et tout globaliser par la normalisation risque d'empêcher de parvenir à des marchés viables", prévient-il. "J’ai l’impression que nous faisons le grand écart entre la réflexion sur les normes futures et le marché actuel que constitue le passage des enseignants vers le numérique". Pour un petit éditeur, l'activité autour des normes semble "trop titanesque pour être prise sérieusement en compte", témoigne Stéphane Gaultier. Mathieu Poumeyrol, de la société IDM parle "« du travail colossal que constitue l’évolution du contenu conçu pour des volumes papiers vers le sémantique. " » Toutefois, Jean-Marc Destabeaux consultant associé sur le projet de recherche Elixir (Environnement LIbre pour des tests et eXercices interopérables et Réutilisables) se veut lui plutôt rassurant sur le passage d’un format à l’autre dès lors que l’on travaille sur une modélisation : "« J’ai eu l’occasion de travailler avec Hachette Multimédia sur des produits conçu à l’origine pour le support Cdi. Le mode de navigation était très particulier, mais au final la bascule n’a pas été si difficile que ça à conduire."
Le CN36 est conscient des difficultés éprouvées par certains industriels, en particulier les éditeurs, surtout que "l’investissement de la normalisation nécessite des marchés visibles", reprend Jacques Perriault. "Il y a un vrai problème de PME", reconnaît-il, et le groupe AFNOR CN36 "attend des éditeurs qu'ils donnent des arguments à porter à l'international. L'optique des experts français est celle des usagers et non pas du 'technology push'."
7) La logique d'ouverture, un argument stratégique
Les "normes ouvertes" et la communauté des développeurs de logiciels libres sont "riches d'enseignements pour l'institution publique", soutient Michel Arnaud. Néanmoins, "le logiciel libre est soutenu par des gens payés par les pouvoirs publics qui peuvent ainsi consacrer du temps au développement, mais ce modèle économique très particulier s'écarte de l'idée d'économie de marché car il repose le plus souvent sur le principe de la gratuité des produits", remarque-t-il. Le "logiciel ouvert" rend disponible son code source comme le logiciel libre mais les ajouts effectués par des développeurs qui le reprennent pour le perfectionner peuvent être commercialisés, indique l'expert français auprès du SC36. Le logiciel libre se révèle particulièrement "intéressant sur l'aspect de bien commun éducatif, de droit fondamental à l'accès à l'éducation" et "il s'agit là d'une idée intéressante, à considérer dans le débat public, mais elle repose souvent sur le bénévolat". Reste que "les pouvoirs publics y sont globalement favorables" car le recours aux logiciels libres "permet d'échapper à une dépendance vis-à-vis d'un fournisseur propriétaire en particulier", notamment pour la gestion des données. Le département de la Défense des États-Unis a fait le choix du libre et "l'Allemagne ou le Pérou apportent leur soutien" manifeste.
De plus, poursuit Michel Arnaud, "la communauté du libre permet d'éviter la logique des brevets qui contraint financièrement les utilisateurs" au bénéficie d'un propriétaire "qui n'est pas forcément l'auteur". L'office européen des brevets se montre très favorable à la brèvetabilité des logiciels, regrette-t-il, et "les normes actuelles proposées à l'ISO, très générales, masquent des brevets". En effet, l'organisation n'interdit pas de faire dépendre une norme sur un brevet, donc de devenir payante, tant que les sommes à engager restent "raisonnables", indique Sylvie Arbouy, du CN36 de l'AFNOR. Par exemple, illustre Michel Arnaud, la mise en œuvre de l'intégralité d'une spécification comme AICC "coûte très cher" et écarte de fait les développements réalisés par des PME. Selon lui, la meilleure approche de la standardisation passe par la promotion des "normes ouvertes, sans brevet, transparentes, flexibles et évolutives". De telles normes pourraient décrire de façon simple les interfaces entre les différents systèmes de métadonnées, s'intéresser surtout aux API (Application Programming Interface, l'interface de programmation, soit des "flux de données entre logiciels"). A partir de cette "idée de normes plancher", reprend Michel Arnaud, les Français, qui "n'ont encore rien à proposer aux anglo-saxons" dans le cadre des négociations ISO, doivent maintenant "développer début 2004 des normes" afin de "définir les interfaces pour laisser aux utilisateurs et développeurs la liberté de choix entre des solutions propriétaires ou open source".
8) Aller plus loin que la normalisation technologique pour élargir le débat ?
François Bocquet, ancien directeur du GRECO (GREnoble Campus Ouvert) désormais à la CURA (Conférence Universitaire Rhône-Alpes), rappelle que "la formation à distance représente en France et en Europe 2% de la population apprenante et en concernera au mieux 5% alors que les questions documentaires par exemple touchent tout le monde. Il faut "hiérarchiser l'importance des débats" et ne pas oublier les "descriptions de compétences, les relations entre compétence, formation et métier". Anne-Marie Husson, chef de projet pour l'étude qualité du Préau de la CCIP (Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris), note que "l'ISO a élargit le champ en prenant en considération davantage que la technique, avec le travail collaboratif par exemple". Elle présente son "outil d'analyse pour modéliser les relations clients et les besoins des utilisateurs" en termes de qualité dans l’a e-formation. Son étude prend en compte des critères technologiques mais aussi pédagogiques : "AICC ou SCORM se montrent très pertinents pour certaines étapes du processus de formation mais demeurent très techniques donc limités, et avec certaines incidences sur les modalités pédagogiques". Anne-Marie Husson estime qu'il faut désormais "choisir un cadre de référence avec des valeurs à partir desquelles construire une démarche qualité, sans sacrifier les dimensions de services à l'utilisateur indispensables à toute approche éducative". Pour la chef de projet du Préau, la prestation de formation s'appuie sur un socle technique "mais aussi cognitif, ou sur les relations entre les acteurs, sur les interactions pédagogiques". Les UNR (Universités Numériques en Région, www.educnet.education.fr/superieur/uninum.htm) "pourraient servir de base à une évaluation qualité de la e-formation, d'autant qu'elles semblent receler des lacunes sur la pédagogie, si on en croit certaines études", propose-t-elle.
Le SC36 de l'ISO a entamé depuis le début de l'année un chantier sur la démarche qualité avec au départ "une approche surtout orientée processus et produit, soit très marchande, mais l'approche française, davantage axée sur les services et les apprenants permet de faire évoluer les réflexions", se félicite Anne-Marie Husson. Le Préau travaille actuellement à un "référentiel de bonnes pratiques" dans le cadre du FFFOD (Forum Français pour la Formation à Distance, www.fffod.org) pour une publication "très prochaine" et qui "permettra à la communauté de la formation à distance d'avoir une base commune utile pour présenter ses positions au niveau international et se comprendre au niveau national". Comment articuler des approches "un peu divergentes", voire "contradictoires", qui s'occupent de la formation à distance mais adoptent aussi une vision plus large avec notamment les notions qualité ? résume Nicolas Chung, de la SDTICE. Pour Anne-Marie Husson, "beaucoup de complémentarités restent à trouver en travaillant sur les articulations entre les uns et les autres à partir des socles qui constituent la démarche formation et à partir de valeurs communes".
Conclusion : Des "pistes politiques" à étudier…
Le ministère de l'Education nationale "est ici pour écouter, entendre un certain nombre de pistes proposées, dégager un certain nombre d'actions à mener dans un futur le plus proche possible et mieux se structurer", indique Nicolas Chung. Le président du CN36 de l'AFNOR, Jacques Perriault, propose la mise en place d'une "politique publique" afin d' "aider à situer les marchés et construire dans l'urgence un projet de norme technique". Il souligne que le ministère s'associe "étroitement aux négociations de l'ISO et du comité européen de normalisation, ainsi que le ministère des Affaires sociales et prochainement le ministère de la Défense" car "il peut y avoir une transversalité" entre les besoins du monde de la formation et ceux de ces institutions. La question des métadonnées, "extrêmement importante", ne concerne pas seulement "le multimédia au sens traditionnel mais également "le son et les radios universitaires notamment, ou la robotique pédagogique", poursuit Jacques Perriault. Il faut, selon lui, tenir compte des avancées de l'industrie du jeux vidéo, par exemple "en matière de gestions des parcours" des utilisateurs.
Jacques Perriault préconise "la création en urgence d'un projet AFNOR de métadonnées", véritable "force de proposition à monter à l'international dès mars 2004 à Montréal pour être discuté en septembre à Dublin". Il souhaite "instamment que les partenaires industriels soient présents" et demande au ministère de l'Education "un financement pour permettre aux experts de continuer un travail qu'ils tiennent à bout de bras avec la tolérance des établissements dans lesquels ils travaillent". Enfin, "conscient du peu d'intérêt manifesté par beaucoup sur les questions de normalisation", il évoque l'importance d'un "travail de sensibilisation dans les régions" et attend du ministère d'inscrire "dans ses appels d'offres vers les entreprises la prise en compte de la normalisation". Des modèles peuvent aussi être trouvés avec les partenaires européens pour "notamment encoder en XML des pratiques existantes et créer des équivalences internationales", ajoute Muriel Foulonneau, de l'association Relais culture Europe (www.relais-culture-europe.org).
Le ministère soutient financièrement l'AFNOR sur le chantier de la normalisation de la formation à distance depuis la fin 2000, remarque Nicolas Chung. "Il lui faut peut-être aller au-delà sans pour autant avoir un rôle de moteur dans la standardisation mais plutôt de catalyseur des initiatives. Il y a une certaine mutualisation à effectuer, notamment avec les autres ministères, pour s'accorder sur un partage des rôles. Ce séminaire est un commencement à partir duquel la SDTICE entend rédiger une note d'orientation à soumettre au cabinet du Ministre." Nicolas Chung invite ainsi les participants à un "rendez-vous intermédiaire au premier semestre 2004 pour faire le point sur l'avancement de ce projet".
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